Vox populi : TROIS ÉTUDIANTS S’INTERROGENT SUR LEUR AVENIR

I.- J’ai honte de supplier pour qu'on m'apprenne…
Voilà, j'ai beau regarder la situation sous tous les angles, rien n'y fait. C’est une aberration, une grève de cinq jours, une revendication des plus nobles et des plus justes... et tout ce qu'on récolte, ce sont les menaces, les insultes, le mépris et aux grands maux les petits et bien misérables remèdes... Ce qu'on a demandé ?

Juste une formation décente, une formation avec un minimum d'encadrement, nous ne demandons pas une augmentation ou de l'argent (bien que nous n'ayons jamais reçu les fameuses blouses pour lesquelles on nous retire deux mille dinars des deux mille que l'on reçoit chaque mois). Nous ne demandons pas non plus la facilité ou les avantages, nous n'en avons pas et nous n'en voulons pas. Nous avons réagi avec toute l'humilité de notre cœur, avec toute la conscience de notre esprit, et la responsabilité qu'implique le métier de médecin, nous avons tout simplement tiré la sonnette d'alarme. Admis en toute franchise, que nous serons incapables de soigner correctement les gens, qu'on a besoin d'aide et que l'on est livrés à nous-mêmes. Qu'on a juste une grande envie d'apprendre mais qu'avec toute la bonne volonté du monde, nous n'y arrivons pas dans de telles conditions, dans un tel climat de conflits, de non-pédagogie et de mise à l’écart. On aura tout entendu, tout subi. Et comme si les mesures prises, les humiliations et les menaces indignes n'étaient pas déjà suffisantes, suite à un article déjà paru, dans ce journal et cette rubrique, j'ai entendu dire que l'on devrait avoir honte. Que je devrais avoir honte de dénoncer ceux à qui je dois tout et si peu, et que j'ai pourtant bien soutenus dans les moment de lutte... J'ai honte oui, j'ai honte de voir que la première réaction fut de nous interdire l'accès à une cantine bien misérable et si peu fréquentée, ce qu'on a pu en rire, une réaction témoin de petitesse. Honte car au lieu de corriger l'injuste, on s'abaisse à bloquer les diplômes des étudiants en médecine, les rapports de stages et même se voir refuser les misérables dix jours de vacances qu'on n’aurait pourtant pas volés. Honte de me retrouver face à autant d'indécence et d'arbitraire, autant de bassesse et de mépris, honte devant un tel sens d'irresponsabilité. J’ai honte de supplier pour qu'on m'apprenne. Honte de voir que les responsables font preuve d'autant d'arbitraire, que le directeur du CHU de Tizi-Ouzou refuse de nous écouter et même de nous recevoir. Pourtant dans universitaire, il y a étudiants, apprentissage, pédagogie. J’aurais pourtant pensé qu'un si haut responsable, docteur qui plus est, aurait été bien fier de nous voir si soucieux de notre avenir, de notre formation et de nos futurs patients. Des réactions bien subjectives, drapées de rancune et de mépris, me font sentir, face à autant d'orgueil, la douce volupté de l'humilité. Ils ont peut-être les épaules bien larges, et un ancrage solide, moi j'ai la tête sur les épaules, une fierté des plus dignes et la conscience bien tranquille. Beaucoup nous soutiennent parce que notre cause est juste et légitime, pourtant ce que nous demandons est d'une noblesse qui semble échapper aux décideurs. A ceux qui ne nous donnent rien, qui nous menacent de «sanctions» comme de refaire notre stage, ne pas le valider, nous traîner longtemps et même parfois de nous traduire en justice. Vous voulez sabotez notre avenir ? Nous affronterons tout, nous sommes unis, et nous ne doutons pas de la noblesse de notre lutte, peu importe, notre avenir, bien qu'incertain ne sera pas taché de lâcheté, et nous deviendrons de bons médecins, parce que c'est là notre souci majeur, nous serons debout malgré vous. A tout ceux et celles qui nous ont encouragés, soutenus et qui ont fait des efforts pour nous apprendre et nous donner un peu de leur temps inestimable, j’ai envie de dire merci. Heureusement, il y en a qui pensent que nous en valons la peine et qui sont soucieux du devenir de la santé en Algérie. Ils existent, et ils ont gagné le respect inébranlable et l'estime de toute une nouvelle génération de médecins. Il y a des batailles qui nous semblent perdues d'avance, surtout face aux administrations méprisantes et sans conscience, mais qu'importe, nous gagnons rien qu'en les menant, et notre victoire et d'autant plus grande que nous, nous gardons notre dignité.
S. K.

II. Ce que va être ma vie dans cinq ou six ans ?
Je suis un étudiant en deuxième année universitaire, en langues étrangères, plus précisément en français LMD qui veut dire, licence, master doctorat… Sacré LMD ! Plusieurs ont été charmés par ce sigle porteur de tant d'espoir et d'avenir, y compris moi, sauf que l'on a vite fini par nous rendre compte du pétrin dans lequel nous nous étions fourrés. Eh oui ! Première année, première réunion avec notre chef de département qui nous annonce : «Chers étudiants, comme vous le savez, puisque vous êtes la première vague “lmdiste”, vous êtes des cobayes !» Non je ne le savais pas, personne ne le savait d'ailleurs, et ça continue. Il fallait que chaque «professeur », c'est-à-dire des licenciés, nous le rappelle à chaque fois, et croyez-moi, leur sincérité me touchait beaucoup et finissait par me faire croire que j'étais en train de contribuer à un grand fait historique : la promotion du LMD en Algérie. J'étais ému, je faisais de mon mieux pour montrer l'exemple de ce à quoi devrait ressembler l'Algérie de demain, et j'ai réussi à passer en deuxième année, et là, surprise, il n'y a pas de programme ! Aucun professeur n'a reçu d'instructions, ils font du «freestyle», chacun fait ce qu'il peut ou veut, alors il fallait bien que quelqu'un pose des questions, et on en a posé des tas, sauf que les réponses me rappelaient un livre que je n'ai pas lu mais dont j’ai regardé l'adaptation cinématographique, le Da Vinci Code,sauf qu'aucun des étudiants n'avait l'art du «symbolique» de Robert Langdon. D’ailleurs, j'ai remarqué que nos profs n'aiment pas trop les questions et ne supportent pas ceux qui en posent. Donc, je me demande ce que je vais devenir, ce que va être ma vie dans cinq ou six ans. Par contre, je sais que la majorité des cobayes ne survivent pas, alors, quand est-ce qu'on trouvera une combine qui puisse nous sauver tous ?
Chaibdraâ Abdelmalek

 

III- Avons-nous encore une valeur dans notre société ?
Je suis étudiant en 4e année spécialité traduction à la Fac centrale. Je suis outré par ce qui se passe aujourd'hui au sein de notre université, notamment le fait qu'on puisse jouer impunément avec l'avenir des étudiants m’insupporte, et à ce train-là, je suis certain que l'Université algérienne court à la dérive. L'idée de remplacer l'appellation Université d’Alger par Annexe de Bouzaréah est pour moi une réelle aberration qui va réduire les quatre années du cursus universitaire en poussière, et dans ce cas, rien ne sert de l'avoir. Alors, rendez-vous compte ! Le fait de passer 4 ans à suivre une spécialité pour en fin de compte recevoir une distinction qui ne vaut absolument rien ailleurs est complètement une perte de temps. A voir cet état de fait, je pense que les universités et les établissements éducatifs (lycées, CEM et écoles primaires) sont pour moi d’immenses laboratoires dans lesquels les étudiants et autres élèves sont considérés comme des cobayes pour qu’ils s'amusent à tester les différentes réformes. Espérons que les responsables de ce secteur auront un semblant de bon sens pour mettre un terme à ce massacre incessant et permettre, ainsi, aux pauvres étudiants que nous sommes d'avoir encore une valeur dans notre société. Je salue, par la même occasion, mes amis étudiants de mon groupe auxquels je souhaite un avenir radieux en dépit des obstacles qu'on rencontre au quotidien, car rien ne pourra nous ôter cette lueur d'espoir qui est en nous. L’Université d’Alger est et restera présente. (Un bonjour à tous les Kabyles).
Abdallah d’Alger

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