Chronique du jour : LETTRE DE PROVINCE
Pourquoi et comment une loi chasse la précédente


Par Boubakeur Hamidechi
hamidechiboubakeur@yahoo.fr
Fallait-il nécessairement attendre trois semaines après la promulgation d’une ordonnance pour rompre un silence pesant ? Etait-il judicieux de lambiner volontairement pour n’avoir pas à s’en expliquer et surtout tabler sur la torpeur d’une opposition partisane en mal de crédit ?
Enfin, pourquoi a-t-on voulu se soustraire au moindre débat, fut-il celui que la presse sollicitait à travers ses commentaires ? C’est à ces questions-là que le gouvernement aurait dû d’abord répondre avant de s’atteler tardivement à sa propre défense. Car communiquer, lorsqu’on est en charge des affaires publiques, ne se conçoit pas à être seulement réactif à la critique. Dans ce domaine il s’agit à chaque fois de convaincre en devançant les suspicions et mieux, dira-t-on, de formuler des réponses même aux questions, qu’ici et là, l’on a hésité à poser ! Ne réagir à la critique que lorsque celle-ci prend de l’ampleur, c’est déjà avoir tort à moitié. En effet, même lorsqu’on a toutes les raisons de croire qu’il y a de l’excès dans ce qu’il s’est dit ou s’est écrit, comment ne pas en imputer les causes à sa propre fuite en avant ? Autrement dit, faute d’avoir clairement défendu sa copie, ce gouvernement était, deux fois plutôt qu’une, coupable d’opacité et de rétention de la vérité. Mais voilà qu’enfin il s’aperçoit des dégâts et qu’il se mette alors à battre le rappel de ses exégètes patentés. Quelques voix sympathisantes ici et deux ministres là vont s’associer pour désamorcer la crise de confiance. Une orchestration qui donne à croire que, quelque part, ses certitudes d’il y a 20 jours, vacillent en ce moment. Il y eut notamment le grand argentier qui, dans un long entretien qu’il s’est commandé à l’agence de presse (APS), tente de recadrer les objectifs de cette LFC tout en s’épargnant la moindre allusion à l’orthodoxie de la procédure. Celle qui par principe dicte que le recours à la modification de fond de la loi votée au Parlement constitue une exception et ne saurait passer sans débat et par voie d’ordonnance. A ce sujet, M. Djoudi taira sciemment les motifs ayant présidé à cette gravissime entorse. En parallèle, le ministre du Travail a opté pour la posture symbolique en animant un talk-show dans le site de la SNVI. Une manière tout à fait surréaliste de défendre notre industrie mécanique, depuis longtemps moribonde, et nous jouer du clairon de la préférence nationale afin de diaboliser le fameux crédit auto qui surendette les ménages. Sauf qu’il eut pu faire mieux et plus dans le ridicule en poussant son voyage jusqu’à Tiaret où devait s’édifier il y a 30 ans l’usine Fatia. Et puis, nous eûmes droit à deux apparitions. D’abord celle de Sidi-Saïd qui, comme à son habitude, ne manqua pas de reluire l’image du gouvernement en qualifiant ses mesures de «courage patriotique» et en le désignant comme «le grand gardien de la dignité citoyenne». Celle, ajoutait-il, qui s’est égarée puis pervertie par un consumérisme antinational ! Ridicule pratique du scoutisme politique quand le sien n’en retient que le devoir de servir en toutes circonstances tout en ignorant l’éthique de sa propre mission. Ensuite vint la diva, excellentissime tribunitienne de la cause des travailleurs, elle aussi prend acte de la justesse des mesures contenues dans la loi complémentaire. Un soutien qui l’a censuré quand même dans la mesure où elle a évité cette fois de polémiquer sur le fait qu’on ait choisi de légiférer par ordonnance, elle qui n’avait eu de cesse de défendre l’expression parlementaire et la concertation. C’est en politicienne madrée qu’elle ne voulait pas justement qu’on lui rappelle qu’au cours de l’examen de la loi des finances, son parti se réfugia dans l’abstention. Un curieux recul tactique à la veille de sa candidature à la présidentielle qui lui vaut toujours des critiques et des désaveux dans la mesure où elle ne pouvait ignorer que le vote blanc aggrave sa propre illisibilité et qu’il est le degré zéro de la fonction parlementaire. Ainsi, chez ce couple politique se revendiquant de la cause des travailleurs, le chant des sirènes du pouvoir est toujours plus envoûtant que la colère fruste des chômeurs ou la plainte des smicards affamés. Un duo qui préfère la cohabitation au combat et à la contestation. Cela est d’autant plus vrai qu’elles deviennent rares les occasions où ces deux acteurs se démarquent violemment. Autant les affubler du qualificatif original d’«opposants intimes». C’est-à-dire d’utiles faire-valoir. Comme on le voit, la polémique autour du contenu de la LFC a permis de démasquer encore une fois l’exercice oblique du pouvoir d’Etat et ceux qui lui servent de relais. Car en vérité, ce n’est pas tant qu’il ait opportunément changé de cap en matière de philosophie économique qui peut valoir à ce gouvernement le respect de l’opinion. Bien au contraire, il aggrave son cas pour peu qu’il lui est rappelé ses mensonges d’hier. Six mois auparavant, alors que la chute du cours des hydrocarbures atteignait les grandes profondeurs et que les spécialistes envoyaient des messages alarmants, ce gouvernement- là affirmait le contraire en claironnant que nous étions épargnés. Un diagnostic tout à fait singulier qui sentait à mille lieux le discours démagogique. Campagne présidentielle oblige, ne fallait-il pas pousser la chansonnette du bilan positif et des perspectives radieuses jusqu’à la caricature ? Dans ces conditions, comment légiférer sur le budget 2009 sans mentir sur toute la ligne ? Voilà pourquoi la loi de finances présentée au Parlement devint un placebo de la campagne présidentielle inapplicable et comment celle qui est modestement qualifiée de «complémentaire» constitue aujourd’hui le véritable traitement de cheval. Un exercice de faussaires somme toute. Une tromperie de plus qui lamine le peu de confiance qui restait dans l’opinion vis-à-vis de la rectitude des dirigeants. Mais rien de tout cela ne peut émouvoir Ouyahia et la cour du régime.
B. H.

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