mardi 25 Août 2009
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Boucherie !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr
Politique. Un nouveau parti sur le point de...

... ne pas être agréé par le ministère de l’Intérieur !

«Un gigot, s’il vous plaît !» La boucherie, emplie jusque-là d’un brouhaha, se figea dans un silence terrible. La phrase, claironnée par celui qui venait à peine de franchir le seuil de l’échoppe, surprit tout le monde. Interpellé, le boucher resta figé, la main tenant la hache comme suspendu par-dessus les 100 g de «viande douche» qu’une vieille mamie lui avait demandé de couper en dés, les plus petiots possibles. «Un bon gigot ! Pas un petit ni un moyen. Un gros gigot !» L’homme insistait, visiblement. La main du boucher, toujours en l’air, était agitée à présent de tremblements, comme des tics nerveux. La vielle mamie aux cent grammes de douche sortit un mouchoir et entreprit de s’éponger le front et le cou soudain inondés d’une coulée de sueur froide, glacée. Un homme, entre deux âges, et qui s’apprêtait à commander 250 g de viande hachée, arriva in extremis à bloquer sa commande au bord de ses lèvres. Il la ravala prestement et sortit en marmonnant. «Les merguez, ils sont sans colorants, yek ? Mets-en-moi deux kilos que tu ajouteras au gigot !» L’homme accompagna sa nouvelle commande d’un superbe sourire dont la blancheur contrastait avec son teint halé. La hache du boucher s’abattit brutalement sur le dernier petit carré de douche, l’écrabouillant, le réduisant en miettes plutôt que de le couper. La mamie poussa un cri, porta le mouchoir imbibé de sueur à la bouche et entreprit mécaniquement de se le caler au fond de la gorge pour ne pas hurler. Deux jeunes qui faisaient la queue ne savaient plus quelle contenance adopter. A l’évidence, il fallait commencer par appeler le SAMU, car l’honorable vieille dame virait au bleu, s’asphyxiait et n’allait pas tarder à tourner de l’œil. «Et puis pour terminer, tu me mettras trois kilos de côtelettes, une dizaine de steaks coupés dans la bavette et un peu de foie... disons... deux kilos. Ça devrait aller !» La mamie, elle, n’allait plus du tout bien. Les deux jeunes hésitaient entre appeler le SAMU ou la brigade de répression des fraudes et du grand banditisme. Finalement eux aussi sortirent et prirent la direction du port, tout proche. Resté seul avec son client à la voix claironnante et la mamie en apnée, le boucher arma sa bouche de son plus beau sourire, habilla son regard du plus beau velours et demanda ingénument à l’homme : «Le gigot, je lui garde sa basse côte, évidemment ?» Le client acquiesça : «Evidemment !» Au premier «évidemment», celui du boucher, le cœur de la mamie battait encore, faiblement, mais il battait selon le médecin du SAMU arrivé sur place. C’est le deuxième «évidemment» qui lui a vraisemblablement été fatal. Evidemment ! Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.

H. L.

www.tacervellesarrete.blogspot.com

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