Actualités : TERRORISME AU SAHEL
Armées en alerte


Une rencontre a regroupé, mercredi et jeudi derniers à Tamanrasset, les chefs d’état-major militaires de quatre pays riverains du Sahel, représentant l’Algérie, la Mauritanie, le Mali et le Niger.
Une rencontre a regroupé, mercredi et jeudi derniers à Tamanrasset, les chefs d’état-major militaires de quatre pays riverains du Sahel, représentant l’Algérie, la Mauritanie, le Mali et le Niger. Elle devait «consolider la coopération autour d’une lutte commune contre la criminalité qui sévit au niveau des bandes frontalières et plus particulièrement le terrorisme ». En d’autres termes, il s’agit d’une reconnaissance officielle de l’éminent danger que représente la présence de la filiale «maghrébine» d’Al-Qaïda dans la région. Et pas seulement. Sans préjuger de ce qui y a été réellement discuté et dont rien n’a été rendu public pour le moment, cette rencontre qui est la première du genre s’est, de doute évidence, selon le communiqué du ministère de la Défense, penchée sur l’aspect strictement «policier», c'est-à-dire le renseignement, les poursuites et les moyens adjacents pour lutter contre les bandes criminelles sévissant dans la région. Mais en réalité, la région sahélienne, déjà depuis longtemps sujette à des rebellions et des conflits locaux, est devenue une véritable poudrière depuis que le terrorisme en a fait une zone de repli avant de la transformer en une base opérationnelle, notamment dans le nord du Mali, à partir de laquelle sont planifiées et exécutées des actions terroristes. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le Sahel en tant que zone géographique où les terroristes d’Al-Qaïda évoluent aujourd’hui est loin de se limiter aux quatre pays dont les chefs d’état-major militaires se sont rencontrés en fin de semaine dernière. Au moins sur le plan factuel, il est connu que l’attaque contre une famille de touristes français à Alleg, en Mauritanie, en décembre 2007 a été commanditée à partir du Mali et que ses exécutants ont été dirigés par Yahia Djouadi dit Abou Ammar alors «émir de la zone IX» (Sahara) sur un individu au Sénégal à qui ils devaient remettre des documents prouvant l’assassinat des membres de cette famille. Deux terroristes parmi ces mêmes exécutants (Sidi Ould Sidna dit Abou Jendel et Mohamed Ould Sidi Ould Chabarnou dit Abou Mouslim) seront arrêtés le 10 janvier 2008 à Bissau, capitale de la Guinée Bissau, où ils étaient en attente d’un contact qui devait leur faire quitter le pays. Leur cavale de dix-huit jours les avait précédemment menés successivement au Sénégal et en Gambie. C'est-à-dire autant de relais où leur organisation terroriste avait au moins des points de chute ou, autrement dit, des noyaux en puissance en mesure de s’ériger en groupes opérationnels. S’il est connu que des groupes terroristes qui sévissent en Algérie ont toujours fait depuis l’époque du GIA de la zone sahélienne, notamment le Mali et la Mauritanie, une zone de repli et de trafic d’armes, se trouve qu’aujourd’hui, avec la branche maghrébine d’Al-Qaïda, cette même zone a pris une extension qui s’élargit de plus en plus vers le centre et l’ouest de l’Afrique. Il a été question, dernièrement, de liens entre l’ex-GSPC et les «Talibans du Nigeria» à la faveur des émeutes des ces derniers dans leurs pays (700 morts), selon des journaux locaux reprenant des indiscrétions de responsables sécuritaires. Même si l’information semble plutôt douteuse, il est dans l’ordre des choses que le lien finira par se concrétiser si l’organisation nigériane quasiment décimée renaissait de ses cendres maintenant que ce même ex-GSPC a implanté ses bases avancées en plein Sahel et œuvre à étendre ses tentacules dans toutes les directions. Et à ce propos, depuis qu’il s’est affilié à Al-Qaïda, il a déjà trouvé comme porte-voix une tribune inespérée à travers le Parti islamique sénégalais de l’imam Mamour Fall dit Shaykh Abd-ul-Qadir, qui se targue d’avoir rencontré Ben Laden entre 1993 et 1996 (durant sa période soudanaise). Il reprend et diffuse pour lui sur son site Internet toute sa littérature propagandiste. Ainsi, le Sahel du terrorisme et celui des états-majors militaires réunis la semaine dernière à Tamanrasset sont loin de correspondre. Il s’agit tout au plus d’un premier cercle limité aux quatre pays les plus exposés actuellement, où Al-Qaïda au Maghreb a déjà commis des actes terroristes. Un cercle appelé nécessairement à s’élargir pour rattraper l’avance prise par l’organisation terroriste dont les tentacules se sont largement éloignées de la bande frontalière du Sahara. Et surtout aujourd’hui que l’expérience a démontré qu’une «base arrière» ou une «base relai» finit toujours par devenir une «base opérationnelle».
Mohamed Issami

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