A tout hasard, mais vraiment à tout hasard, je rappelle à
ceux qui l’auraient oublié que la…… polygamie est
autorisée en Algérie !
Bien sûr qu’elle est là, la question. La vicieuse question. Celle que l’on n’ose
pas se poser à haute voix, mais qui nous taquine la gorge, tellement qu’on se
cache aux toilettes pour tousser : demain, des élections générales en Algérie,
le FIS l’emportera-t-il ? Ah ! Je vous avais prévenus, la question est vicieuse.
D’abord, parce que j’évoque des élections, des «ELECTIONS», et pas les
bidouillages habituels. Ensuite, parce que le FIS est théoriquement hors champ.
Comme était d’ailleurs hors champ Ennahda en Tunisie. Alors ? Demain, élections
démocratiques en Algérie, on bascule ou pas ? Mais non ! Mais non ! Il ne s’agit
pas d’agiter la menace islamiste sous nos nez effarés ni d’épouser la démarche
du régime qui ferait du chantage à sa survie sur le dos du péril vert. Je
rassure tout de suite mes amis. Tous mes amis qui dénoncent à juste raison ce
mécanisme pervers. Mais en même temps, que fait-on avec cette question ? On la
jette à la poubelle ? On la range dans un tiroir, on ferme le tiroir à double
tour et on confie les clefs au syndicat des conducteurs de Caddy blancs ? Que
fait-on avec cette foutue question : demain, des élections réellement
démocratiques en Algérie, le FIS peut-il l’emporter ? Peu importe d’ailleurs le
sigle islamiste, l’ordre des trois lettres et la couleur du drapeau. Appelez-le
SIF, IFS, ISF, repeignez son oriflamme en rose bonbon, et relookez Haddam en
jean baskets ou en costume Gucci, la question ne change pas : demain, des
élections démocratiques en Algérie, le SIF l’emportera-t-il ? Demain, des
élections démocratiques en Algérie, l’IFS aura-t-il la charge de rédiger la
future constitution du pays ? Demain, des élections démocratiques en Algérie,
l’ISF devra-t-il composer le gouvernement avec sa seule majorité saupoudrée
d’une pincée de coalition national-conservateurs ? D’accord, je vous enquiquine
avec ma question lancinante. Il est vrai que j’aurais pu continuer sur le
registre facile et qui ne mange pas de pain. Celui de la dérision exclusivement
tournée vers et contre les voisins tunisiens et libyens. L’exercice facile.
Utile pour les zygomatiques, mais tout de même un peu fastoche. Je l’ai fait. Je
le referai dès demain peut-être. Mais aujourd’hui, allez savoir pourquoi je me
sens plutôt l’âme taquine, un brin chiante, et limite même désagréablement
dérangeante : demain, élections démocratiques en Algérie, le FIS
l’emportera-t-il ? Je serais vous, je ne me précipiterais pas pour répondre.
Encore moins à décréter sur un ton péremptoire et saturé de certitudes que «les
jeunes générations ne connaissent pas Abassi Madani et Ali Benhadj». En Tunisie
aussi, les gosses en âge de voter ces dernières heures ne connaissaient pas plus
Ghannouchi. Et je ne vous parle même pas de l’«aura» insignifiante d’Abduljalil
El Traboulsi. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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