Youcef Yousfi, le ministre de l’Energie, l’a promis :
«Désormais, il y aura un contrôle renforcé sur les huiles.»
Bien ! Très bien !Et le contrôle sur les grosses,
les très grosses huiles ?
Un juge anti-terroriste français veut venir en Algérie afin d’y autopsier les
crânes des sept moines de Tibhirine, assassinés par les GIA. Le même juge,
sûrement un hyperactif, veut aussi entendre Abderrezak El Para. Il faut que ce
magistrat comprenne une bonne fois pour toutes qu’ici, en Algérie, la justice
est indépendante. Totalement indépendante de notre bonne volonté, mais
complètement en phase avec les antennes-relais. Et il ne suffit pas de vouloir
venir en Algérie, comme une petite fleur des champs, en annonçant sa volonté
ferme d’y analyser des crânes dévots pour que cela se fasse. Doucement, camarade
Trévidic ! Ici, en Algérie, nous avons un gros problème avec les crânes, à
l’origine, déjà. Les meilleurs crânes d’entre nous, nous les faisons fuir. Ceux
qui s’entêtent à réfléchir autrement que comme prescrit dans le manuel de bonne
conduite des crânes patriotes, on les range discrètement dans des placards. Et
lorsque des crânes se mettent soudain à vouloir gambader tout seuls, hors des
placards, sans demander leur avis aux gardiens du temple des crânes, on leur
coupe les jambes ! Ce bon juge français aurait annoncé sa volonté d’autopsier
des bras, des jambes, des queues ou toute autre partie du corps humain, je ne
dis pas ! Mais des crânes ! Une fois pour toutes mon brave, il faut que vous
compreniez notre rapport conflictuel avec les crânes et les cerveaux. Je vous
prends un exemple récent : la France, votre pays, monsieur le juge, était prête
à nous restituer une dizaine de crânes d’illustres figures de notre révolte
contre l’invasion coloniale. Parmi eux des «bandits d’honneur» comme Boubaghla.
Vous penseriez le plus logiquement du monde qu’Alger se serait félicité de ce
geste, n’est-ce pas ? Eh ben non ! Alger se fout royalement de ces crânes et ne
semble pas outre mesure pressée de les voir revenir ici dare-dare. Alors que
dans le même temps, on nous a bassinés pendant des semaines avec «l’impérative
nécessité historique et révolutionnaire » de récupérer un grand canon, emblème
paraît-il de notre splendeur d’antan. Un canon rouillé, oui ! Marhaban ! Mais
dix crânes vachement bien conservés de compatriotes ayant mouillé leurs chemises
pour notre honneur, pas question ! Non ! Je vous le répète monsieur le
magistrat, votre requête tombe vraiment mal, car nous sommes très chatouilleux
sur tout ce qui a trait aux crânes et autres matières grises. Et là, je n’évoque
même pas le ridicule de votre autre demande, celle qui consiste à vouloir
entendre et auditionner Abderrezak El Para. Mais ça n’va pas non ? Vous vous
rendez compte que 36 millions d’Algériens attendent avant vous de l’entendre ce
bougre d’éclopé ? Faites la queue comme tout le monde, juge Trévidic !
Laissez-nous au moins la primeur d’entendre Abderrezak El Para nous expliquer
que l’assassinat de Boudiaf est un acte isolé commis à la frontière avec le
Maroc et la Mauritanie ! Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar
continue.
H. L.
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