Au lendemain du match Maroc-Algérie, Ben Bella a déclaré
: «Notre équipe a bien joué.»Laquelle des deux équipes ?
Après avoir sauvagement tabassé des médecins qui manifestaient pacifiquement, le
régime, décidément pas en manque d’imagination, serait sur le point de rendre
public un texte de loi interdisant la… mendicité. Tout est lié ! Même si ça ne
vous semble pas évident, les deux «actes de gestion», la bastonnade des toubibs
et les rafles des mendiants sont étroitement liés, participent de la même
logique. Celle de l’Etat policier, le mot ETAT devant être prononcé très vite,
pour ne pas choquer les âmes sensibles et les personnes encore dotées d’un Smig
de cartésianisme. Rien d’étonnant dans le fait que nos dirigeants tapent sur des
médecins et s’en prennent ensuite à des pauvres. Ce qu’il faut juste savoir,
c’est qu’il y a une suite logique à cet enchaînement. Prochaine étape
normalement attendue : le châtelain et sa cour vont ordonner aux flics de
frapper les toubibs chopés en train de mendier sur la voie publique. Ce qui ne
saurait tarder vu la dégradation du statut de médecin dans ce pays. On a ainsi
pris l’habitude de dire chez nous «la médecine est le parent pauvre du processus
de développement». On ne croyait pas si bien dire ! Ce qui est proprement
stupéfiant, c’est l’organisation quasi académique de la répression qui est en
train de se mettre en place petit à petit. Le samedi, les policiers tabassent
les manifestants de la CNCD. Le dimanche, ils boxent les médecins. Le lundi, ils
opèrent des rafles géantes de mendiants. Le mardi, ils marquent une pause, leurs
tenues tachées du sang de leurs victimes étant envoyées à la blanchisserie. Le
mercredi, ils reprennent le boulot et chargent violemment un sit-in des
sans-logis. Le jeudi, ils font irruption dans les bars et les restos embarquant
toute personne n’ayant pas eu le temps d’essuyer la mousse blonde au coin de sa
bouche. Le vendredi, ils font la chasse aux couples dans les jardins infestés de
rats et de cafards, dans les zoos, dans les terminus d’autobus, dans les gares
et autres lieux tout aussi poétiques et fleur bleue. Face à cet emploi du temps
féroce, que faire ? Chercher la faille ! Je pense qu’il y a encore un truc à
faire le mardi. Mais il faut le faire vite. Car le régime va trouver la parade.
Comme de pondre une loi qui oblige les pressings et les blanchisseries à
travailler de nuit afin que tous les matins de la semaine, même le mardi, les
flics trouvent des tenues fraîchement lavées, repassées et prêtes à l’emploi, au
pied de leur lit. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
|