Chronique du jour : CHEB MAMI ET FOFANA
Sexe, mensonges et bêtise crasse
Par Ahmed Halli


Nous avons eu droit à deux procès singuliers au début de cet été à Paris, celui de Cheb Mami et du jeune Fofana. Débats longs et coûteux en émotions et en douleurs pour le second, ce jeune exalté des banlieues qui voulait être plus arabe que les Arabes, plus musulman que les musulmans. Pour Cheb Mami, la star du raï et de la chronique judiciaire de la saison 2008/2009, le procès a été plutôt court. Un procès trop court pour une peine jugée trop longue. Cinq ans, c'est assez lourd pour un chanteur de raï, dont l'éclipse pourrait nuire à sa carrière.
Mais la lourde condamnation trouve sa justification, y compris chez les proches du condamné, dans l'étrange comportement de Mami. Etrange, parce qu'à ce niveau d'aisance sociale et de célébrité, on pouvait espérer trouver plus de jugeote et moins d'impulsivité. Pénurie de l'une et abondance de l'autre chez notre vedette nationale qui a multiplié les bourdes et les bévues. Il a d'abord indisposé la justice, pourtant peu suspecte de parti pris au départ, en se «sauvant» à Alger. De là, il a paru narguer tout le monde en multipliant des déclarations, dont certaines étaient à forte connotation raciste. Certains journaux locaux ont ainsi pris un malin plaisir à politiser l'affaire et à l'enfermer dans un climat malsain en faisant dire tout et n'importe quoi à Mami. Ainsi, a-t-on lourdement insisté sur le fait que la plaignante, Isabelle S., était «juive». Le fruste chanteur quadragénaire, qui possède aussi la nationalité française, pensait-il qu'on pouvait impunément proférer de telles bêtises dans la France d'aujourd'hui. Chauffé sans doute par des journalistes friands de ce genre d'imbécilités, Mami en rajoute : il a été trompé par son manager «juif». Le manager «juif» voulait pourtant être généreux, et proposer une somme confortable à Isabelle afin qu'elle revoie sa copie. Mais Cheb Mami est près de ses sous, malgré sa grosse fortune, c'est même un «radin», disent crument ceux qui l'ont approché. Là, «juif», le manager ne l'était pas. Il s'appelle en réalité Michel Lecoq, un nom bien gaulois. Il avait choisi Lévy pour le showbiz où ça passe mieux, disent les connaisseurs ainsi que les envieux. C'est donc un vulgaire calcul d'épicier qui aurait conduit Mami à choisir le pire : se débarrasser du problème par la contrainte. Puis vint l'incroyable opération avortement, sur les hauteurs d'Alger, que seul un ramolli du cerveau peut imaginer et exécuter. Mami s'enfonce : il n'était pas là mais il dit le contraire, pour «bluffer» son ex-compagne, lui faire croire qu'il était là au moment de l'intervention de la faiseuse d'anges locale. Autre erreur qui servira à le noircir davantage dans l'opinion des jurés. Pourtant, avec un peu plus de doigté et de discernement, les choses auraient pu tourner autrement pour Mami. Il ne pouvait pas ne pas savoir que Isabelle S. était une récidiviste en la matière. Elle avait tenté déjà l'opération bébé avec un autre chanteur de raï, puis avec un membre de la troupe Mami. Ce dernier aussi n'est pas si innocent que ça puisque les confidences de ses proches commencent à tomber : Mami aurait à son actif au moins quatre opérations du genre qu'il a tentées, sans succès, avec Isabelle S. Rencontre de deux forçats du libertinage, chacun entrant dans l'arène avec ses arrièrepensées. C'est, en fin de compte, l'Algérien trop vite poussé en graine qui paie le prix fort, un prix trop élevé pour cet assemblage de sexe, de mensonges et de bêtise crasse. Chez Youssouf Fofana, qui a conçu et exécuté l'assassinat du jeune Ilan Halimi, le sexe est le levier qui lui permet de manœuvrer ses victimes. Ilan est d'abord attiré dans un traquenard, le 20 janvier 2006, contre la promesse d'étreintes torrides avec l'allumeuse du «Gang des Barbare», le nom que Fofana a donné à la bande. Le jeune homme originaire de Côte d'Ivoire a agi ainsi parce que «les juifs ont de l'argent » et qu'il voulait soutirer une rançon aux parents d'Ilan Halimi. Mais la haine raciste, «Allah et son Prophète n'aiment pas les juifs», affirme Fofana, en décide autrement. Après cinq semaines d'exactions et de sévices corporels, Ilan est laissé pour mort sur le bord d'un trottoir. Tout au long d'un procès à huis clos, le chef assumera ses actes, avec les mêmes arguments. Il se dit arabe sans avoir requis l'avis des concernés, anti-américain, parce que les Américains sont des sionistes. Il joint parfois le geste à la parole, comme lorsqu'il lance ses chaussures contre une partie du public. «C'est un attentat arabe à la chaussure piégée», lance-t-il à la cantonade, comme s'il voulait réduire le procès d'un assassinat bête et méchant au conflit du Proche-Orient. Youssouf Fofana est sans doute bête et méchant, sinon pourquoi s'acharnerait-il à se revendiquer arabe ? Cependant, ce qui a pesé le plus dans ce dramatique procès, c'est le mensonge et la loi du silence observés par les membres du gang. Ni la jeune fille appât, ni les autres geôliers tortionnaires n'ont voulu assumer leurs actes, se réfugiant sous le bouclier du chef. C'est sans doute parce qu'ils ont voulu se faire passer pour des victimes que les membres du «Gang des Barbares» ont nui à la sérénité des débats, plus que les incartades verbales de Fofana. En fuyant leurs responsabilités, ils ont sans doute échappé à des condamnations trop lourdes mais le second procès pourrait être le vrai, celui des comparses, sans lesquels Fofana ne serait qu'un petit délinquant ivoirien, égaré dans une cité.
A. H.

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