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A Ferrat qui m’a fait aimer la montagne avant que...
... les tangos ne me la fassent détester !
«Grâce» au ministre du culte qui répondait à des questions de journalistes à
partir de Constantine, nous apprenons que les études pour la réalisation de la
Grande-Mosquée d’Alger sont terminées. Et que la chose va passer à la phase de
réalisation dès le bureau d’études sélectionné. Un mot, un seul mot envahit ma
bouche et veut en sortir violemment à l’évocation de ce projet de grande mosquée
: kofr ! Je n’en trouve pas d’autre. Pourtant, je sais la langue arabe est riche
en mots, en adjectifs et en expressions pouvant exprimer une palette immense de
sentiments et de sensations, mais là, c’est le seul qui emplit le mieux ma
bouche. Kofr ! Kofr ! Kofr ! L’idée même de lancer la construction de cette
mosquée pharaonique est une agression caractérisée contre l’entendement citoyen.
Nous sommes en hiver. Des quartiers de plusieurs villes et villages du pays se
sont embrasés littéralement sur la question du logement. Des familles entières
sont en ce moment même juchées sur des camions et des amoncellements de meubles
en partance floue et largement filmée pour des cités encore plus floues de
relogement, alors que des milliers d’autres familles vivent dans des caves ou
des cages d’ascenseur, et l’on vient, de temps à autre, officiellement, nous
donner des nouvelles de cette Grande-Mosquée d’Alger ? C’est quoi ? Si ce n’est
pas kofr, c’est quoi alors ? Faut-il à ce point n’avoir franchement pas marqué
l’histoire pour s’en remettre à un marqueur architectural dans l’espoir que les
esprits retiennent la longueur d’un minaret comme réalisation concrète d’un
triple mandat vide d’érections ? Il n’y en a pas un — et je dis bien pas un seul
— parmi les agglutinés autour de la maquette pour dire «aya ! Barakat ! Moi,
j’arrête ! Inaâl bouha khadma ! Je me casse ! Je démissionne pour ne pas
cautionner cette agression ». Pas une voix pour exiger que les millions de sacs
de ciment, de sable, de plâtre destinés à ce Grand Blasphème immobilier doivent
aller à ces millions de couples devenus vieux et totalement vidés d’espoir à
force de reculer les dates de leur mariage ? Ya soubhan Allah ! D’accord ! La
crise du logement n’est pas subitement née le 16 avril 1999. Mais faut-il pour
autant en rajouter une couche de béton et obliger les sans-logis à supporter
l’insolence de cette mosquée dans laquelle ils n’iront jamais prier, mais aux
portes de laquelle ils risquent fort de mendier un jour ? Kofr ! Kofr ! Kofr !
Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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