Culture : LECTURES AFRICAINES : INASSOUVIES, NOS VIESDE FATOU DIOME
Un roman interrogateur sur le sens de la vie


Pour oublier le grand vide qui s’est installé dans son existence, elle observe de loin les locataires du bâtiment d’en face. En 1994, âgée de 22 ans, Fatou Diome se marie avec un Alsacien rencontré à Dakar et arrive en France. Elle quittera son mari deux années plus tard, rejetée par sa belle-famille française. Elle s’inscrit à l’université de Strasbourg et poursuit des études, en dépit d’une condition de vie difficile aggravée par la mentalité des gens.
L’Afrique, c’est son rayon de soleil mais une vie quasiment insupportable. Enfant illégitime, élevée par une grand-mère jusqu’à l’âge de treize ans, elle quittera son village, ne supportant plus le regard des villageois et s’installe à Dakar avec des petits boulots harassants en perspective, comme bonne en Gambie pour payer ses études. Naîtra de cette solitude et séparation avec les siens son premier carnet, une écriture qui va la réconcilier avec elle-même, en écrivant toutes ses petites histoires. «Je ne suis pas venue à la littérature, c’est elle qui est venue à moi», écrira-t-elle plus tard. Parmi ses lectures de chevet, Stig Dagermann, Marguerite Yourcenar, mais aussi Marivaux, Voltaire, et surtout Hemingway dont le livre Le vieil homme et la mer lui rappelle son grand-père qui l’emmenait à la pêche puis l’immense Senghor, son inspirateur de toujours. En 2001, Fatou Diome qui, faute de trouver un emploi, va accumuler les diplômes, publiera son premier livre La préférence nationale, un recueil de nouvelles, aux éditions Présence Africaine, en 2003. Elle publie son premier roman Le ventre de l’Atlantique, en 2004. La chaîne française de télévision France 3 Alsace lui propose de présenter l’émission littéraire «Nuit blanche». En 2008, la jeune femme récidive avec Inassouvies, nos vies, aux éditions Flammarion qui raconte l’histoire de Betty, la trentaine qui vit seule dans un appartement. Pour oublier le grand vide qui s’est installé dans son existence, elle observe de loin les locataires du bâtiment d’en face : «Qu’est-ce qui différencie ou caractérise ces cubes, ces carrés, ces rectangles, ces losanges, ces cavités, toutes ces innombrables fantaisies architecturales réunies sous les vocables habitations ?» Elle tente d’imaginer leurs vies. Un beau jour, le hasard place ces voisins sur son chemin et ce rapprochement lui permet de faire un bout de chemin avec eux. Betty découvre alors des personnalités haut en couleur, comme la vieille Félicité et son chat Tigra, qui lui permettent de retrouver le sens de la vie. Un roman inspiré par la vie sociale en France et le triste sort des personnes du troisième âge qui vivent seules. «Elle allait s’imbiber de la vie des autres, ignorant qu’elle y serait bientôt engloutie.» Un roman tendresse mais aussi interrogateur sur le sens de la vie.
Nassira Belloula

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