Mercredi 26 Janvier 2011
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Et en plus, nous payons pour ça !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr
Enfin un signal fort d’ouverture de la part du régime. Les autorités
lâchent du lest et autorisent une marche à Alger.

Une marche de soutien à Boutef’ !

Il y a des gens nés sous une bonne étoile ! Prenez Missoum Sbih, notre ambassadeur à Paris. Avant d’être affecté dans la capitale française, il était en charge du dossier de la réforme de l’Etat. Et il était payé pour ça. On voit aujourd’hui où en est la réforme de l’Etat algérien. Elle peut parfaitement se jauger au nombre d’interventions des pompiers pour éteindre des citoyens. Sbih a aussi été conseiller d’Abdekka à la présidence. Là aussi, ses conseils peuvent être évalués au nombre de jeunes qui fuient le pays quotidiennement sur des coquilles de noix et dont beaucoup engraissent les réserves halieutiques du Bassin méditerranéen. Aujourd’hui, surfant sur cette extraordinaire chance qu’il a d’occuper des postes bien rémunérés et surtout pas trop regardants en matière de résultats et de performances, Si Missoum nous représente en France. Et que dit Si Missoum lorsqu’il est invité par une radio française à s’exprimer sur les émeutes algériennes et tunisiennes et sur les similitudes entre les situations des deux pays, l’Algérie et la Tunisie ? Si Missoum produit la phrase choc, la phrase qui restera dans les annales de la géographie, la phrase qui va bouleverser tous les Atlas, la phrase qui marquera sans conteste les thèses et travaux de recherche futurs sur les continents et les ensembles régionaux : «L’Algérie, ce n’est pas la Tunisie !» Ya bouguelb ! L’Algérie paie un ambassadeur en devises pour qu’il explique à des journalistes, et surtout à des milliers d’auditeurs de RTL que «l’Algérie, ce n’est pas la Tunisie». Je trouve l’Algérie généreuse ! Et je plains les autres profs de géographie, les vrais profs, ceux qui enseignent la géographie ici, en Algérie même, qui sont très mal payés et qui font tout de même l’effort d’éviter de telles phrases vides, d’un vide sidéral effrayant. L’Algérie, ce n’est pas la Tunisie ! La laitue, ce n’est pas non plus la frisée ! La popeline, ce n’est pas non plus de la dentelle de Calais ! La télévision en 3D, ce n’est pas non plus la télé en réception analogique. Le genre de trucs que l’on pourrait débiter sans arrêt, sans discontinuer comme un bûcheron canadien débiterait du bois à l’approche de l’hiver, à la différence que le bûcheron canadien, lui, est utile. Le type même de phrase qui te pousse à te gratter la tête, à te pincer le bras, à écarquiller les yeux d’incrédulité et à te tenir le ventre, sachant que c’est «ça» qui te représente à Paris, capitale d’un pays avec lequel nous entretenons des rapports tout de même un peu plus complexes qu’avec les autres nations du globe. Eh oui, Si Missoum ! Alger, ce n’est pas Paris. Ce n’est plus Paris ! Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.

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