Quel est le point commun entre Zerhouni et Hortefeux ? A voir
leurs successeurs en Algérie et en France, on les regretterait
presque.J’ai dit presque !
Ce qui m’intrigue dans la visite que vient d’effectuer Abdekka à Tamanrasset,
ce n’est pas tant qu’il ait avalé autant de kilomètres entre son palais assiégé
à Alger et le sud du pays pour n’y passer finalement qu’une heure et demie,
juste le temps d’avaler un verre d’eau qu’on a eu la gentillesse de lui tendre
là-bas, contrée où l’eau est rare et précieuse. Non ! Ce n’est pas cela. Ce qui
m’a hautement interpellé, c’est le fait que le chef de l’Etat en grève n’ait pas
pipé mot durant l’heure et demie de sa présence dans la capitale de l’Ahaggar.
Rien ! Pas une syllabe n’est sortie de sa bouche. Ô ! Je ne m’attendais pas non
plus à ce qu’il prononce un discours… fleuve en plein sud et en pleines
chaleurs. Même si un discours fleuve ou même un discours oued, ou à défaut un
tout petit discours flaque d’eau minuscule aurait amené une vague de fraîcheur
sur un pays asphyxié. Non ! Très franchement, je ne m’attendais ni à un grand ni
à un petit discours. Je ne m’attendais pas non plus à des annonces fracassantes
sur l’ouverture promise, et les réformes à venir. Là, réellement, je ne
m’attends plus à grand-chose depuis longtemps. Non ! Mais par contre, je me
serais attendu à quelques mots, quelques bribes de mots du châtelain sur l’eau.
On lui a offert un peu d’eau dans une région désormais branchée à l’eau potable,
il a bu dans le verre, a rendu le verre, s’est passé la langue sur les lèvres,
et… rien ! Moi, on me tendrait un verre d’eau, j’aurais l’extrême obligeance de
dire merci. Plus encore, pour Tam qui voit enfin l’eau arriver dans ses maisons,
ça n’aurait pas fait scandale si Abdekka s’était permis quelques commentaires
sur cette eau offerte. Comment a-t-il trouvé ce breuvage ? A-t-il perçu un goût
particulier à cette eau ? Par rapport à celle qu’il boit dans son palais
assiégé, l’eau de Tam est-elle plus légère, ou au contraire plus lourde, plus
chargée en oligoéléments ? L’eau potable de Tam est-elle vraiment potable ?
Plutôt salée, ou plutôt neutre ? A-t-il décelé grâce à son palais, celui dans sa
bouche, pas celui où il habite, bien sûr, un taux de potassium élevé ? Le pH de
cette eau de Tam a-t-il du caractère, de la présence en bouche ? La robe de
cette eau envoûte-t-elle les sens ? Le minimum, quoi ! Le minimum que l’on
puisse faire dans ce cas-là, le cas d’un homme ayant fait 2 000 kilomètres juste
pour boire un verre d’eau et qui repart sans dire si cette eau est bonne, lui a
plu, a étanché sa soif ou, au contraire, ne lui laissera pas un souvenir
impérissable. Ce qui, en soi, n’est pas interdit. On peut dire du mal d’une eau
que l’on vous propose à 2 000 kilomètres de chez soi. Car, et les sages de l’Ahaggar
pourront le confirmer, toutes les eaux ne sont pas bonnes à boire. Je fume du
thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L. |