Chronique du jour : KIOSQUE ARABE
Frousse espagnole, terreur afghane


Par Ahmed HALLI
halliahmed@hotmail.com
Sacrés Espagnols ! On leur a tout appris, mais ils gâchent le travail, et notre plaisir avec, en agissant en dépit du bon sens, de notre bon sens, celui dont nous avons empli l'Andalousie.
Savez-vous depuis combien de temps les Espagnols ne se sont pas entretués ? Oui, aussi étonnant que cela puisse paraître, depuis la fin de la guerre civile en 1936, les Espagnols ne meurent plus que par à-coups. Cela fait soixante-dix ans que nos lointains parents, par alliance forcée, ne se sont pas franchement massacrés. Je veux parler d'un vrai massacre, avec du sang sur tous les écrans des journaux télévisés et à la «une» des journaux. Les Espagnols, qui ont des historiens contrairement à nous qui les avons perdus, ne se posent plus de questions sur les vainqueurs et les vaincus de cette période. L'Espagne d'aujourd'hui a peur, elle vit dans la hantise permanente des attentats de l'ETA, l'organisation séparatiste basque. L'ETA est classée comme «Al-Qaïda» sur les listes du terrorisme établies par les puissances occidentales. Mais l'ETA donne des cauchemars aux organisations islamistes qui veulent régenter et, réformer, le monde au moyen d'explosifs de masse. Les hommes de l'ETA ont toute la panoplie susceptible de semer la terreur, mais ils pratiquent un terrorisme «soft». Avant de faire exploser une bombinette dans le bac à fleurs d'une station balnéaire, ils préviennent : «Attention à onze heures pile, un engin va exploser dans le bac à fleurs situé juste à côté du kiosque à "calientita", merci d'évacuer les tables situées à proximité.» Comme les Espagnols ne se nourrissent pas de sandwichs «calientita-harissa», imaginez qui peut se trouver là au moment fatal. Le terrorisme de l'ETA, c'est dramatique, mais ce n'est pas aussi mortel que celui pratiqué par les stakhanovistes d'Irak, d'Afghanistan ou d'Algérie. L'ETA, c'est le terrorisme «tchichi », comme dirait Ali Benhadj, un terrorisme qui peut être salutaire, en ce sens qu'il peut décourager des vocations sanguinaires. C'est le lieu de rappeler qu'à ce jour, l'attentat le plus sanglant perpétré en Espagne, celui de Madrid, n'est pas le fait de L'ETA, mais l'œuvre d'exaltés islamistes, venus en voisins. Je ne sais pas ce que nos terroristes et leurs idéologues pensent de tout ça, mais à leur place, j'envisagerais sérieusement d'islamiser l'ETA. Ils n'en reviennent pas nos «djihadistes » de la façon dont les militants basques armés veulent terroriser la population. Quand on pense que ces mêmes Basques ont tué Roland à Roncevaux et qu'ils ont mis ça sur le dos des Arabes, c'est à vous dégoûter du métier. Je crois, toutefois, que l'Espagne, qui a pratiquement tout appris de nous, a retenu au moins une leçon : ne jamais se comporter comme nous. Dès qu'ils nous ont mis dehors, ils se sont empressés de reprendre leurs anciennes habitudes ou d'en acquérir de nouvelles, tout en gardant un œil sur l'autre rive où ils nous ont forcés à bivouaquer. En souvenir du bon vieux temps, ils nous supportent encore, mais ils ne perdent pas de vue qu'en plus de l'Andalousie, nous avons perdu aussi la boussole. Au reflux géographique a succédé le reflux historique qui nous mène par vagues successives vers l'année zéro, au sens absolu du terme. C'est à ce moment-là que les Espagnols se décideront peut-être à nous envahir, pour inverser le cycle. Au lieu d'envahir l'Andalousie, ce serait l'Andalousie qui nous envahirait, et qui saurait surtout nous garder. En attendant, nos voisins et amis espagnols à qui l'ETA inspire une sainte frousse sont plutôt effarés par les images qui leur parviennent de l'autre rive. Attentat sanglant au centre de Kaboul, batailles meurtrières au Yémen et guerre des cantons en Palestine semi-occupée. Jusqu'à la semaine dernière, on pensait que le Hamas, c'était le must en matière d'intolérance et de rigorisme religieux. Eh bien, non ! Une terreur en cache toujours une autre, plus impatiente d'en découdre, plus revendicative et plus radicale. Le Hamas des bijoutiers et des marchands, le Hamas qui marie les veuves et circoncit les orphelins, a fait des petits. Les petites organisations «djihadistes» qui activaient dans l'ombre du Hamas ont senti leurs ambitions grandir. Le jusqu'au-boutisme du mouvement islamiste s'est émoussé au contact des réalités et des impératifs de gouvernement. Hamas donne de la voix et tance ses alliés lorsqu'ils lancent quelques pétards sur Israël. Les Israéliens n'ont pas répliqué, comme à leur habitude, car ils semblent avoir trouvé un modus vivendi avec le Hamas. C'est justement cette «collaboration» avec l'administration sioniste que dénonce le dernier né du Hamas à Rafah. Vendredi dernier, lors du prêche traditionnel, l'organisation des Soldats des partisans de Dieu a proclamé un «émirat islamique» dans la ville de Rafah, au sud de la bande de Ghaza. Le Premier ministre, Ismaïl Hanieh qui avait d'abord démenti l'existence d'un tel groupuscule, a fait intervenir sa police contre la milice armée qui paradait dans la ville. Bilan provisoire de ces combats : 13 morts palestiniens. Les policiers du Hamas ont aussi bien assimilé les méthodes israéliennes puisqu'ils ont détruit à la dynamite la maison du chef de groupe «djihadiste», Abou Al Nour Al Maqdissi. Ce dernier n'était pas convaincu par les efforts, pourtant bien réels, du Hamas pour islamiser la société. Il réclamait une application plus intensive des lois islamiques et, faute d'être entendu, il a proclamé un émirat autonome sur une terre déjà avalée par la colonisation et morcelée par les divisions inter-palestiniennes. Les journaux arabes rapportent, d'autre part, que le chef du groupe à l'identité aussi longue qu'un jour sans pain a fait ses études secondaires et supérieures à Alexandrie, en Egypte. Or, s'il y a bien un système éducatif aussi décrié que le nôtre, c'est au pays des pharaons où des intellectuels réputés ne cessent de réclamer des réformes en profondeur dans ce secteur. Lors d'un colloque récent consacré à l'éducation religieuse dans l'enseignement, les participants ont demandé la suppression de l'éducation religieuse à l'école. Lors de ce colloque, organisé par le mouvement des Égyptiens contre la ségrégation religieuse, des chercheurs ont dénoncé la ségrégation religieuse dans l'éducation et l'enseignement. C'est le plus grand danger qui pèse sur la citoyenneté en Egypte. «Les chefs et les cadres du terrorisme sont parmi ceux qui ont reçu ce type d'éducation dans les établissements publics», a notamment affirmé Kamel Moghaïth, chercheur au Centre national des sciences de l'éducation. Il a également souligné que «les leçons de langue arabe ne devaient pas être dispensées systématiquement à partir du patrimoine islamique, et plus directement à partir du Coran. L'éducation religieuse enferme le monde alors que l'enseignement doit ouvrir l'esprit». Kamel Moghaïth a demandé, par ailleurs, au ministère de l'Education nationale de veiller à ce que le salut au drapeau dans la cour de l'école ne se transforme pas en récitation des slogans du mouvement des Frères musulmans. «La violence dans la société est une violence culturelle et il y a confusion entre livres de lecture et livres religieux, entre morale et foi», a déclaré, de son côté, Georges Itshak, directeur d'une école maronite. Mounir Medjahed, le fondateur du mouvement Egyptiens contre la ségrégation religieuse, a noté, enfin, que «l'éducation religieuse contient des éléments qui incitent à la haine et et glorifie les valeurs des talibans et d'Al-Qaïda». Tout ceci ne nous concerne pas, bien entendu. Notre école est idéale, notre terrorisme résiduel et notre gouvernement n'est jamais aussi en forme qu'au cœur de l'été.
A. H.

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