Société : CLOWNS ET MAGICIENS
Abracadabra !


Escamoteurs, illusionnistes, magiciens, saltimbanques , clowns : bienvenue dans un monde de rêve et de détente orchestré par un prestidigitateur qui a roulé sa bosse dans ce métier depuis près d’un demi-siècle, et d’une famille d’artistes (la troupe de Tchikano). Nous les avons rencontrés rien que pour vous. Ils nous parlent avec sincérité des hauts et des bas de ce métier pas comme les autres.

Tours de passe-passe
Il peut couper une femme en morceaux, faire léviter une carte à quelques centimètres de hauteur, transformer un bout de papier en un billet de banque, flotter à 50 cm du sol, faire sortir un lapin blanc de son chapeau et même s’allonger sur une planche tapissée de tessons sans une égratignure ! Lui, c’est Haddad Boudria, 62 ans au compteur et des centaines de tours de magie à son actif. Bienvenue dans l’univers magique de ce prestidigitateur hors pair ! S’il n’avait pas assisté à ce spectacle en 1956 où du haut de ses 8 ans Haddad Boudria s’était frotté les yeux à plusieurs reprises, persuadé d’être en train de rêver, après avoir vu un magicien couper une ficelle en deux, puis la reconstituer d’un simple coup de baguette magique, cet artiste aurait peut-être été maçon, ouvrier, couturier ou instituteur à l’heure qu’il est. «Ce spectacle a agi comme un déclic, confie-t-il. Au début, je pensais que je venais d’assister à un phénomène surnaturel. Dès lors, je n’ai eu de cesse de découvrir toutes les ficelles de ce métier. Vers 17 ans, j’ai rejoint une troupe théâtrale. Avec mes parents, nous venions juste de déménager de Sétif vers Oran où nous occupions une maison située à un jet de pierre du théâtre. Une aubaine pour moi ! A chaque fois qu’un spectacle de magie y était programmé, j’étais aux premières loges. Ce sont des magiciens du nom de Vasquez (un Espagnol), Pedro et El Amri Kouche qui m’ont mis le pied à l’étrier. De petits tours de passepasse, je suis rapidement passé maître dans l’art de faire apparaître et disparaître des objets, défier la loi de la gravité et effectuer des tours de fakir et d’illusionniste. » Après avoir travaillé dans des cirques à l’étranger, votre magicien revient en Algérie où il sillonne le pays dans les années 1960 et 70, animant des fêtes dans les établissements scolaires. «Je ne présente jamais de numéro dangereux lorsque je suis en face d’enfants, comme avaler des lames ou des sabres, de peur qu’ils reproduisent ces gestes une fois rentrés chez eux», assure M. Haddad.
Collaborateurs en poils et en plumes
Autres compagnons de notre prestidigitateur sur scène : les animaux. «Inclure pigeons, lapins et tourterelles dans les spectacles est un travail de longue haleine. Il faut les voir naître à la maison et les entraîner au quotidien afin qu’ils s’habituent à ma voix et à ma présence. Ces animaux doivent complètement être apprivoisés et vous obéir au doigt et à l’œil, sans quoi le numéro de magie tombe à l’eau.» Habitant Boumerdès, notre artiste a vécu un douloureux évènement lors du séisme du 21 mai 2003. «Après la terrible secousse, j’ai spontanément ouvert la fenêtre et libérer mes 14 tourterelles blanches que j’élevais comme si c’était mes enfants», raconte- t-il.
Relève
Anniversaires, foires, festivals, animation dans les hôtels et les hôpitaux, fêtes de fin d’année dans les écoles... Autant d’occasions, pour ce magicien, de montrer toutes les facettes de son talent. Un demisiècle d’expérience qu’il met généreusement au service des jeunes désirant marcher sur ses traces. Un seul regret : les esprits mal tournés qui l’accusent parfois de faire de la sorcellerie. «Certains pensent que je me livre à de la magie noire ou à de la sorcellerie. Escamoteur, magicien, illusionniste, c’est juste un métier pour distraire et faire rêver !» conclut-il.
La troupe Tchikano
Dans la famille clown, je demande Mustapha alias Papa Nino ; Ahlem dit Maman Cissi et leurs deux enfants, Rami (12 ans) et Rayane (10 ans). Cent ans à eux quatre, une formidable énergie et une solide expérience de saltimbanque. «Pour nous, l’aventure a d’abord commencé par le lancement de notre maison d'édition pour enfants (Pico), racontent M. et Mme Bekhouche (Ahlem et Mustapha). Nous l’avons étrenné en créant un jeu éducatif genre scrabble, qui a fait mouche. Puis, de fil en aiguille, on a commencé à animer des spectacles de clowns pour les enfants hospitalisés. La guérison par le rire ayant fait ses preuves de par le monde, on faisait régulièrement appel à nous dans les hôpitaux peu à peu, nous avons étoffer nos spectacles surtout avec la naissance de nos enfants, qui nous ont rejoint sur scène dès qu’ils ont abandonné couches et biberons. »
Une vraie famille d’artistes
Costumes, adaptation de contes universels à la réalité algérienne, chansons, danses... Les shows de Papa Nino et sa petite «tribune» séduisent grands et petits. «On s’est rendu compte que les parents prétextent d’accompagner leurs enfants mais qu’ils restent finalement au fond de la salle pour ne pas perdre une miette du spectacle.» Toutefois, faire le clown est une chose on ne peut plus sérieuse, comme tient à le souligner ce couple : «Il faut continuellement faire preuve d’inventivité et de créativité pour ne pas lasser le public et ne pas tomber dans la routine. Et puis, surtout, il y a une limite à ne pas franchir afin de rester dans le registre de l’humour sans verser dans la débilité. Faire le clown, ce n'est pas abrutir les enfants en leur racontant des sornettes et en les infantilisant. Le divertissement est l’occasion idoine pour véhiculer des messages positifs.» Aucune école de magie ou de formation de clowns n’existe chez nous. Et pourtant, des talents cachés ne demandent qu’à éclore pour peu qu’on commence à s’intéresser à cet art. A bon entendeur...
Sabrinal
Sabrinal_lesoir @yahoo.fr

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