|
De javellisation en dégraissage, de reculade en reniement, la proposition
de loi criminalisant la colonisation française a finalement abouti
à un consensus.
C’est l’Algérie qui va s’excuser !
Ils craignaient la bastonnade. Ils supputaient des charges des forces
anti-émeutes. Ils regardaient même avec un peu d’appréhension le ciel chargé de
nuages et de promesses d’averses. Les médecins grévistes s’attendaient à
beaucoup de choses en ce mercredi de rassemblement en face de la Présidence.
Mais les toubibs ne s’attendaient sûrement pas à ce qu’une porte de cet
établissement blindé s’ouvre soudain tout à coup. C’est pourtant ce qui s’est
passé. Sous les yeux ahuris de médecins qui vociféraient leur colère en face des
fenêtres d’Abdekka, des hommes en tenue de camouflage civile sont sortis par une
«porte dérobée au peuple» du bâtiment et ont invité les bruyants médecins à
venir discuter calmement à l’intérieur. Ben dis donc ! C’est une première.
D’abord, un sit-in en face d’El Mouradia qui n’est pas dispersé matraques au
clair. Ensuite, des «sitineurs» que l’on invite poliment à entrer, à boire le
thé, à déguster les petits fours et accessoirement à remettre leurs
revendications. Comment, dès lors, interpréter cette ouverture de la porte du
Palais ? Les experts sollicités suent sur cette question depuis des heures. De
cette intense cogitation ne transpirent que de rares hypothèses, certes fort
intéressantes, mais qui restent au stade gazonné de simples hypothèses. Ainsi,
on peut hypothéser que la clé de cette porte, égarée depuis le départ précipité
de Chadli, aurait été retrouvée dans un vestiaire aujourd’hui désaffecté,
naguère utilisé par un cardinal. On peut aussi hypothéser que cette porte
soudainement ouverte ne se manœuvrait pas avec une clé, mais avec un dispositif
téléguidé automatique de fabrication française, mécanisme en panne depuis belle
lurette, tout comme les relations entre Alger et Paris. Et ce n’est que sur
initiative de Chakib Khelil qui a résilié le contrat nous liant au fabricant
français que les Américains ont pu enfin venir installer leur mécanisme
téléguidé et rouvrir cette satanée porte. On peut aussi hypothéser que
l’ouverture de cette porte ne serait pas l’œuvre du clan présidentiel, pour
reprendre la terminologie de Si Chakib, mais d’un clan rival ayant profité de
l’absence prolongée du locataire officiel des lieux, parti en visite familiale
chez les Zidane, à Madrid, et invité à y assister au match retour des coupes
européennes, Real-Lyon, au stade Bernabeu. On peut hypothéser beaucoup de choses
en attendant que les experts sollicités ne rendent pas leurs conclusions, comme
de bien entendu. Mais une chose est sûre. Une fois cette porte miraculeusement
ouverte, et une fois à l’intérieur de la Présidence, les toubibs se sont vite
rendu compte que dedans, il y avait du boulot pour eux ! Je fume du thé et je
reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
|