Dimanche 05 Juin 2011
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Ce n’est pas parce qu’on est médecin
qu’on guérit plus vite de ses blessures !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr
Au lendemain du match Maroc-Algérie, Ben Bella a déclaré
: «Notre équipe a bien joué.»

Laquelle des deux équipes ?

Après avoir sauvagement tabassé des médecins qui manifestaient pacifiquement, le régime, décidément pas en manque d’imagination, serait sur le point de rendre public un texte de loi interdisant la… mendicité. Tout est lié ! Même si ça ne vous semble pas évident, les deux «actes de gestion», la bastonnade des toubibs et les rafles des mendiants sont étroitement liés, participent de la même logique. Celle de l’Etat policier, le mot ETAT devant être prononcé très vite, pour ne pas choquer les âmes sensibles et les personnes encore dotées d’un Smig de cartésianisme. Rien d’étonnant dans le fait que nos dirigeants tapent sur des médecins et s’en prennent ensuite à des pauvres. Ce qu’il faut juste savoir, c’est qu’il y a une suite logique à cet enchaînement. Prochaine étape normalement attendue : le châtelain et sa cour vont ordonner aux flics de frapper les toubibs chopés en train de mendier sur la voie publique. Ce qui ne saurait tarder vu la dégradation du statut de médecin dans ce pays. On a ainsi pris l’habitude de dire chez nous «la médecine est le parent pauvre du processus de développement». On ne croyait pas si bien dire ! Ce qui est proprement stupéfiant, c’est l’organisation quasi académique de la répression qui est en train de se mettre en place petit à petit. Le samedi, les policiers tabassent les manifestants de la CNCD. Le dimanche, ils boxent les médecins. Le lundi, ils opèrent des rafles géantes de mendiants. Le mardi, ils marquent une pause, leurs tenues tachées du sang de leurs victimes étant envoyées à la blanchisserie. Le mercredi, ils reprennent le boulot et chargent violemment un sit-in des sans-logis. Le jeudi, ils font irruption dans les bars et les restos embarquant toute personne n’ayant pas eu le temps d’essuyer la mousse blonde au coin de sa bouche. Le vendredi, ils font la chasse aux couples dans les jardins infestés de rats et de cafards, dans les zoos, dans les terminus d’autobus, dans les gares et autres lieux tout aussi poétiques et fleur bleue. Face à cet emploi du temps féroce, que faire ? Chercher la faille ! Je pense qu’il y a encore un truc à faire le mardi. Mais il faut le faire vite. Car le régime va trouver la parade. Comme de pondre une loi qui oblige les pressings et les blanchisseries à travailler de nuit afin que tous les matins de la semaine, même le mardi, les flics trouvent des tenues fraîchement lavées, repassées et prêtes à l’emploi, au pied de leur lit. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.

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