Malgré l’actualité chargée, je rappelle à tout hasard, pour
ceux que ça intéresserait encore, qu’il est toujours en prison.
Le moudjahid et Patriote Mohamed Gharbi
Allez ! Encore un petit effort. Oui ! Oui ! Je sais ! Tous ces vendredis passés
à flemmarder au lit, à déambuler nonchalamment au souk, à musarder entre la
cuisine, le café dehors et le lavage astiquage de la voiture, ce n’est pas
facile à gommer d’un trait. Mais on s’y fait. Pensez à vous faire plaisir
pour ce premier vendredi. Moi, je ne manquerais cette occasion pour rien au
monde. Il faut dire que légèrement dépravé, un brin chtarbé sur les bords,
j’ai des plaisirs assez bizarres. Que je m’en vais satisfaire dès ce midi.
Une sorte de vengeance froide. De ces actes que l’on a gardés depuis des
lustres cachés, enfouis en soi. Et que l’on fantasmait littéralement de réaliser,
de commettre un jour. Et ce jour est enfin arrivé, alléluia ! Je sais que je
le trouverais au carrefour habituel. Ce carrefour qu’il ne quitte jamais et
d’où il m’a fait subir les pires humiliations. Assis tous les vendredis
devant son échoppe faite de bois et de plaques de zinc mal jointes, un rideau
de tôle froissée et rouillée à demi baissé sur son «commerce», il avait
toujours le même sourire carnassier, la même dégaine goguenarde et le rictus
mauvais lorsque s’il me voyait débouler devant lui, pour compléter en
catastrophe mes achats avant la grande prière et la transformation de la cité
en ville fantôme : «Ma n’biîch khouya ! Je ne vends pas ! C’est l’heure
de la prière !» Ah ! ce regard, combien il m’a traumatisé. J’avais
l’impression d’être le canard boiteux du quartier, l’incorrigible cancre
impie qui ne comprenait toujours pas qu’un bon musulman ne fait pas commerce
à l’heure de la grande prière. Dépité, furieux et incapable d’expliquer
calmement à ce gugusse l’incongruité de cette pratique, je repartais à
chaque fois la queue entre les jambes, le panier vide et la fureur impuissante.
Aujourd’hui, c’est mon heure. Je vais me le faire, mon commerçant ! Parce
que vu le nombre d’administrations, d’entreprises, d’usines et de sociétés
ouvertes et en activité ce vendredi, vu le nombre d’Algériennes et d’Algériens
au travail ce jour et qui voudront se restaurer à la mi-journée, ça m’étonnerait
que mon tyrano de commerçant ne vende pas à l’heure de la prière. Mumm ! A
nous deux, mon coco ! Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar
continue.
H.L
www.tacervellesarrete.blogspot.com
|