Chronique du jour : DECODAGES
ALGÉRIE : CLIMAT DES INVESTISSEMENTS
La situation s’est-elle améliorée depuis 2002 ?
Par Abdelmadjid Bouzidi
abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr


Les entrepreneurs algériens souffrent toujours du climat morose qui caractérise l’économie algérienne, si l’on en croit le sondage mémoriel sur «l’indice de confiance» que réalise régulièrement le Forum des chefs d’entreprise. Les chiffres sont sans équivoque : 47 % des entrepreneurs sondés trouvent le climat économiques de ces derniers mois, et qui n’est pas très favorable, stable (en tout cas pas d’amélioration), 42 % trouvent que ce climat s’est détérioré et seulement 11 % (qui activent principalement dans l’agro-alimentaire) pensent que ce climat s’est amélioré.
L’embellie financière du pays et les gigantesques plans de relance financés par l’Etat, dont on pouvait penser qu’ils allaient dynamiser le monde des affaires, ne semblent avoir aucun effet sur les entreprises nationales, notamment privées. Les dispositions de la loi de finances complémentaire 2009, reconduites par la loi de finances 1010, notamment celles relatives aux nouvelles modalités de financement des approvisionnements extérieurs qui ont alourdi les contrôles, «ne sont pas faites» (sic.). Ce climat économique défavorable se retrouve aussi dans les statistiques de création et de fermeture d’entreprises. Durant le premier semestre 2009, 2 376 entreprises ont été créées (contre 2 976 durant le premier semestre 2008, un recul donc) et 1 237 ont déposé leur bilan. La moitié des entreprises créées le sont dans la branche «commerce », soit 1 164 entreprises, et 14 % dans l’immobilier (335 entreprises). Les industries manufacturières ont enregistré, pour leur part, la création de 267 unités (surtout les très petites entreprises, TPE). Nous sommes bien loin de l’objectif de 100 000 entreprises à créer par an ! Comme on peut le voir, l’investissement productif se porte mal alors même que la demande globale est là, le marché intérieur est porteur, les finances sont prospères. «Tout cela n’est pas normal !» crient les hommes d’affaires algériens. Une enquête sur le climat des investissements réalisée par le département développement économique et social région Mena de la Banque mondiale, dont les résultats ont été rendus publics à la fin de 2008, révèle l’évolution du climat des investissements en Algérie durant la période 2002/2008 et renseigne sur ce qui a pu être réalisé par les pouvoirs publics pour prendre en charge les problèmes signalés par le rapport «Doing business» de la même Banque mondiale. Ainsi, cette «enquête entreprises» révèle que cinq contraintes fortes découragent les investisseurs et plombent l’expansion économique pourtant tout à fait possible.
1) La corruption est devenue la principale contrainte des firmes en Algérie et la perception de sa prégnance par les entreprises manufacturières s’est aggravée depuis 2002.
2) Une contrainte nouvelle a fait son apparition : la fourniture d’électricité, 45 % des firmes manufacturières et 53 % des entreprises de service considèrent la fourniture d’électricité comme étant un problème majeur ou très sévère.
Ces entreprises ont dû faire face à environ 5 coupures d’électricité par mois, coupures qui ont provoqué une perte moyenne de quelque 6 % du chiffre d’affaires annuel.
3) La contrainte liée au manque de formation de la main-d’œuvre a connu une forte détérioration depuis 2002.
4) Les marchés des facteurs ont connu des détériorations depuis 2002 et les contraintes qu’ils posent sont devenues plus dures qu’en 2002. Ainsi, le foncier industriel reste une contrainte forte. Les procédures d’acquisition de terrain restent longues (mais dans le même temps l’enquête révèle que la moitié des entreprises enquêtées n’utilisent pas en totalité les terrains dont elles disposent).
* Le marché du travail formel (organisé) reste caractérisé par
- Une réglementation rigide ;
- un manque de qualification de la force de travail et un faible développement des formations professionnelles appropriées.
Le nombre d’entreprises qui signalent ce problème a considérablement augmenté depuis 2002.
* L’accès au financement est resté difficile.
- Les garanties requises par les banques représentent 170 % de la valeur du crédit ! Pour les petites entreprises (moins de 20 employés) ces garanties peuvent aller jusqu’à 201 % du crédit !!
- les entreprises (72,5 % d’entre elles) ne déposent pas de demandes de crédit bancaire et se financent sur fonds propres.
5) Les contraintes liées aux taux d’imposition et à la concurrence du secteur informel sont toujours aussi dures qu’en 2002, et plus de 50 % des entreprises enquêtées signalent encore ces problèmes comme très sévères (le taux d’imposition en Algérie est le plus élevé de la région Mena).
La contrainte liée à l’administration fiscale s’est par contre amoindrie entre 2002 et 2008.
En résumé, l’enquête «entreprises» de la Banque mondiale montre que le climat des affaires en Algérie souffre encore de nombreuses déficiences et les problèmes sont encore multiples :
1 - La corruption reste coûteuse ;
2 - des problèmes d’infrastructures persistent ;
3 - le cadre réglementaire reste compliqué et peu efficace ;
4 - Il y a persistance de dysfonctionnement sur les marchés des facteurs.
Mais que font donc ceux qui sont aux affaires économiques du pays ?
Les entrepreneurs, mais aussi les analystes, sont las de signaler régulièrement et depuis une décennie, les mêmes problèmes, les mêmes blocages du système économique national, les mêmes pertes d’énergie.
Un plan d’urgence «entreprise » n’est pourtant pas si difficile à mettre en place tant les problèmes sont aujourd’hui connus, reconnus et dont les solutions sont à portée de main. Alors pourquoi cet immobilisme ? !
A. B.

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