Chronique du jour : CHRONIQUE D’UN TERRIEN
La grande harba (XIV)


Pour mettre fin aux troubles fomentés par les Chinois d’Algérie habitant la région de Kabylie et touchés par le virus «20.04.80» qui transforme les sujets dociles en citoyens rebelles – pour preuve, la création des «Arouchs jaunes»-, le gouvernement a décidé de remplacer les 1 250 000 rebelles par 2 000 000 nouveaux Chinois de la tribu des «béni-oui-oui». Pendant ce temps, mes trois compagnons et moi — le terroriste, le pied-noir et la demoiselle au kimono bleu — errions dans les forêts de Kabylie, sur la route de Yakouren…

Par Maâmar FARAH
farahmaamar@ymail.com

Dès leur arrivée dans leur province d’origine, au Xinjiang, les 1 250 000 Chinois atteints du virus «20.04.80» entamèrent un cycle de troubles que les autorités chinoises, intriguées par le mouvement, qualifièrent de «complot ourdi par des mercenaires venus d’Algérie». En effet, sous la conduite d’Aït Mao, libéré 48 heures plus tôt des geôles d’El-Kseur, les Chinois d’Algérie se distinguèrent par des violences inouïes qui eurent pour théâtre les rues d'Urumqi, capitale de la province autonome du Xinjiang. Les agences rapportent que «des véhicules ont été saccagés ou incendiés et des heurts ont opposé manifestants et forces de sécurité». L'agence officielle Chine nouvelle a annoncé, en outre, l'arrestation de plusieurs centaines de personnes, dont dix seraient à l'origine du mouvement (le livreur de lait de Tichy et un certain Hocine Passepartout feraient partie de cette élite) L’agence officielle précise que des émeutiers, portant les portraits de Belaïd Double Six et du buteur du Racing de Melbou, «se sont illégalement réunis en plusieurs endroits de la ville et se sont mis à frapper, détruire, piller et incendier». D'autres sources ont estimé le nombre de tués à 240. Des habitants ont rapporté que l'accès à internet avait été coupé à Urumqi. Un haut responsable local a imputé ces troubles aux forces extrémistes de l'étranger, laissant entendre qu’Aït Mao avait reçu une formation spéciale dans la région de Cap Sigli et qu’il avait lu les mémoires d’Abrika. De sources officielles, on précise que des fouilles dans le domicile du rebelle ont permis de découvrir des tracts en berbère, dont une copie de la plateforme d’El-Kseur, et des CD de musique de Matoub. La diplomatie chinoise a vivement critiqué la décision des autorités algériennes de rapatrier des Chinois qui ont longtemps vécu dans la région de Kabylie où l’air est pollué par les particules d’un virus très dangereux qui transforme les «béni-oui-oui» en «béni-non-non». Pendant ce temps-là, loin de nous douter du développement des événements en Chine, nous attendions le retour du terroriste parti à la chasse. Nous sommes exténués et nos ventres vides se tordent de douleur. Nous avons campé près d’une rivière dont les eaux coulent majestueusement sous l’ombrage des arbres. Le piednoir fumait tranquillement sa pipe en guettant le chemin par lequel l’émir s’était évaporé. La demoiselle au kimono bleu s’était retirée en amont de la rivière pour prendre tranquillement son bain, loin des yeux curieux. Je sors mon stylo et entame un poème en hommage à la belle dame. Mais, dès les premières lignes, je constate que personne ne connaît le prénom de la fille. Je me tourne vers le buveur de Jack Daniel’s :
«Tu connais le prénom de la demoiselle au kimono bleu ?
- Non ! Et d’ailleurs elle pourrait être une dame mariée…
- Oui ! Mais ne trouves-tu pas bizarre le fait qu’elle nous ait aidés à nous enfuir ! Pourquoi a-t-elle pris tous ces risques ? Et où nous mène-t-elle ? Bizarre !
- On verra ça tout à l’heure. » Soudain, des bruits de pas précipités nous font sursauter. C’est le terroriste qui traîne deux pauvres bougres aux mains liées derrière leur dos. Le pied-noir se lève et va à leur rencontre : «Où est la bouffe ? Où est le produit de la chasse ?» Philosophe, je réponds : «Naïf ! Et qu’espères-tu donc ? Que sait chasser un terroriste ? C’est ça son gibier ! Des êtres humains ! Et encore heureux qu’il ne les ait pas égorgés !» Confus, l’émir balbutie : «Je m’excuse, mais c’est une déformation professionnelle. J’errais dans la forêt quand j’ai entendu un air chanté par une voix caverneuse. Je m’approche, je vois deux bergers. Je leur tombe dessus, oriente leurs têtes vers la kibla et là, je m’aperçois que je n’ai pas de couteau ! Je leur attache les mains et les conduits jusqu’ici, en attendant de voir ce qu’on peut faire d’eux.
- Il faut tout de suite les libérer, hurle le buveur de Jack Daniel’s.
- Pas avant qu’ils ne nous montrent l’endroit où se trouve leur troupeau !» J’avais dit cela d’une voix ferme, ajoutant : «Cet imbécile d’émir aurait dû ramener un mouton au lieu de traîner ces pauvres gars.
- Il n’y avait pas de mouton. Seulement des vaches et des veaux !» précise le terroriste en baissant la tête.
Au clair de la lune, mon ami le pied-noir avait l’air d’un empereur romain. Vautré dans la verdure, il s’acharnait sur une épaule de veau, alors que je dégustais un beau méchoui de filet aux herbes. Nous avions allumé un immense feu de bois et confectionné, à l’aide de solides branches, un tournebroche impressionnant qui nous servit à griller le veau de lait piqué chez les bergers. Ces derniers nous ont remis des provisions, quelques outils et un poste radio, avant de détaler vers la plaine. Ils doivent penser que nous sommes des tangos et c’est sûr qu’ils vont tout raconter à la gendarmerie. C’est grâce à la radio, station «Grande Muraille FM» de Boulimat que nous apprîmes ce qui s’était passé en Chine. Au petit matin, il fallait rapidement prendre notre petit déjeuner et filer très vite avant l’arrivée des gendarmes. En tant que Sardèle, faisant partie des 35 millions d’Algériens qui avaient pris part à la «grande harba» du 23 mars 2009, je risquais gros. Ma carte de presse ne m’aurait servi à rien. D’ailleurs, ils doivent s’inquiéter de mon silence au Midi de Sidi Cagliari. Venu faire un reportage sur les «harraga» rentrés dans leur ancien pays et découverts par les gendarmes dans une grotte de la région de Ténès, me voilà perdu dans les monts de Kabylie et recherché par les gendarmes. L’arrivée des 2 000 000 de «béni-oui-oui» était célébrée comme un grand événement national de portée africaine. On avait fait venir des danseurs de toutes les jungles d’Afrique et le gouvernement se fit un point d’honneur de rappeler que le peuplement d’Algérie par les Chinois ne se faisait pas au détriment des Africains. Dans un éditorial fort éloquent, le «El Va-ten chez toi» avait rappelé qu’après le départ des 35 millions d’Algériens, le gouvernement n’avait pas le choix. Ayant constaté le sérieux, la rigueur, la discipline et le rendement au travail remarquable des Chinois, les autorités ont fait venir 35 millions de Chinois qui ont littéralement transformé le pays, le hissant très rapidement au rang des nations développées ! Les fainéants étant partis, il aurait été irresponsable de ne pas en profiter pour les remplacer par des gens qui travaillent dur ! Si on avait fait venir 35 millions d’Africains, qui ressemblent tant aux anciens Algériens, aurait-on réussi ce véritable miracle économique ?»
M. F.
(A suivre)

Nombre de lectures :

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable