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Commission ad hoc de lutte contre la corruption. Où va-t-elle élire
domicile ? Dans l’ancien siège de…
… Khalifa
La discussion s’était franchement engagée avec cet homme.
Très agréable. D’autant plus que le sujet, la disparition des espaces de
lecture dans nos villes et villages, m’intéressait au plus haut point. Mon
interlocuteur, universitaire chevronné et bardé de diplômes, avait plusieurs
théories là-dessus. J’en avais aussi quelques-unes. Et je dois bien avouer
que le fait de les confronter amicalement m’a réconcilié avec l’échange
entre êtres humains civilisés. Car oui, si ce n’est pas le seul problème
qui nous mine sur cette bonne terre d’Algérie, il reste que la disparition
progressive et massive des bibliothèques municipales est un véritable drame.
Surtout dans ce qu’il induit ensuite comme conséquences sur le niveau
scolaire, sur l’ouverture d’esprit de nos potaches ou encore sur leur
culture générale. Mon vis-à-vis, toujours sur le ton courtois et en même
temps impliqué de l’échange discursif, évoqua ce temps pas si lointain où,
jeune lycéen, il allait s’approvisionner en livres dans la bibliothèque de
son quartier. Un lieu qu’il évoquait avec beaucoup d’émotions, la larme à
l’œil ou presque. Au-delà de l’aspect strictement émotif, il me rappela
un fait sur lequel nous étions parfaitement d’accord lui et moi : on lit
beaucoup moins aujourd’hui, surtout dans la jeune tranche d’âge. Quoi qu’il
en soit, je passais là, avec cet interlocuteur un bien agréable moment. Jusqu’à
l’instant où, arrivant à notre hauteur, une connaissance commune, un ami
nous apostropha avec cette question : «Et le 14 novembre, qu’est-ce que nous
allons faire contre l’Egypte ?». J’ai alors assisté en direct-live, aux
premières loges, à une mutation génétique extraordinaire, difficile à
décrire fidèlement tant elle dépasse l’entendement. Mon interlocuteur, qui
évoquait il y a cinq minutes à peine avec douceur et sur un ton docte et
savant le sort malheureux des espaces de lecture dans nos villes et villages et
qui analysait avec une rigueur toute scientifique l’apport du livre dans l’équilibre
civilisationnel d’une nation et d’un peuple, se transforma brutalement en
guerrier fou. La bave aux commissures des lèvres, les yeux soudain injectés de
sang, les mains tremblantes, la lippe agitée de frémissements de plus en plus
saccadés et inquiétants, il lança en guise de réponse à celui qui venait de
nous apostropher : «Les Egyptiens ? On va les massacrer chez eux. On va leur
marcher dessus. On va en faire de la charpie. Ce n’est pas par deux ou trois
buts qu’on va les battre, mais sur un score de basket-ball. Ils s’en
souviendront longtemps de la raclée qu’on va leur administrer à ces pseudos
Oum eddenya. Et y a pas de solidarité et d’union arabe qui tienne ! On y va
pour les pulvériser ! A mort Lem’ssaroua!». Je dois dire qu’en tant que
témoin de cette mutation génétique, j’ai un peu mieux compris l’apport
des bibliothèques et des livres dans l’éducation et le déséquilibre
profond que leur disparition avait provoqué chez nous. Je fume du thé et je
reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
www.tacervellesarrete.blogspot.com
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