Contribution : Économie, inflation et silex du Tassili… !
Par Slim Othmani*


L’offre de l’entreprise Algérie, en biens et services, tous produits confondus, est nettement inférieure, en quantité et en qualité, à la demande intérieure (le marché national). Au jour d’aujourd’hui, il était dévolu aux importations l’objectif de combler un certain déficit qui, dans un processus économique normal, est graduellement résorbé par de nouveaux investissements ; ces derniers bénéficiant de réelles opportunités industrielles ou de services (on parle ici de rentabilité et de taille critique).
La réduction artificielle des importations, par un ralentissement provoqué, de la chaîne d’approvisionnement de produits finis a, de facto, engendré une première source d’inflation puisque l’offre devenant inférieure à la demande, ce faisant, elle poussait naturellement les prix à la hausse. Par ailleurs, la mise en œuvre brutale de la LFC 2009 a freiné, tout aussi soudainement, l’appareil de production de notre pays. De même que pour les produits finis, les matières premières et les produits semiœuvrés, ont subi le même ralentissement artificiel, engendrant une baisse de volume des produits manufacturés et réduisant, ainsi, l’offre de l’entreprise Algérie. Cela a, tout aussi naturellement, généré une deuxième source d’inflation. Les coûts induits (financiers et logistiques) par la mise en application de la LFC 2009, sur la structure de coût des produits manufacturés, ainsi que sur les intrants de production acquis localement, ont eu pour conséquence une envolée des prix sortie usine et, par la suite, des prix à la consommation. C’est la troisième source d’inflation observée. De même, la dévaluation silencieuse du dinar a eu un effet inflationniste sur les coûts de production et, par voie de conséquence, sur les prix à la consommation. C’est la quatrième source d’inflation. Aux dires de certains experts reconnus, la Banque d’Algérie semble bien contrôler la masse monétaire en circulation, mais la politique budgétaire, fortement expansionniste, annule le travail de la Banque d’Algérie faisant que trop d’argent, via la dépense publique, circule dans le pays. C’est une cinquième source d’inflation. L’envolée du cours des matières premières sur les marchés internationaux est aussi à l’origine d’une dégradation de la compétitivité de l’entreprise Algérie, matérialisée par une hausse des coûts de production et, par voie de conséquence, des prix de vente. C’est la sixième source d’inflation. Outre leur addition, les effets composés de ces multiples sources d’inflation, rendus possibles par une politique fortement protectionniste, inhibent les bienfaits de la concurrence et autorisent donc une hausse accélérée des prix à la consommation. C’est pourquoi, aussi bien l’impact des hausses salariales annuelles que celui du relèvement du SNMG — qui étaient censés apporter un peu de souffle au marché intérieur – se trouvent annihilés par l’inflation au moment même où l’entreprise avait besoin d’un marché intérieur revigoré. De ce fait, le rôle déterminant et attendu des salaires pour doper la croissance – pour une relance par la demande — n’est pas au rendez-vous. Dans l’expectative d’un retour à plus de bon sens, l’opérateur économique que je suis est surpris d’apprendre que le gouvernement, par souci de concertation, juge opportun de créer des commissions pour évaluer l’impact de la LFC 2009 sur la compétitivité de l’entreprise Algérie. Ces mêmes commissions sont censées apporter des éléments de réponse, étayés, pour expliquer qu’une économie ne peut pas fonctionner avec un seul mode de paiement des transactions commerciales. Alors que même les silex du Tassili n’avaient pas la même forme lorsqu’ils représentaient une monnaie d’échange rare entre les tribus de la région, il y a de cela quelques milliers d’années… !
S. O.
(*) Chef d’entreprise «citoyenne»

Nombre de lectures :

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable