Monde : Grogne des Madrilènes contre la taxe ordures imposée par la mairie de la ville

L’Espagne a mis en pratique depuis longtemps des mesures destinées à protéger l’environnement, notamment urbain. Parmi ces mesures, il y a celles qui réglementent la collecte et le recyclage des déchets urbains et des ordures ménagères.
De notre bureau de Madrid, M’hamed Elmansouri
Ainsi voit-on au seuil des maisons ou au pied des immeubles, du plus petit village jusqu’aux plus grandes métropoles, des poubelles destinées à recueillir les produits organiques, et d’autres spécifiques aux restes d’emballage (briks, bouteilles en plastique, etc.). En outre, on peut observer dans chaque rue des containers plus volumineux placés pour recycler le verre et le papier. Enfin, régulièrement, les mairies des grandes villes comme Madrid avertissent les habitants d’une tournée des services de la voirie pour récolter les vieux meubles, les appareils cassés, etc. dont ils veulent se débarrasser. Evidemment, comme tout système, celui de collecte de résidus urbains n’atteint pas son plein rendement. Par exemple, on peut trouver des appareils électroménagers jetés à la rue, en dehors des périodes prévues pour leur collecte par la Mairie. Cependant, dans ce cas, ces appareils (ou tout autre objet en métal) ne passent pas plus d’une nuit dehors puisque les «chatarreros» (ferrailleurs) de l’ethnie gitane, qui travaillent pour leur compte, les récupèrent quasi instantanément pour les vendre aux usines de recyclage de la région, organisant ainsi un commerce qui flirte avec la loi mais toléré par les autorités. Jusque-là, Madrid ne diffère donc pas sensiblement des autres capitales européennes, mais on sait que tout le système de collecte des résidus urbains, à Madrid comme ailleurs, est payé en partie par les impôts du contribuable. Dans ce cas précis, il s’agit du propriétaire d’une maison ou d’un appartement en ville, obligé de payer une taxe municipale annuelle qui varie en fonction de la valeur cadastrale du bien immobilier. Cette taxe peut atteindre 120 euros en moyenne pour un appartement de 75m2, par exemple. Dénommée IBI (Impôt sur bien immobilier), elle couvre les charges municipales liées aux services d’hygiène et de voirie. Mais voilà que la mairie de Madrid décide, il y a quelques mois, d’introduire une nouvelle taxe spécifique pour la collecte d’ordures, dans le cadre d’une nouvelle ordonnance municipale qui prévoit aussi de fortes amendes pour les contrevenants aux règles du système de recyclage (la personne qui mélange ordures organiques et déchets d’emballage tombe sous le coup d’une amende de 750 euros). Ce mois-ci, les propriétaires ont donc eu la désagréable surprise de retirer de leurs boîtes aux lettres les premiers avis de paiement du nouvel impôt qu’ils ont surnommé spontanément la «taxe ordures». Cette dernière est aussi basée sur la valeur cadastrale du bien immobilier et peut varier entre 50 et 190 euros par année. Et les premières plaintes commencent à se faire entendre, comme le cas de ce propriétaire qui est obligé de payer 152 euros, quantité qu’il juge exagérée pour un appartement de 100 m2 situé dans un quartier populaire du sud de Madrid. Il n’est pas le seul à protester contre ce nouvel impôt, qui est déjà compris dans l’IBI, et affirme, comme beaucoup d’autres, qu’il n’y a aucune raison de payer deux fois le même service. D’ailleurs, le sentiment général est que cet impôt ne sert qu’à rembourser les dettes dues aux «œuvres pharaoniques » entreprises par le maire de Madrid, Alberto Ruiz- Gallardon, qui, comme tout maire de grande métropole qui se respecte, désirerait laisser derrière lui une œuvre éternelle et inaltérable qui survivrait aux événements et aux hommes. Dans le même esprit, il faut rappeler que Madrid reste candidate aux Jeux olympiques de 2016 et que la promotion de la ville pour cet événement coûte cher. Cette grogne des Madrilènes contre la «taxe ordures» est compréhensible si l’on sait que le co-propriétaire d’un appartement normal doit aussi payer les charges d’entretien de l’immeuble qui peuvent varier entre 60 et plus de 100 euros mensuels en fonction de la valeur immobilière de l’édifice. Enfin, il faut signaler que l’introduction de ce nouvel impôt pour les habitants de Madrid coïncide avec l’annonce de la décision gouvernementale d’augmenter les impôts en ces temps de vaches maigres pour la majorité de la population espagnole, qu’il s’agisse de propriétaires de biens immobiliers particuliers ou de simples locataires.
M. E.

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