Vox populi : Presse indépendante, presse défaillante

La presse privée algérienne, appelée aussi presse indépendante, fêtera dans quelques mois le vingtième anniversaire de son avènement au milieu d’une scène médiatique toujours morose. Née par césarienne dans le sillage des douloureux événements d’Octobre 1988, cette presse a grandi dans le malheur et les privations de toutes sortes.
Aux pressions d’un gouvernement qui est allé maintes fois jusqu’à fermer des journaux, définitivement pour certains ( Le Matin) et envoyer des journalistes croupir en prison, sont venues s’ajouter durant un moment des menaces terroristes qui se sont soldées par une centaine de morts dans les rangs de la corporation. C’est cette enfance difficile, mais pas seulement, qui a déteint sur la qualité et le professionnalisme de la presse privée algérienne, désormais adulte mais avec des séquelles irréversibles. Il suffit, en effet, de feuilleter n’importe quel journal francophone pour constater de visu des tares que des rédacteurs en chef, dépassés, auront vainement tenté de cacher à l’éternel dindon de la farce, le lecteur. A croire que ces chefs et leur armada de correcteurs se sont avoués vaincus. Nombre de journaux publient chaque jour dans des rubriques régionales des papiers au contenu insignifiant, pleins de fautes et de tournures inappropriées, le tout dans un style redondant, ignorant jusqu’à l’existence de la concision et de l’enchaînement. Quand on n’a que quelques pages de publicité sous la main et qu’on doit impérativement noircir les autres, la tâche pourrait paraître aisée aux yeux d’aucuns, mais pas pour des initiés, ceux qui savent comment sont formés, recrutés et payés les journalistes de la presse privée algérienne. Avec le peu de «plumes» de l’ancienne école dont il dispose, un quotidien algérien, fût-il un «grand», publie tout au plus deux ou trois pages par jour pouvant être qualifiées de potables. Quant au reste, tout le reste ou presque, il n’est que baratin impubliable même dans le dernier des pays francophones. En tout cas, Internet est maintenant là pour s’en convaincre. Un clic et on est dedans, au beau milieu d’une médiocrité que les patrons de presse algériens traînent comme un boulet rouge. Et le pire est à venir, puisque de l’avis même de Abrous Outoudert, le directeur de Liberté, le problème numéro un de la presse privée algérienne francophone a un nom : la relève.
A. Bettahar

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