Terrorisme. Un Iranien d’origine algérienne encerclé dans une
villa sur les hauteurs d’Alger, à Hydra.Donnez l’assaut
bon Dieu ! Qu’est-ce que vous attendez ?
Donnez l’assaut !
L’actualité est aux législatives, mais c’est à la présidentielle que va ma
pensée aujourd’hui. J’ai peur ! Oui, je l’avoue, j’ai peur de clamser, de passer
l’arme à gauche, de crever, de mourir sans jamais lire cette information :
«Algérie. Le Président sortant X a appelé au téléphone son concurrent le
candidat Y et a tenu à le féliciter pour sa victoire à l’élection
présidentielle.» Juste cette phrase entendue encore l’autre jour, mais dans un
autre pays d’Afrique, le Sénégal. Je suis né, j’ai vécu, je vis et je risque de
me casser sans que mes oreilles ne soient délicieusement bercées par ce coup de
fil. Pourtant, c’est quoi ? Trois fois rien, au fond. Il faut un président
sortant. On en a un. C’est une chance, on en a même un qui n’arrête pas de
sortir pour re-rentrer par la même porte. Il nous faut aussi un téléphone. Ça
doit pouvoir se trouver dans cette grande et généreuse bâtisse blanche qui sert
de Palais présidentiel. Et il nous faut un outsider victorieux. Là, par contre,
ça se gâte ! On n’a jamais eu ça sous la main en Algérie. Eh oui ! Jamais ! Le
Sénégalais Wade a pu appeler le Sénégalais Macky Sall. L’Algérien Abdekka n’a pu
appeler aucun autre algérien. Ce qui en soi, en démocratie pose un problème
d’ordre pratique. Que fait un président sortant lorsqu’il n’a aucun concurrent
victorieux à appeler pour le féliciter. Il s’appelle ! Bien sûr ! Comment n’y
ai-je pas pensé plus tôt ? Il compose son propre numéro et s’appelle. Que
fait-il une fois son numéro composé et l’appel lancé ? Il se répond, bien
évidemment. Parce qu’il est poli, et parce qu’il a reconnu le numéro sur
l’afficheur. Normal, c’est le sien. Une fois le combiné décroché, que fait-il
ensuite ? Il dit «bonjour, comment ça va ?» Et il répond aussitôt «très bien
merci ! Et toi ?» En théorie, là, il ne poursuit pas sur le chapitre santé et
salamalecs, sinon, on n’est pas sortis de l’auberge et la communication risque
de durer des heures, le tout chiffré sur le dos du contribuable. Et donc, il va
droit au but et… s’auto-félicite ! «Bravo pour ta victoire ! Je reconnais ma
défaite !» Ensuite, il raccroche le combiné, se passe la main dans les cheveux
(enfin…) en signe de devoir accompli et rempile pour 5 nouvelles années. Oui !
Oui ! Je sais, vous vous dites que c’est un cercle infernal, une suite sans fin.
Peut-être. Et peut-être pas. Imaginez juste un instant qu’un jour, le président
sortant, à l’issue d’un énième scrutin où il se succède à lui-même, s’appelle
comme de coutume au téléphone pour s’auto-féliciter comme il nous y a habitués,
et qu’à l’autre bout du même fil raccordant le même appareil, rien ! Personne ne
décroche ! Mon Dieu ! Le bug. La faille. La panne. Dès lors, devant ce scénario
unique, jamais envisagé par le Conseil constitutionnel, celui qui s’appelle sur
son propre numéro et qui ne se répond pas à lui-même n’a plus qu’un seul choix.
Raccrocher. Puis, décrocher. Définitivement. Nous serons alors nombreux à lui
téléphoner pour le féliciter. S’il répond, c’est bien. S’il ne répond pas, ce
n’est pas grave, on lui laissera un message. Dans la boîte vocale de son
successeur. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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