Monde : NUCLÉAIRE
L'Iran lance la production d'uranium enrichi à 20 % malgré les pressions


L'Iran a notifié hier à l'AIEA sa décision de commencer à produire de l'uranium hautement enrichi malgré les pressions internationales, tout en se déclarant prêt à arrêter ce processus s'il obtenait des grandes puissances le combustible nucléaire qu'il réclame.
Le lancement, sur le site de Natanz (centre de l'Iran), des opérations visant à porter à 20 % l'uranium faiblement enrichi à 3,5 % dont dispose Téhéran a été notifié par lettre à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), a indiqué le représentant iranien à l'AIEA, Ali Asghar Soltanieh. «Nous avons invité, dans cette lettre, les inspecteurs de l'AIEA à être présents sur le site (de Natanz) puisque toutes les installations nucléaires de la République islamique sont placées sous le contrôle de l'Agence», a-t-il précisé, cité par IRNA. Le lancement aujourd’hui de la production d'uranium hautement enrichi par l'Iran avait été annoncé dimanche soir par le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA), Ali Akbar Salehi, qui avait reçu un peu plus tôt des directives du président Mahmoud Ahmadinejad. Cette décision a été prise, selon Téhéran, en raison du blocage des discussions avec le groupe des Six (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne, Allemagne) sur la fourniture à l'Iran du combustible enrichi à 20 % dont il dit avoir besoin pour un réacteur de recherche nucléaire. M. Soltanieh a expliqué que «plus de huit mois se sont écoulés depuis que l'Iran a dit au directeur général de l'AIEA qu'il avait besoin de combustible» pour son réacteur de recherche médicale de Téhéran. «Nous ne pouvions plus attendre pour subvenir aux besoins de nos malades dont le soin nécessite des isotopes», a-t-il ajouté. M. Soltanieh a réaffirmé que «la porte demeure ouverte» pour un échange d'uranium avec les grandes puissances, qu'il a appelées à «passer de la confrontation à la coopération» avec l'Iran. M. Salehi avait déclaré, auparavant, que Téhéran était prêt à arrêter la production d'uranium hautement enrichi en cas d'accord sur la fourniture de combustible à l'Iran par les grandes puissances. «Nous sommes prêts à recevoir le combustible, et lorsque nous le recevrons, nous arrêterons l'enrichissement à 20 %», a-t-il indiqué. Le président Ahmadinejad avait, lui aussi, affirmé dimanche que «la porte reste ouverte» sur un échange précisant qu'il devait être «inconditionnel». L'Iran est soupçonné par les grandes puissances de chercher à se doter de l'arme nucléaire sous couvert de son programme civil en dépit de ses dénégations répétées. L'Iran a rejeté, en novembre, une proposition des Six sur l'envoi, en une seule livraison, de la plus grande partie de son stock d'uranium faiblement enrichi en Russie et en France pour y être transformé en combustible pour son réacteur de Téhéran. Les Six avaient donné jusqu'à la fin 2009 à Téhéran pour accepter cette proposition, sous peine de nouvelles sanctions internationales. Mais l'Iran leur a fixé en retour un ultimatum pour accepter, avant fin janvier, de lui livrer du combustible à ses conditions — un échange simultané et en petites quantités. Faute de quoi, avait averti M. Ahmadinejad dès décembre, l'Iran commencerait à produire lui-même cet uranium. Le secrétaire américain à la Défense Robert Gates a appelé dimanche la communauté internationale à «faire front commun pour faire pression sur le gouvernement iranien» à travers de nouvelles sanctions, tandis que Londres a exprimé sa «profonde préoccupation ». Berlin a de nouveau évoqué hier la possibilité de nouvelles sanctions. M. Gates devait discuter du dossier nucléaire iranien hier à Paris avec son homologue français Hervé Morin et avec le président Nicolas Sarkozy.

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