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Djamila Bouhired. Que ton silence est assourdissant, Ô…
… famille révolutionnaire !
J’en avais les larmes aux yeux. De plaisir, s’entend. Ben oui, quand même !
Comment ne pas pleurer de joie lorsque vous assistez à cette scène-là, hein ? Ma
petite fille m’accompagnait au moment du déroulement des faits en question,
alors, je lui ai dit «vois ma fille, tu vas enfin savoir ce que c’est ! Tu y
assistes en direct. C’est un événement majeur dans ta vie. Je voudrais que tu en
aies vraiment conscience et que tu saisisses cette chance inouïe qui nous a fait
croiser ce moment proprement historique». Et effectivement, ma fille avait les
yeux gros comme ça d’étonnement ébahi. Je vous avoue que les miens n’étaient pas
moins gros. Même si, comparativement à ma fille, j’avais eu à vivre dans un
passé lointain, très lointain, flou, très flou, pareilles situations, il n’en
demeure pas moins que le souvenir est incertain, pas franchement précis, en
bribes, empli de trous et de béances. J’avais oublié que ça pouvait être aussi
beau, aussi majestueux, aussi prenant, aussi poignant. Je me surpris même, en
plus de verser une larme d’émotion, à frémir, secoué par les remugles du temps,
ébranlé par des restes de souvenirs bien malmenés. Ma gamine, toute à sa
découverte, me harcelait de questions : «Et ils marchent ainsi longtemps ?» «Et
ils crient et chantent sans discontinuer.» «Et personne ne vient vraiment les
inquiéter ?» «Ne craignent-ils pas de mauvais coups ?» Amusé par son franc
étonnement, par sa juvénile émotion, je répondais volontiers à son torrent
d’interrogations : «Oui ma fille. C’est cela un sit-in. C’est cela une marche de
protestation. C’est cela un rassemblement de contestation. Et si ces
manifestants en colère ne sont pas inquiétés et ne craignent pas les coups et
les matraques, c’est qu’il s’agit, ma tendre chérie, de travailleurs chinois
sortis dans les rues d’Alger dire leur courroux de n’avoir pas été payés par les
autorités de leur pays d’origine. Ils sont Chinois, ces manifestants, mon ange.»
Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
www.tacervellesarrete.blogspot.com
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