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Politique. Un nouveau parti sur le point de...
... ne pas être agréé par le ministère de l’Intérieur
!
«Un gigot, s’il vous plaît !» La boucherie, emplie
jusque-là d’un brouhaha, se figea dans un silence terrible. La phrase,
claironnée par celui qui venait à peine de franchir le seuil de l’échoppe,
surprit tout le monde. Interpellé, le boucher resta figé, la main tenant la
hache comme suspendu par-dessus les 100 g de «viande douche» qu’une vieille
mamie lui avait demandé de couper en dés, les plus petiots possibles. «Un bon
gigot ! Pas un petit ni un moyen. Un gros gigot !» L’homme insistait,
visiblement. La main du boucher, toujours en l’air, était agitée à présent
de tremblements, comme des tics nerveux. La vielle mamie aux cent grammes de
douche sortit un mouchoir et entreprit de s’éponger le front et le cou
soudain inondés d’une coulée de sueur froide, glacée. Un homme, entre deux
âges, et qui s’apprêtait à commander 250 g de viande hachée, arriva in
extremis à bloquer sa commande au bord de ses lèvres. Il la ravala prestement
et sortit en marmonnant. «Les merguez, ils sont sans colorants, yek ?
Mets-en-moi deux kilos que tu ajouteras au gigot !» L’homme accompagna sa
nouvelle commande d’un superbe sourire dont la blancheur contrastait avec son
teint halé. La hache du boucher s’abattit brutalement sur le dernier petit
carré de douche, l’écrabouillant, le réduisant en miettes plutôt que de le
couper. La mamie poussa un cri, porta le mouchoir imbibé de sueur à la bouche
et entreprit mécaniquement de se le caler au fond de la gorge pour ne pas
hurler. Deux jeunes qui faisaient la queue ne savaient plus quelle contenance
adopter. A l’évidence, il fallait commencer par appeler le SAMU, car l’honorable
vieille dame virait au bleu, s’asphyxiait et n’allait pas tarder à tourner
de l’œil. «Et puis pour terminer, tu me mettras trois kilos de côtelettes,
une dizaine de steaks coupés dans la bavette et un peu de foie... disons...
deux kilos. Ça devrait aller !» La mamie, elle, n’allait plus du tout bien.
Les deux jeunes hésitaient entre appeler le SAMU ou la brigade de répression
des fraudes et du grand banditisme. Finalement eux aussi sortirent et prirent la
direction du port, tout proche. Resté seul avec son client à la voix
claironnante et la mamie en apnée, le boucher arma sa bouche de son plus beau
sourire, habilla son regard du plus beau velours et demanda ingénument à l’homme
: «Le gigot, je lui garde sa basse côte, évidemment ?» Le client acquiesça
: «Evidemment !» Au premier «évidemment», celui du boucher, le cœur de la
mamie battait encore, faiblement, mais il battait selon le médecin du SAMU
arrivé sur place. C’est le deuxième «évidemment» qui lui a
vraisemblablement été fatal. Evidemment ! Je fume du thé et je reste
éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
www.tacervellesarrete.blogspot.com
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