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A l’issue de son long tête-à-tête avec la ministre mexicaine
des Affaires étrangères, Mourad Medelci a déclaré :
«C’était positif !»
Vite ! Evacuez le malheureux sur l’hôpital
d’El-Kettar !
Je suis désolé, mais les occasions de se pâmer de satisfaction sont devenues
tellement rares dans mon pays que lorsqu’il s’en présente une, je me jette
dessus comme un mord-de-faim. Et ça tombe bien, puisqu’il s’agit de blé, donc de
bouffe. Je vous avoue qu’en écoutant le ministre de l’Agriculture annoncer une
récolte céréalière record pour cette année, avec plus de 60 millions de quintaux
engrangés — un chiffre jamais réalisé depuis l’indépendance, — mon cœur a battu
la chamade. De manière très triviale. Comme battrait le cœur d’un supporter des
Verts à l’issue d’une victoire de l’équipe nationale dans la course au Mondial.
J’ai ressenti un frisson de fierté délicieux parcourir tout mon corps. Et merde
! Ça fait plaisir d’entendre que nous ne sommes pas complètement nuls, tout le
temps nuls et ataviquement nuls. Je commençais même à m’habituer aux mauvais
classements auxquels nous sommes abonnés. Pays le plus corrompu. Pays le plus
sale. Pays le moins sûr. Pays le plus instable. Pays le plus… Et là, y a un
secteur, l’agriculture, qui vient me balancer une baffe salvatrice en pleine
figure : non ! Nous ne sommes pas condamnés à être les cancres de la classe
mondiale. Il n’est pas écrit que nous devions rester scotchés au coin de la
salle, la tête recouverte du bonnet d’âne. C’est donc possible ! Nous pouvons
battre des records. Nous pouvons enregistrer d’autres chiffres que ceux de la
médiocrité. Alors, bien sûr, les gâcheurs de plaisir vont très vite venir
expliquer que si l’Algérie réussit sa plus belle récolte céréalière depuis
l’indépendance, c’est dû à une météo exceptionnelle. Au-delà de l’absurdité de
cette explication étroite, je m’en tape un peu de savoir comment on en est
arrivé à des granges regorgeant de blé. Personne n’arrivera à me gâcher mon
plaisir ! Pas cette fois ! Que ce record, cette performance alimentaire soit due
à la pluie, à une conjonction astrale, à la position de la lune, au gris-gris
d’un sorcier diplômé de l’INA ou à la soudaine clémence du dieu Epi envers
l’Algérie, je veux rester sur ça, exclusivement sur ça, rien que sur ça : des
Algériens qui se voient confier un domaine de gouvernance peuvent ne pas merder
dans leur boulot et scorer comme des dingues. Rien que pour ça, ça fait
plaiiiiisir ! Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
www.tacervellesarrete.blogspot.com
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