Affaire de la bigamie présumée de Nadir Belhadj. Les avocats du
joueur pourraient avoir recours à un témoin de bonne moralité.
Mami ?
Ne me dites pas que vous ne l’avez pas vue ! Cette photo était partout ou
presque. Plusieurs de vos journaux en ont fait leur Une. Moi, de la voir, ça m’a
fait bondir. De joie, je dois bien l’avouer. Je me suis dit «Ça y est ! Le grand
jour est arrivé !» Eh oui ! De voir là, en face de mes mirettes, Daho Ould
Kablia ministre de l’intérieur du système brandir à la face des Algériennes et
des Algériens un passeport bien vert, bien «dialna », j’en ai aussitôt conclu à
la seule chose plausible à laquelle tout être normal pense : il nous annonce
qu’il va partir, la preuve, il tient son passeport prêt ! Mon Dieu ! Ce jour-là,
j’en ai tellement fantasmé. J’en ai tellement rêvé. Qu’un responsable de haut
rang du régime vienne publiquement, devant micros et caméras exhiber son
passeport et nous annoncer qu’il a fini par prendre LA DÉCISION. The Decision.
Partir. Partir, enfin ! Sur le coup, j’ai failli le trouver très sympa mon Daho.
J’allais presque verser une larme. Oh ! Juste une, bien sûr. Tout en me disant
en mon for intérieur qu’il me fallait dès le lendemain acheter tous les
quotidiens du pays pour voir si d’autres caciques du système avaient eu le
courage d’emboîter le pas au ministre de l’Intérieur et brandissaient eux aussi
leurs passeports en signe de «reddition partante». J’étais tellement heureux et
plein d’espoirs que j’en ai appelé aussitôt des amis pour les convier à une
zerda, à une fiesta célébrant ce premier «quittage» du navire Algérie par ceux
qui en ont vermoulu le pont des années durant. Et c’est justement l’un de mes
copains, un mec qui lit la presse à la loupe, en s’attardant sur chaque
paragraphe, qui ne dédaigne pas à aller fouiller même dans les faire-part, dans
les condoléances et les pensées, qui a refroidi pour toujours mes ardeurs : «Oh
! Hakim ! T’es sûr que t’as bien lu ? Daho, il brandit un passeport biométrique.
Jamais il n’a été question qu’il annonce son départ !» Je n’ai rien répondu à
mon ex-ami. Ah ! Oui ! Que je vous précise. Après cette douche froide, mon
doucheur ne pouvait plus continuer à figurer parmi mes proches. Je l’ai
rageusement rayé de ma liste. Je n’aime pas les gâcheurs de rêves ! Et je suis
resté seul, vachement seul face à cette photo de Daho Ould Kablia tenant à la
main, non pas son propre passeport, mais le premier passeport biométrique.
J’aurais dû me méfier. Le mec, sur le cliché sourit. Il sourit trop fort pour
quelqu’un qui viendrait nous annoncer qu’il renonce aux restes du gâteau. Grrrrr
! Je m’en veux de ne pas être assez physionomiste et de ne pas savoir décrypter
les sourires. Mon Dieu ! Je suis donc maudit et condamné encore et encore à
fumer du thé longtemps, longtemps pour rester éveillé à ce cauchemar biométrique
qui continue, qui continue.
H. L. |