Les journalistes de la télé et de la radio veulent une nouvelle
grille. Pourquoi ? Ils trouvent qu’il n’y a pas assez de…
… grilles comme ça, autour d’eux ?
Je n’arrive plus à les comprendre, là-haut, dans le Palais. Il n’y a pas si
longtemps, le châtelain, sceptre à la main, avait asséné cette sentence, pouce
baissé vers le sol : «Il y a trop de partis politiques en Algérie ! Je vais
faire le ménage !» Depuis, non seulement le balai est englué dans des toiles
qu’ont tissées sur lui des araignées malicieuses, tellement cet instrument
central du ménage n’a pas été utilisé, mais aussi et surtout voilà qu’une des
entreprises encore debout du pays s’est remise à produire, à toutes vapeurs,
j’ai nommé la fabrique qui agrée les partis politiques. Dix d’un coup ! Ya
Bouguelb ! Pour quelqu’un qui voulait imposer une cure d’amaigrissement au champ
politique, nous versons, là, carrément dans la boulimie ! Audelà de cette
inflation soudaine, de cette flambée d’agréments, de cette poussée natale, de ce
baby-boom partisan, il y a surtout, me semble-t-il, à lire l’inconséquence du
régime. Son incohérence structurelle. Son absence de démarche claire. Sa
cahoteuse progression. Son interminable «titubement». Ses engagements jamais
tenus. Ses promesses du matin reniées le soir. Sa fermeté du midi ramollie au
souper. Moi, si j’étais dictateur (j’y réfléchis !) et si j’avais menacé de
décimer les partis qui polluent la vie des sujets que je martyrise, je ne vois
pas ce qui m’aurait empêché de le faire, de passer à l’acte, de commettre la
boucherie promise. C’est moi le maître, que je sache ! Et en tant que dictateur,
je ne suis pas un trois quarts de président. Je suis un quatre quart pur sucre !
Donc, je bazarde par la fenêtre tout ce que je me suis engagé à bazarder en
roulant des mécaniques et des yeux, yek ? Eh ben, là, non ! C’est tout le
contraire. De la boucherie, du massacre à la tronçonneuse, du cimetière promis
nous sommes, au contraire, passés à la maternité et nous y sommes invités à nous
ébahir et nous ébaudir de bonheur devant les couveuses à partis. Vous ne trouvez
pas ça bizarre, vous ? Tenez ! Je vais vous faire une confidence. Elle vaut ce
qu’elle vaut, mais je vous la livre telle qu’elle m’a été vendue : une source
créchant au Palais, mais qui le soir en sort par une porte dérobée pour aller se
frotter un peu au peuple, m’a assuré, sous le seau à champagne, qu’au point où
ils en sont, là-haut, si Moumène Khalifa déposait aujourd’hui, ou demain – on ne
va pas chipoter sur la date exacte – un dossier d’agrément de parti, il n’est
pas sûr, pas sûr du tout que cette demande soit rejetée. Bien sûr, il faut
toujours se méfier des sources du Palais qui sortent par une porte dérobée, le
soir. C’est d’autant plus vrai que le champagne, c’est traître ! Je fume du thé
et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L. |