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Un important contrat d’achat d’avions militaires russes par
l’Algérie tombe à l’eau. Les appareils proposés par Moscou
ne pouvaient transporter que 800…
… supporters à la fois.
Moi, Tien Chun Hue, je vais témoigner aujourd’hui. Car il me semble important
et utile de témoigner pour mémoire, pour l’humanité et les générations à venir.
Je suis arrivé en Algérie il y a moins de six mois, dans le cadre d’un contrat
de travail dans le bâtiment. A peine débarqué de ma province du Sichuan, à peine
installé, j’ai été affecté au chantier de rénovation d’une daïra de la capitale,
Alger. Et c’est là que j’ai été témoin de ce phénomène extraordinaire, jamais
observé ailleurs. Dieu sait que dans mon pays, la Chine, les phénomènes
extraordinaires sont légion, mais celui-là dépasse de loin tout entendement. A
plusieurs reprises, j’ai vu déferler sur mon chantier, la daïra en rénovation,
des meutes de jeunes et de moins jeunes citoyens algériens. Tous étaient
habillés des mêmes couleurs. Celles du drapeau de leur pays. Ils chantaient, ils
jouaient d’instruments hétéroclites, et ils se bousculaient aux guichets. Tous
en repartaient, au bout de quelques petites heures seulement, avec le même
document vert en poche. Mon frère, Kuan Ti Hue, arrivé en même temps que moi en
Algérie, mais affecté, lui, sur un chantier de construction d’une agence Air
Algérie, à l’intérieur du pays, m’a raconté avoir vécu les mêmes phénomènes
extraordinaires. Des hordes de jeunes et de moins jeunes, habillés des couleurs
du drapeau local, chantant à tue-tête et dansant sur des rythmes endiablés, ont
déferlé sur l’agence en construction, spécialement ouverte à l’occasion pour les
accueillir alors que les travaux n’étaient pas encore terminés. Ils n’en sont
repartis qu’au bout de quelques petites heures, tous munis d’un document de
couleur rouge. Notre cousin, Jiang Li, arrivé il y a à peine deux mois de Chine
et travaillant sur le chantier de réfection de l’Aéroport international d’Alger,
peut confirmer les dires de mon frère et moi. Lui aussi a vu déferler sur cet
aéroport des hordes de jeunes et de moins jeunes habillés de vert, de rouge et
de blanc, tenant dans la main droite un document vert, dans la main gauche un
document rouge et dans leurs sacs à dos des sandwichs, de l’eau et des
plaquettes de quinine. Ils n’ont quitté l’aéroport que plusieurs heures après, à
bord de plusieurs avions. Des avions de couleur blanche, pour certains, et verte
pour d’autres. Alors, fort de tous ces témoignages concordants et recoupés, moi,
Tien Chun Hue, Chinois travaillant en Algérie, je témoigne ! Je témoigne sous le
coup de l’émotion devant ce phénomène extraordinaire. Ce pays qui m’a accueilli
est peuplé de gens qui passent leur temps à chanter, à danser, à s’habiller de
vêtements de la même couleur, à aller tous ensemble dans des bâtiments divers
pour y récupérer en masse des documents de couleur verte et rouge, et qui
finissent par prendre l’avion. Pour aller chanter et danser. Mais dans d’autres
pays que le leur. Vous ne trouvez pas ça extraordinaire, vous ? Moi, si.
Tellement extraordinaire que j’ai fini par adopter l’une de leurs coutumes
locales bizarres : comme beaucoup d’entre eux, moi, Tien Chun Hue, je fume du
thé au lieu de le boire et je reste éveillé à ce cauchemar qui continue.
H. L.
www.tacervellesarrete.blogspot.com
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