Interrogé par la police, puis par le juge, Ahmed Badaoui,
ancien responsable du syndicat des douanes, n’a pas craqué
et a courageusement répondu :«Je n’ai rien à déclarer !»
Oui ! Sans intérêt, finalement. Mais si nous ne devions nous intéresser qu’aux
histoires… intéressantes, la vie serait tellement triste ! Alors que là, tout de
même, c’est rigolo. Un Palais, un beau Palais construit avec l’argent du peuple
et habité par un homme et une cour payés par le même peuple, entourés d’une
garde et de plein de caméras financées par le peuple itou, et toute cette
impressionnante armada a tremblé, a vacillé par la faute d’un SMS. Un malheureux
petit texto ! Quelques lignes pianotées par les mains d’un syndicaliste sur un
téléphone mobile de gamme moyenne, même pas un Smartphone. Ya bouguelb ! Les
frayeurs du Palais sont effrayantes de disproportion. Des centaines de milliers
de personnes ont manifesté le 14 juin 2001, et hop ! Le régime sans sel et sans
saveurs qui nous mal-gouverne a décrété depuis l’interdiction des attroupements
de plus de 3 personnes. Et là, aujourd’hui, quelques mots balancés d’un mobile,
et hop ! Ah ! Oui ! Au fait ! Hop quoi ? Que vont-ils décider, en plus de la
mise sous contrôle judiciaire de Badaoui ? Que tous les SMS émis doivent
transiter par les Sûretés de daïra du pays ? Que la fonction SMS soit
obligatoirement supprimée de tous les portables importés en Algérie ? Ou qu’une
commission nationale, dont les membres seraient bien évidemment désignés par le
Grand Palais, statue sur le contenu des textos rédigés par les Algériennes et
les Algériens, décidant de ceux qui peuvent parvenir à destination et de ceux
qui doivent obligatoirement faire apparaître sur les écrans des téléphones la
mention «échec envoi» ? C’est que ça peut aller loin, très loin, cette histoire.
Imagine le 31 décembre au soir. Le mec ou la nana qui s’amuserait à souhaiter
par SMS une bonne et heureuse nouvelle année à sa famille et à ses amis. C’est
que ça prête à suspicion quelqu’un qui émet de tels vœux dans un tel bled. Bonne
et heureuse année en Algérie ? Moi, j’y vois forcément de la provocation, voire
même un appel à l’insurrection. Parce que moi, Monsieur, le Grand Palais m’a
appris à lire entre les lignes, et même entre les syllabes et les ponctuations.
Si tu places deux points d’exclamation après «bonne et heureuse année !!» ne me
dis surtout pas que c’est innocent, que tu ne transmets pas un message codé à la
cellule de renversement de l’Etat. Bon, c’est sûr que pour le moment, le Grand
Palais ne peut pas techniquement avoir l’œil sur tous nos SMS, mais attention.
Il y travaille. Il y travaille sérieusement. C’est d’ailleurs le seul chantier
qui a des chances d’aboutir. Mdr. Lol. Buzze. Je fume du thé et je reste éveillé
à la lumière de mon mobile, le cauchemar continue.
H. L.
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