Lundi 19 Décembre 2011
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Contribution : Vouloir salir nos héros à tout prix révèle la misère de l’esprit

Par Ouali Aït-Ahmed, ancien officier de l’ALN
Dans ses livraisons du mardi et mercredi 6 et 7 décembre, Le Soir d’Algérie a publié deux articles signés de Mohamed Maarfia et de Chérif Mehdi. Si le second a fait preuve d’une remarquable clarté et d’une logique quasi-parfaite dans ses révélations, bien que des zones d’ombre, notamment la part de responsabilité de Ahmed Ben Bella, alors président de la République, dans l’opération honteuse et avilissante d’exhumation, réinhumation et séquestration «à la sauvette» des corps de deux héros nationaux Si Amirouche et Si El-Houas, le premier – Mohamed Maarfia — par contre, s’est fourvoyé dans des spéculations aussi mensongères que grotesques et des contre-vérités flagrantes et indignes, d’autant plus qu’il se prétend avoir été membre du secrétariat du PC de la Wilaya I historique.
Aussi, devant toutes ses supputations et insanités qui ne font que salir sa personne, et par devoir de mémoire, je ne saurai me calmer et remettre mes nerfs en place, il m’est agréable de porter haut ma voix, par le biais du même quotidien, afin de mettre les points sur les «i» (s) et apporter des éclairages à certains points dont l’auteur, par malhonnêteté intellectuelle ou tout simplement par méconnaissance, ne fait que transposer la sphère politique politicienne sur le champ historique. La première distorsion et la plus niaise est relative à la contradiction se rapportant à l’objet du départ des deux héros vers la Tunisie : d’un côté, il souligne que le chef de la Wilaya III historique y était convoqué pour rendre compte de «la bleuïte», de l’autre, il dit que les «3B» s'étaient mis à serrer les rangs dès qu’il y avait menace sur leur pouvoir, de la part des deux colonels. Cette contradiction démontre, à elle seule, que l’article n’est rédigé que pour brouiller davantage la voie menant à l’écriture de l’histoire de notre pays dont nos jeunes générations ont aussi soif que faim. Ce n’est pas en falsifiant l’histoire qu’on bâtit et consolide les assises d’un pays. Ce n’est pas en détruisant ses repères qu’on le développe et le fait avancer vers un avenir radieux. Ayant crapahuté dans le maquis, par les monts et les vaux, ayant géré des PC du secteur à la Wilaya, en passant par la région et la zone, je suis à même de connaître bon nombre de secrets relatifs à la guerre de libération et plus particulièrement de la Wilaya III historique. A ce titre, je dirai à l’auteur de l’article que «la bleuïte» a connu sa fin le 12 octobre 1958, lors du grand rassemblement présidé par le colonel Si Amirouche, à Alma-Tagma (Zekri). C'était là qu’il nous a affirmé qu’aucun, aussi gradé soit-il, n’a le droit de traiter de traîtres ceux qui ont été happés par l’opération «ce sont des chouhada au même titre que ceux tombés sous les projectiles de l’ennemi», conclutil. L’opération «bleuïte» était close à cette date, comment pourrait-elle être inscrite à l’ordre du jour de la réunion des colonels de l’intérieur à Ouled- Askeur (Taher) ? Donc, affirmer que le colonel de la Wilaya III voulait attirer l’attention de ses pairs sur une probable et pareille opération dans les parties du territoire qu’ils dirigeaient, relève de la volonté de salir un héros des plus légendaires et des plus aimés de ses troupes. La vérité est tout autre. Les wilayates de l’intérieur étaient privées d’armement et surtout de munitions. Le dernier convoi, pour la III, remontait déjà au début de l’année 1958. Cette privation continuera jusqu’au 19 mars 1962, jour du cessez-le-feu entre l’ALN (Armé de libération nationale) et l’armée française. Les convois d’acheminement d’armes et de munitions partis de l’intérieur n’étaient jamais «revenus bredouilles» comme le souligne Mohamed Maarfia. Et pourtant, il le sait bien, lui qui était dans une wilaya-tampon avec la Tunisie. Il peut bien savoir que ceux qui pouvaient franchir les barrages électrifiés étaient retenus aux frontières par l’Etat-major. Pour les autres, ils étaient décimés par les messalistes ou l’armée française. Qui ne se souvient des batailles mémorables de Annaba, menées par Hidouche et ses 50 hommes, ou de Souk-Ahras ? Ayant pris conscience de cette forme d’abandon, le colonel Si Amirouche et ses pairs voulaient se concerter dans le Nord constantinois, plus exactement à Ouled-Askeur (Taher) et ce, en l’absence machiavéliquement calculée du colonel Si Ali Kafi, car on n’a pas idée d’offrir sa maison pour une réunion et s’abstenir d’y prendre part. C’est ainsi que procède la chauvesouris : la nuit, elle est oiseau, le jour, elle redevient souris. Les travaux terminés, les chefs des wilayates de l’intérieur avaient chargé Si Amirouche et Si El-Houas de la Wilaya VI de se rendre en Tunisie pour secouer quelque peu le cocotier. D’ailleurs, sur le chemin du retour, les colonels Si M’hamed Bouguerra (Wilaya IV) et Si Amirouche ont échappé de justesse à la bataille du 6 janvier 1959, à Aït-Yahya-Moussa (Draâ-El-Mizan) qui a duré toute une journée, avec plusieurs unités de la zone 4 (W.III) et un bataillon de la Wilaya IV qui accompagnait les commandants Si Omar Oussedik et Si Azeddine. Nous avons eu 394 moudjahidine tombés au champ d’honneur, dont 385 crânes ont été retrouvés à l’indépendance. Du côté de l’armée ennemie, les pertes étaient sévères, y compris le sinistre capitaine Grazziani connu pour les tortures et sévices qu’il faisait subir aux militants, lors de la bataille d’Alger. Laissons là le récit, pour le reprendre plus loin et revenons à un mensonge aussi grossier que diffamatoire de l’auteur, sur le commandant si Ahcène Mahiouz. Dans son article, Mohammed Maarfia souligne que Si Ahcène Mahiouz a été parachuté par l’armée allemande, avec un autre, du côté du Constantinois, lors de la Seconde Guerre mondiale. Il continue pour dire qu’après interception des deux hommes par l’armée française, le deuxième a été décapité et Si Ahcène Mahiouz relâché, insinuant par là qu’il était agent des services secrets français. Quelle honte et quelle horreur ! On ne doit pas se hasarder, lorsque l’on ignore un fait historique. Tout cela pour dire que, si l’armée française a quadrillé de punaises sa carte de la Wilaya III historique, Si Ahcène Mahiouz n’en était pas étranger, d’autant plus qu’il était l’homme de confiance du colonel Si Amirouche. Certes, si Ahcène Mahiouz avait rejoint les «SS» allemands, lors de la Seconde Guerre mondiale, mu par la règle «l’ennemi de mon ennemi est mon ami». Mais il n’a jamais été parachuté dans le Constantinois. Ceux qui l’avaient été, c’étaient Saïd Mohammedi, dit si Nacer, ou Mohand Ath-Ouali, futur chef de la Wilaya III et prédécesseur de si Amirouche, et Amar Lazri dit Si Amar, futur chef de la région 1, zone 3 de la Wilaya III. J’informe l’auteur de l’article que Si Ahcène Mahiouz était un des officiers supérieurs les plus brillants que l’ALN ait connus. C’était lui l’initiateur des contacts de certains appelés de l’armée française, d’origine algérienne, par le biais des femmes moudjahidate, contacts qui ont abouti à l’enlèvement de plus de vingt postes militaires ennemis, après leur investissement et l’élimination de soldats français, harkis ou goumiers. C’était, peut-être, avec la complicité des services français, pour compenser l’arrêt d’envoi d’armes et de munitions à partir des frontières, nous dirait-il. Tiens, tiens, l’ennemi était, donc, gentil !... Ayant eu l’honneur de faire partie de la commission mixte de cessez-le-feu, nous nous réunissions, avec la partie française, une fois par semaine, à Aït- Hichem (Aït-Yahya) pour régler d’éventuels incidents entre combattants de l’ALN et soldats de l’armée française. Lors de la dernière réunion tenue le 30 juin 1962 et après avoir épuisé l’ordre du jour, débattu par nos cinq officiers de l’ALN (Ahcène Mahiouz, Lamara Hamel, moimême, Mouhand Oubelkacem Izri, Mohand Saïd de Maâtkas) face à cinq officiers français dont le colonel Derienic, celui-ci s’est adressé au commandant si Ahcène Mahiouz : «Mon commandant, j’ai appris à vous respecter durant ces deux mois et demi passés ensemble. Aujourd’hui, veille du référendum qui aboutira, sans doute, sur l’indépendance, je me permets de vous ouvrir mon cœur, pour vous dire que, durant la guerre, nous avions peur de vous voir à la tête de la Wilaya III.» A vous donc, M. Mohammed Maarfia, de cesser vos balivernes et insinuations à son sujet. Revenons, maintenant, à celui qui a toujours fait trembler les généraux français sortis de Saint-Cyr et d’autres grandes écoles militaires française, lui, le petit orphelin, natif de Tassaft Ouguemmoun (Iboudraren) devenu petit artisan à Ighirl-Izan (Relizane), pour dire à l’auteur de l’article que le choix de l’itinéraire n’était pas fortuit, et devait être mûrement réfléchi par les deux émissaires des chefs de wilaya. Après le refus de Si Ali Kafi d’assister aux travaux de la réunion, et malgré l’envoi de Si Lamine Khene aux assises de décembre 1958, la conclusion découle d’elle-même, d’autant plus qu’il correspondait en clair avec l’extérieur à l’aide des services de transmissions dont il disposait. Par voie de conséquence, la possibilité et le risque de captage par l’armée ennemie étaient énormes. Plus loin encore, M. Mohammed Maarfia s’appuie sur le témoignage d’un certain Omar Ramdane qui affirmait que l’opération du Djebel Thameur a été déclenchée à la suite de l’élimination de deux harkis par l’ALN. Je rirais à pleine gorge, si ce n’était pas l’objet poignant et remuant du sujet traité. Les postes militaires voisins avaientils besoin d’un renfort de plusieurs milliers d’hommes pour rendre la pareille à celui qui a éliminé les deux harkis ? Tombés au champ d’honneur le 28 mars 1959, ils lancent à la volée leur légende pour atteindre le zénith : «Amirouche nous a quittés. Soyons tous des Amirouche pour que son sacrifice ne soit pas vain», disait un tract signé du commandant Si Mouhand Oulhadj, chargé de l’intérim de la Wilaya III. Vivant ou mort, Amirouche fait trembler tous ceux qui ont mauvaise conscience. Il était dur avec lui-même, dur avec ses homologues. Mais il était très souple et compréhensif avec ses hommes. Parler d’«oukases» de la révolution, c’est la vivre du dehors ou se tenir en position de spectateur. A chaque temps, la perception des choses est différente, à chaque étape, le raisonnement est différent, à chaque itinéraire, la vision globale est différente. Certains font de «la bleuïte» leur leitmotiv. Mais ils ne parlent jamais du poste de Horrane 1958 qui a suppléé au manque d’armes et de munitions dont souffrait sa Wilaya. On ne parle jamais de «l’opération Oiseau Bleu» qui a fourni des hommes, des armes et finances dont ont bénéficié l’ensemble des wilayates. On ne parle jamais d’Amirouche qui voulait à tout prix épargner la vie au lieutenant Hocine Salhi, fait prisonnier par le capitaine Leger, tout à fait au début de la «bleuïte». On ne parle jamais d’Amirouche qui n’hésitait pas à se retrousser les manches pour préparer «thikurvavines », spécialité de la Petite- Kabylie. On ne parle jamais de la mission qu’il a faite dans les Aurès pour aplanir les difficultés y afférentes menaçant l’unité de cette Wilaya. On ne parle jamais de son geste qui avait sauvé de la mort six moudjahidine dont Si Abdelkader El-Bariki et Si Belkacem Nezzar, trouvés les mains attachées derrière le dos. Tous les six mourront en héros en Wilaya III. Il n’y a pas de guerre propre y compris celle que nous avons livrée à la France pour briser le joug colonial. Et «on ne fait pas d’omelettes sans casser les œufs». Le résultat est globalement positif, puisque le pays est libéré. Si le pays éprouve des difficultés à se frayer un chemin, ce n’est ni la faute d’Amirouche ou des autres chouhada, ni celle des moudjahidine qui ont continué jusqu’à la victoire. Il est temps de pointer le doigt sur les responsables qui ont décidé de profaner les tombes des deux héros nationaux. Exhumer leurs corps du Djebel Thameur, les réinhumer d’une façon furtive et anonyme à El-Alia, dans des tombes numérotées, les exhumer de nouveau pour les séquestrer dans un caveau de la gendarmerie, les réinhumer une troisième fois, une vingtaine d’années après, n’est-ce pas le signe d’une mauvaise conscience et d’une peur bleue face à la vérité historique ? Celle-ci est implacable, même si le scénario continue pour réhabiliter des traîtres au moment où l’on ne rate pas l’occasion pour écrire ou tenir des propos diffamatoires à l’égard de nos héros nationaux. A ces gens qui diffament ceux qui les dépassent de la tête et des épaules, on n’a qu’une seule envie : leur boucher la gueule avec un «amuzzur»(1) de bourricot.
O. A.-A.
(1) : Crotte d’âne

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