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Qu’est-ce qui a changé depuis l’Indépendance ? Nous sommes passés des
porteurs de valises aux...
... distributeurs de couffins
250 DA ! Deux cent cinquante dinars le kilogramme. Et le
marchand était tout fier de m’annoncer que ce prix-là était à la baisse,
vu que deux jours avant ramadan, le citron était encore à 300 DA. Je lui ai
gentiment demandé l’autorisation exceptionnelle d’en prendre un dans la
main. Il a accepté, tout en me tendant un petit sachet en plastique blanc.
Mesure préventive que je comprends parfaitement au demeurant et qui ne m’a
nullement vexé. On ne prend pas un citron à 250 DA le kilo comme on prendrait
une vulgaire carotte à 80 DA. Et donc, c’est la main enveloppée du sachet
que j’ai délicatement soulevé le citron de l’auguste tas de citrons où il
reposait. Premier constat. Il ne parle pas. Très honnêtement, à 250 DA, je me
serais attendu à ce que ce citron me parlât. Ô ! Pas un grand discours ni une
longue allocution. Mais juste un bref salut, en guise de présentation. Parce
que moi, même avec la main enveloppée d’un sachet, j’ai tenu à me
présenter : «bonjour ! Je suis Hakim et je voulais absolument toucher,
caresser et causer un peu avec un citron avant de rentrer à la maison.» Rien !
Le citron n’était visiblement pas pressé de faire ma connaissance. Deuxième
déception, en plus de ne pas parler, le citron était tout ridé. Fripé même.
M’enfin ! A 250 DA, il aurait pu faire l’effort d’une petite chirurgie
plastique, un lifting léger pour se refaire tendre la peau. Même pas ! Tout de
même, ces stars et leurs caprices. Malgré le regard quelque peu réprobateur
du marchand, j’ai approché mon museau du citron. Pas trop près, je sais ! Je
ne suis pas fou au point de risquer de heurter un citron à 250 DA le kilo avec
mes narines de manant. Je connais mes limites et mon rang, que diable ! C’est
donc à 20 bons centimètres du citron — le cordon sanitaire obligé pour ce
genre d’approche — que j’ai posté mon appareil olfactif. Je voulais
capter, même de manière furtive, l’odeur nécessairement unique et magique,
le parfum forcément divin qui devait se dégager d’un citron à 250 DA le
kilo. Et là encore, une bonne grosse déception. Rien ! Ce citron ne sentait
pas le citron ! Il y avait plus d’odeur de citron dans les jus de citron
industriel que j’achète habituellement en supérette que dans ce citron-là
à 250 DA. Quelque peu déçu, mais tout de même heureux d’avoir pu toucher
et palpé doucement un citron à 250 DA le kilo, je l’ai reposé dans son
écrin, j’ai vivement remercié le marchand et je lui demandé une dernière
faveur. Celle de garder le sachet en plastique dans lequel j’avais enveloppé
ma main avant de manipuler le citron. Ce genre de souvenirs ne se jette pas ! Je
fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
www.tacervellesarrete.blogspot.com
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