Société : KHEÏMA
Un concept qui fait tilt même après Ramadan


Sidi Yahia, Staouéli, El Biar, Télémly... les kheïmas poussent comme des champignons. Le Sud s’invite au Nord, au grand bonheur des Algérois, avides de dépaysement et d’exotisme.
L’esprit kheïma séduit de plus en plus. On s’y rend entre amis ou en famille pour savourer un plat traditionnel, siroter un thé à la menthe ou fumer une chicha (narguilé). Une manière de s’offrir un peu de rêve et de rompre avec la morosité du quotidien. Apparues timidement au début des années 2000 à l’occasion des soirées ramadanesques, les kheïmas ont pris racine en s’inscrivant dans la durée. Ces dernières années, leur nombre a augmenté de manière exponentielle, à telle enseigne que certains quartiers comme Hydra comptent plusieurs adresses de ce genre. Le concept fait tilt et chaque enseigne se creuse le ciboulot pour avoir son propre pedigree.
Meryouma (Hydra)

Des tadjines fumants qui virevoltent de table en table en laissant s’échapper d’alléchantes effluves, un décor typique (tapis, cuir, cuivre, poufs...), de larges espaces où chaque détail a été étudié : nous sommes au Meryouma, une kheïma qui a vu le jour, il y a moins d’un an, dans le quartier huppé de Sidi Yahia. Dans une ambiance feutrée, les amateurs de bons petits plats traditionnels se laissent aller au péché de la gourmandise. Des rires joyeux fusent d’un peu partout. Des touristes français se lèvent de table. Ils rejoignent le deuxième salon pour siroter un thé à la menthe et grignoter des pistaches. «Le cadre est magnifique et la cuisine succulente, lâchent-ils. Pour nous Européens, dîner dans une kheïma est très exotique !» Dans ce restaurant, un voyage culinaire à travers toute l’Algérie est proposé aux clients. «L’idée était de concocter un menu avec des spécialités propres à plusieurs régions du pays», explique Rabah le gérant. Chekhchoukha de Biskra, rechta au poulet, chtitha l’sen, couscous d’orge, méchoui... sont les plats les plus commandés. (Prix entre 900 et 1 200 DA).
Essaoura Kheïma (Sacré-Cœur)

Un petit chameau empaillé posté à l’entrée de cette kheïma (rue Montalembert) annonce déjà la couleur. Le Grand-Sud s’invite dans cet espace orné de tapis de Messaâd (région de Djelfa), de meïdas, de tadjines en terre cuite, de kerkabou, d'ustensiles en cuivre... Les clients adorent ce dépaysement. Laâbed, 61 ans, promoteur architecte, savoure une chicha, parfum pomme, après un repas copieux : «Je réside actuellement à Miami, confie-t-il, mais je suis souvent à Alger dans le cadre de mon travail. J’aime l’esprit kheïma. C’est chaleureux, confortable et convivial.» Côté menu, les plats traditionnels ont la cote : couscous d’orge, couscous au blé, bourek, chorba, chekhchoukha dfer, bouzelouf, douara, sfiria, berkoukès au poulet (prix entre 600 et 900 DA) sont sur la carte. Samia, Kahina et Yasmine sont cousines. Dès qu’elles ont envie d’un plat du terroir et qu’elles ont la flemme de se mettre aux fourneaux, elles foncent droit vers cette kheïma. «Déguster un délicieux bouzelouf dans ce cadre est un pur plaisir !» diront-elles.
La Medina (El Biar)

Autre kheïma, autre ambiance. Ouvert récemment, ce restaurant situé à El Biar propose un menu typiquement marocain. A l’intérieur, le décor est époustouflant : voûtes, bougies, banquettes traditionnelles, lumières tamisées, encens, musique gnaouie, lustres genre kendil... Le nec plus ultra, c’est sans doute ces tentures satinées parsemées de petites loupioles bleu-nuit ornant les plafonds et qui font penser à des étoiles scintillantes. «Nous avons opté pour cette décoration afin de nous distinguer des autres kheïmas au cachet formaté et standardisé», nous révèle Karim, le gérant. Doté d’immenses baies vitrées offrant une vue imprenable sur la mer, la Medina a désormais ses habitués comme ce couple qui a réservé une table pour marquer d’une pierre blanche son premier anniversaire de mariage. «C’est apaisant de se retrouver dans un établissement comme celui-là, en plus nous sommes des adeptes de la cuisine marocaine», lancent les deux tourtereaux. Tadjine marrakchia, couscous aux merguez grillées, cigare piquant, doigts de fatma, bastilla, les spécialités marocaines offrent un joli assortiment de mets (entre 500 et 1 000 DA le plat). A travers ces kheïmas-restaurants qui ont le vent en poupe actuellement, c’est tout un pan de notre culture et de notre histoire qui est revisité. Une authenticité qui nous renvoie à nos racines et à notre identité.
SabrinaL
sabrinaL_lesoir@yahoo.fr

Nombre de lectures :

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable