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Selon le médecin d’Ariel Sharon… … Ben Ali serait
toujours
dans le coma !
Pour moi, c’est l’info de la semaine. Peut-être même de l’année. Et je ne suis
pas peu fier de la voir révélée et publiée par mon canard, Le Soir d’Algérie.
C’était ce jeudi, en Une. D’ailleurs, au passage, je dois dire que j’aurais vu
cette information prendre toute la Une, seule, éclatée sur toutes les colonnes
de la première page, sans rien autour. Tellement elle se suffit, tellement elle
est énorme. Paradoxalement, malgré ce côté extraordinaire contenu dans ces
quelques lignes publiées en Une du Soir, je crains que la nouvelle ne passe à la
trappe. Au mieux, je prie pour que des confrères un peu attentifs la relaient.
Car elle mérite tous les relais du monde. Et d’abord un «intrarelais », celui de
la chronique ici même. Et comment d’ailleurs ne pas relayer ce genre d’infos ?
Je ne puis passer à côté, juste en sifflotant, ne marquant la chose que par un
léger mouvement des sourcils, ou, pis, un haussement d’épaules blasé. Mais
plutôt que de tourner autour du pot (mousseux de préférence), je vous la redonne
cette nouvelle publiée par Le Soir d’Algérie : mardi dernier, à Moulay-Slissen,
une daïra de Sidi-Bel-Abbès, trois compatriotes jeunes et vigoureux, bien campés
sur leurs jambes, aussi debout et droits que des «i» tracés par une secrétaire
de direction studieuse, décidés et d’un pas ferme se sont présentés aux guichets
de leur daïra. Non pas pour y demander le fameux 12 S. Non pas pour y déposer un
dossier de l’Ansej. Non pas pour se plaindre de l’état des routes autour de
leurs villages. Non pas pour obtenir la fameuse autorisation de vendre des
fruits et légumes sur le trottoir. Et non pas, enfin, pour admirer de plus près
les beaux yeux vert bouteille de leur chef de daïra. Rien de tout cela ! Ces
trois Algériens se sont présentés dans les locaux de leur administration locale
pour exiger que leur soit délivré leur propre… certificat de décès ! Je vois
d’ici la tronche du malheureux préposé aux enregistrements funéraires face à
trois bonshommes bien vivants, bien d’aplomb et qui lui demandent en chœur,
d’une voix qui ne semble franchement pas venir de l’Au-delà : «Nous venons
déclarer notre décès et retirer nos certificats de trépas !» Mon Dieu ! Ça a dû
jeter un froid de morgue sur les lieux ! Mais en même temps, quel sublissime
symbole jeté à la face de l’enfermement systématique de toute forme de
protestation citoyenne ! Que peut un Ould-Kablia face à ce genre de démarche ?
Que peuvent ses bataillons de flics devant trois Algériens qui s’auto-déclarent
morts et qui souhaitent que l’état civil leur délivre de leur vivant les
justificatifs de leur décès ? Rien. Car, là, il ne s’agit pas de mater une
marche. Car, là, il ne s’agit pas de mener une charge violente contre des
manifestants ayant érigé des barricades, brûlé des pneus ou saccagé des édifices
publics. Non ! Rien de tout cela ! C’est juste trois quidams qui tiennent
pacifiquement à officialiser leur mort, leur assassinat par le régime, un
assassinat toujours pas revendiqué d’ailleurs. On ne va tout de même pas envoyer
des baltaguia casser aussi du mort, non ? Au-delà du sourire amer que cette
histoire peut nous soutirer, j’y vois pour ma part une jonction magnifique. La
jonction avec ce slogan des jeunes de Printemps noir. Ils clamaient à qui
voulaient les entendre que le pouvoir ne pouvait les tuer, car ils étaient déjà
morts. Eh bien aujourd’hui, phase deux de cette contestation : les morts veulent
juste officialiser administrativement leur décès. Et vu le nombre d’Algériennes
et d’Algériens qui se considèrent «éliminés », «suicidés» par le pouvoir, je
parie que les communes, daïras, wilayas et ministère de l’Intérieur vont très
vite être confrontés à une pénurie. De certificats de décès ! Je fume du thé et
je reste éveillé, le cauchemar au pays des morts-vivants continue.
H. L.
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