Culture : À L’OMBRE DES MOTS DU TRIO JOUBRAN
Les frères virtuoses du luth font escale à Alger


Le trio Joubran sur invitation de l’Aarc (Agence Algérienne pour le rayonnement culturel), et ce, dans le cadre du mois Mahmoud Darwich et en liaison avec le programme d’animation du 14e Salon international du livre d’Alger se produira ce soir à la salle Ibn- Zeydoun à 19h.
Il y a une dizaine d’années, avant la formation du trio Joubran, c’est l’aîné des trois frères Samir, qui a apprend l'oud à l'âge de cinq ans, qui démarra une carrière en solo à travers deux premiers albums, Taqaseem en 1996 et Sou’fahm en 2001. L’album Tamaas est le troisième de Samir qui, cette fois-ci, emmène dans son aventure musicale son frère Wissam, de dix ans son cadet et qui a formé avec lui un duo, célèbre en Europe depuis 2002. Wissam est le premier étudiant arabe diplômé du prestigieux Conservatoire Stradivarius de Crémone (2005) . C’est lui-même qui a fabriqué les luths du trio et est le premier Oriental à entrer à l'Institut de lutherie Antonio Stradivarius. Adnan, le plus jeune, rejoint ses aînés pour former le premier et unique trio de ouds connu à ce jour. Le tout premier album du trio, qui se nomme Randana, exprimait leur «volonté de faire parler la Palestine». Il sera suivi en 2007 de Majâz, avec la participation du percussionniste Youcef Hbeisch. Les trois frères nés à Nazareth, en Galilée, ont très tôt été initiés à l’art du luth et du oud par un père luthier célèbre, et une mère qui a chanté dans un ensemble de musique savante, nourris également à la poésie de Darwich. Samir sera aussi le premier étudiant de nationalité israélienne inscrit dans un établissement égyptien : au conservatoire Muhammad Abdul Wahhad du Caire. Il parfait son apprentissage de la musique classique arabe, mais aussi se pose beaucoup de questions d'identité. «Comme plus de un million d'Arabes à l'intérieur des frontières d'Israël, je n'avais pas le droit, jusqu'aux accords d'Oslo en 1992, de me dire Palestinien. C'est en Egypte, environné d'autres Arabes, que je me suis demandé quels étaient mon drapeau et mon hymne national.» De retour à Nazareth, il va enseigner la musique quelque temps puis choisit d'abandonner une carrière de fonctionnaire israélien pour se consacrer à la musique, en s'affirmant Palestinien. C’est ainsi que le répertoire du trio est fait de créations personnelles et de magnifiques improvisations reposant sur la connaissance de l’imposante culture des maqâms traditionnels et leurs subtiles relectures. Grande révélation du festival des Nuits atypiques de Langon, nominé aux Django d’or 2004 et sélectionné au Womex 2004 ainsi que au Strictly Mundial 2005, le trio vit une aventure musicale qui les conduit à travers le monde.
R. C.

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