mardi 18 mai 2010
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Contribution : Le FLN : ultime mission ?
Par Djeraba Mohamed


L’histoire et la science politique, voire la sociologie politique nous renseignent et enseignent comment naissent, évoluent et dépérissent les partis politiques. Ces enseignements s’établissent comme de véritables lois implacables auxquelles nulle organisation ne saurait échapper ou déroger. N’étant ni historien, ni politologue, mon propos ne peut donc aucunement tenir du cours académique magistral. Mais cette précision étant affirmée, je ne peux m’empêcher d’émettre ce qui m’habite comme réflexions, pensées, voire sentiments, surtout lorsqu’il s’agit du FLN auquel j’ai voué toute ma vie durant plus d’un demi-siècle.
En ce sens, je peux prétendre, humblement et modestement, connaître le FLN à travers toutes les étapes de cette organisation politique exceptionnelle. Ce qualificatif ne peut être émis dans le sens univoque que lui donne le langage commun, c’est-à-dire uniquement dans le sens de magnificence, de grandeur, car, pour le commun des mortels, le FLN a eu plusieurs faces, connu plusieurs étapes et cela m’inspire des réflexions qui s’articulent autour des exigences et des réponses intimement liées à chaque étape. J’ai eu déjà l’occasion de m’exprimer sur ce sujet. Mon propos aujourd’hui s’inscrit comme la suite logique de mes écrits tout au long de ces vingt dernières années. Par plus de clarté, il m’impose assez fortement de préciser certains principes d’ordre pratique, théorique et parfois personnel. D’abord sur le plan pratique, tout lecteur peut m’interpeller sur la pertinence du moment choisi. N’était-il pas plus judicieux d’intervenir avant la tenue du neuvième congrès — le plus fastueux, matériellement parlant, et le plus couru, courtisé par un ensemble hétéroclite de prétendants ? Ma réponse est que je ne voulais point le faire dans une ambiance «chauffée» aux feux de Bengale ; pour ne pas «polluer» davantage un «climat» où la surenchère tenait lieu de débats, l’incorrection, pour ne pas dire autre chose, le comportement le plus manifeste. J’ai préféré le calme, la sérénité, à l’instar des milliers de militants, ces centaines d’anciens responsables. Sur le plan théorique, toute organisation sociale, politique naît d’une rupture idéale, organique, structurelle. Cette rupture peut être radicale, violente, révolutionnaire ou pacifique, transitive progressive. Le caractère de cette rupture est déterminé par des considérations et des situations endogènes ou exogènes, objectives ou subjectives ; planifiées ou intuitives. Ce caractère ne peut être, en aucun cas, prédéterminé. Il est connu, étudié, analysé a posteriori à travers un ensemble d’études, d’évaluation, de systématisation.
Le FLN et le discours politique

Le discours politique, qu’il soit le produit d’un parti lui-même ou celui de son environnement proche et lointain. À cet égard, il me semble qu’aucun parti, autre que le FLN, dans le monde arabe et africain, n’a été l’objet de tant de sollicitudes, bienveillantes ou malveillantes mais toujours déviantes car marquées par des considérations dénuées de toute analyse pertinente. On est pour ou contre, et c’est tout. Le FLN a, depuis l’appel du 1er Novembre 1954 jusqu’à l’avènement du multipartisme à la fin des années 80, développé toute une littérature politique, doctrinale et doctrinaire ayant pour objet un projet de société plus ou moins compris et accepté, rejeté ou combattu, selon les circonstances et les acteurs du moment considéré. Les adversaires du FLN ont aussi développé une littérature, fondée malheureusement sur des arguments plus «sloganesques» que pertinents. Dans les deux cas, il y a absence d’analyse objective, occultant le rôle des hommes dans ce processus de construction, voire même reconstruction. Si on admet la complexité du sujet et de l’objet (le FLN), commence alors la pertinence ou l’inertie des arguments des uns et des autres. Cette démarche permettra, à coup sûr, d’entamer un débat serein, constructif aux antipodes des «mots d’ordre», des slogans, des «vérités» historiques que chacun puisse pertinemment ou sournoisement obtenir. Le FLN est le fait des êtres humains et il a aussi «façonné» des hommes, dans un sens ou à son opposé. La presse nationale, dans ses différentes formes, ne peut évoquer le FLN, normalement, sans lui accorder un qualificatif. L’opposition, dans sa grande majorité, emprunte une virée et une voix discursive sans portée réelle, rejoignant fatalement la voie et la voix des pouvoirs en place aux moments considérés. Le FLN a, pendant très longtemps, répondu par l’argument de la légitimité historique, argument banni au début de notre siècle par la plus haute autorité du pays, en l’occurrence le président de la République. À l’approche du 9e congrès, apparaît une nouvelle formule, qui, à mon sens, restaure la notion de «légitimité historique ». Le FLN est l’héritier du PPA ! Le MNA, dont la félonie ne peut être niée ni par l’histoire ni par l’analyse du PPA-MTLD. Bien de dirigeants des partis d’opposition se réclamaient aussi du PPA au sein duquel les dirigeants des partis d’opposition occupaient des postes de responsabilité.
La force d’un parti

Il serait presque pléonastique d’affirmer que la force d’un parti repose fondamentalement sur la force de son idée, de ses idées concrétisées par un «projet de société» que la société, le peuple ou la nation acceptent ou récusent. La qualité, la force de ses idées déterminent sa prégnance au sein de l’espace qu’il contrôle ou prétend contrôler. La force d’un parti repose aussi sur la qualité de ses dirigeants et ses militants, de leur honnêteté, de leur désintérêt pour les prébendes. Elle repose aussi sur ses capacités d’évolution et d’adaptation au contexte environnemental général sans se renier et se déraciner. Un parti ne peut être confiné dans un sigle (fût-il prestigieux !) ou le comportement d’une fraction de ses dirigeants locaux, régionaux ou nationaux. Cette capacité à se réadapter peut et doit être élargie jusqu’au changement de sigle, de l’appellation sans toutefois se renier et renier ses fondamentaux. Presque tous les partis du monde des années 50 et 60 ont changé de sigle et d’appellation. Si un parti n’arrive pas à s’adapter, il finira sans aucun doute possible à disparaître violemment comme c’est le cas du Baath irakien, des PC Est européens ou même des sigles de partis en Europe occidentale. Le «gaullisme», idée fortement prégnante en France, n’avait-il pas changé de sigle, de méthode et de dirigeants tout en gardant sa quintessence, même pendant la période mitterrandienne (socialiste). L’USA (Union socialiste arabe), en Egypte et en Libye, n’a-t-elle pas changé de sigle, de méthode ? Faut-il subir le sort du Baath que l’on croyait indestructible ? En Tunisie, il y eut le Destour, le néo- Destour, ensuite, le Rassemblement. À chaque étape correspond une réponse. Tout parti naît, se développe pour dépérir. C’est une vérité axiomatique. La seule différence dans ce processus réside dans la manière et les mécanismes de disparition, résumés et catégorisés entre violente et pacifique transition. J’avais espéré avant et après la tenue du 9e congrès que des esprits lucides au sein des directions nationales du FLN évoquent la nécessaire transition pacifique du parti, d’un parti de Libération nationale à un patrimoine national immatériel pour tous les Algériens, toutes générations confondues. Le FLN n’est pas et ne peut être un parti comme les autres que s’il arrive lui-même à se transformer. Sa mission ultime est de transmettre son patrimoine à tout le peuple, à toute la nation. C’est la principale revendication de larges couches et classes en Algérie. C’est à cette revendication que doivent répondre les responsables et les militants sincères du FLN, tels qu’interpellés par l’appel du 1er Novembre 1954. Je vois, dès à présent, certains cercles, certains responsables, certains de mes amis m’accuser de vouloir rejoindre les partisans du slogan «le FLN au musée !». Ce slogan m’indispose grandement et je le trouve insensé, ses partisans montrent une inculture manifeste car le musée n’est pas une tombe, un tombeau, un caveau ou un grenier, un débarras du peuple, de la nation. Un musée est une institution dynamique qui préserve, valorise une identité nationale, une mémoire existentielle du peuple et de la nation. Dans ce sens, je dis clairement oui à la formule. Ensuite, dans le fond, «le FLN au musée !» (dans le sens noble du terme) est l’ultime mission qui nous incombe en tant que génération. Cela n’implique guère la mise à mort du FLN en tant qu’idée, programme et œuvre de la renaissance de l’Algérie. Cela n’explique guère aussi l’interdiction pour ceux intéressés par la création d’association, de parti dont l’idée s’inspirerait du FLN. Il sera, dès lors, possible de réhabiliter sincèrement le FLN qui trouvera sa défense, sa mémoire, ses œuvres assurées par tous les Algériens. Toute autre démarche ne saurait être qu’autisme historique. Cet «autisme» historique serait compréhensible chez les générations postindépendance car il est, en grande partie, dû à la défaillance, voulue ou involontaire. De ma génération, en serait-il autrement ? assurément NON ! Rappelons-nous la fameuse et historique réunion qui a présidé au déclenchement de la guerre de Libération. Cette réunion dite des «22» a regroupé de jeunes militants totalement inconnus, non seulement par les «ténors» de la direction du PPA-MTLD mais aussi par la base des militants. Ces jeunes militants représentaient le pur produit de la longue marche du mouvement national. Ils ne se souciaient guère de la lutte entre les «tenants» de la sacralité des sigles ou des zaïmismes des uns et des autres et, à l’instar des larges couches populaires, ils ne croyaient plus en la magie des mots, des discours, des titres ronronnants, des responsabilités. Tout en gardant et en valorisant les grands principes du mouvement national, ils ont présenté au peuple algérien en général, et aux «militants sincères (formule dans l’appel du 1er Novembre) un nouveau sigle (le FLN), devenu légendaire. Ce sigle, résumant en trois mots les attentes du peuple, a pu concrétiser la relation entre le signifié et le signifiant, induisant une transformation radicale et une nouvelle forme de lutte et de militantisme dont les fondements s’articulent autour d’exigences frontistes unitaires. Une philosophie générale répondant aux développements de l’époque. De tous ces éléments, il me semble normal, sinon nécessaire, et au regard de l’évolution de notre société et des us et coutumes régissant l’espace partisan, de recourir à la dynamique enclenchée en Novembre 1954. S’il faut léguer le patrimoine du FLN en tant qu’héritage (sociétal), cela doit se faire au profit de tous les Algériens, et la problématique du sigle pourra être transcendée. La transcendance du sigle ne relève pas du tabou et ne s’inscrit que dans le cadre de la perpétuation des fondateurs. Aussi le FLN récupérera toute sa grandeur et son symbolisme. Tous ses héritiers puiseront dans la sève originale de ce mouvement historique et pourront, dès lors, distinguer le conjoncturel du permanent, l’essentiel du secondaire, l’historique du présent. Ceci conduit assurément à une perception claire et intelligible de l’avenir en définissant des buts, des moyens et des acteurs. Nous vivons aujourd’hui de grandes transformations à tous les niveaux (local, régional, national, et mondial) dont l’axe et le pivot se situent dans la sphère civilisationnelle au sein de laquelle l’homme est à la fois sujet et objet. Face à un tel défi encore mal appréhendé, la responsabilité doit être rendue et assumée par la génération post-indépendance. Quant à nous, la génération de Novembre 1954, nous n’avons comme ambition que de voir l’héritage assumé, valorisé dans ses différentes phases et facettes, le sigle y compris. C’est notre ultime mission, notre testament, celui du laboureur et ses enfants.
D. M.

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