|
Que suscite en moi la thèse d’un acte dément ?
Un fou rire !
Le cinéma algérien est malade. Et moi, ici, dans cet espace, je prétends haut
et fort savoir où se situe le mal. Oui M’sieur ! Je ne suis pas cinéaste, je ne
suis pas réalisateur, je ne suis pas producteur, je ne suis pas acteur et je ne
suis pas critique cinéma, mais je sais où est le problème du cinéma algérien. Je
le sais parce que je consomme comme vous tous, malgré moi ce cinéma-là depuis
des lustres. Et avec le temps, mon œil est devenu averti. Et, c’est connu, un
œil averti en vaut deux. Alors, avec mes deux yeux, aidés de ma bouche bien sûr,
je peux aujourd’hui vous dire et vous affirmer que le problème du cinéma
algérien, ce ne sont pas les acteurs. Nous avons des acteurs d’excellente
facture proforma. Ce ne sont pas les moyens. Nous avons les moyens qu’il suffit
juste d’aller chercher à Sonatrach. Ce ne sont pas les décors. Nous avons des
décors merveilleux, à couper le souffle définitivement. Non ! Tout cela, nous
l’avons. Par contre nous n’avons pas de bons scénaristes. Ah ! Les scénaristes !
Voilà ce qui nous fait défaut. Lorsqu’on voit ce qui nous est servi comme films,
au moins depuis 1992, lorsqu’on constate la médiocrité des trames qui nous sont
données à voir, on ne peut que conclure à la médiocrité des scénaristes. Prenez
un genre particulier, le polar. Dans nos films à nous, l’assassin est toujours
un proche de la victime ou travaille sous ses ordres. Il arrive presque tout le
temps brutalement et armé sur ce qui va devenir la scène du crime, alors que
cette scène du crime est déjà pleine à ras bord de gens armés jusqu’aux dents et
dont le métier est de tirer sur tout ce qui bouge dans le mauvais sens. Il tire
quelques balles, blesse quelques témoins et s’en tire avec des écorchures, avant
de passer sur le divan d’un psychiatre. Lequel psy conclura, presque
invariablement, à l’acte isolé d’un dément. M’enfin ! Que les scénaristes aient
recours à ce genre de scénario rachitique une fois, deux fois à la rigueur, mais
toutes les fois, ça devient lassant à la fin. Voilà ! C’est là que réside le
problème de notre production cinématographique. Et si les scénaristes et tous
ceux qui sont censés nous divertir ne font pas attention à ces dérives, il ne
faudra pas ensuite qu’ils viennent déplorer l’absence de spectateurs dans les
salles. L’Algérien est un féru de cinéma. Il a l’œil du spécialiste. On ne peut
pas lui fourguer n’importe quoi. Je fume du thé et je reste éveillé, le
cauchemar continue.
H. L.
|