Je ne sais pas pour vous, mais moi, je verrais bien un petit lâcher
de MIG dans le désert.Question de tester notre matériel
!
Abdallah Djaballah, Djab pour les intimes, se retrouve au centre d’une tornade
qui agite le petit verre politique dans lequel nous barbotons depuis quelque
temps. On reproche à Djab d’avoir favorisé la présence de son épouse et de son
frère dans les listes de son nouveau parti en course pour les législatives du 10
mai prochain. Personnellement, je serais plutôt enclin à comprendre la position
de Djab ! Ya sahbi, c’est humain, au fond. Ce gars-là, on lui a tellement piqué
de partis, on lui a chouravé un nombre incalculable de formations politiques
qu’il s’était donné un mal de chien à créer qu’il a retenu la leçon. Il ne fait
confiance aujourd’hui qu’en son cercle proche, très proche. Sa femme. Son frère.
Pas le frère à sa femme, bien sûr. Sinon, j’aurais écrit son beau-frère. Non !
Le frère à Djab, carrément. Sauf qu’encore une fois, ce pôvre Abdallah fait fi
de précédents. Ya Djab khouya, relis tes classiques. Abel et Caïn ! Les plus
grandes trahisons qui ont marqué l’histoire de l’humanité sont le fait de
frangins. Même celles qui n’ont rien marqué du tout, au demeurant. Et l’épouse,
ya Djab ! Crois-tu sérieusement que le statut d’épouse protège l’époux de la
trahison ? Question misogyne et machiste, je te l’accorde, mais question tout de
même. Qui te dit que ces personnes- là en qui tu fais aujourd’hui confiance
n’ont pas déjà été «contactées» ? Approchées ? Retournées ? Moi, je dis ça, en
même temps, je ne dis rien. Mais… méfiance ! Tiens ! Je vais prendre des
exemples concrets. Demain, mon épouse va commencer à entrer de manière
intempestive dans le petit cagibi qui me sert de bureau à la maison et où je
rédige quotidiennement ma chronique. Et elle va se mettre à me demander sur un
ton léger, qui ne devrait pas prêter à suspicion de ma part : «Et aujourd’hui,
tu abordes quel thème mon chéri ? Je peux lire ?» Ma femme qui lirait par-dessus
mon épaule ? Hum ! Hum ! Même chose pour mon frangin. Imagine mon petit Djab que
mon propre frère, plutôt adepte de Blek le Rock en matière de littérature,
viendrait fouiner dans mes articles, et me demander sur un ton encore plus badin
que celui de ma compagne «et là, dans ce passage précis, tu vises qui, khouya
laâziz ?» Re-hum ! Hum ! Tu pense bien que là, toutes mes alarmes seront entrées
en action. Je ne vais quand même pas faire comme si de rien n’était, trouver
cette conjonction de curiosité familiale normale et continuer de dormir sur
leurs quatre épaules réunies, n’est-ce pas ? Tu comprends dès lors mon cher Djab
qu’une tendre moitié et un frangin dans ton propre parti ce n’est pas forcément
une garantie. Mais tu n’es pas obligé de me croire, bien évidemment. Je t’aurais
juste prévenu, c’est tout ! Abel et Caïn ! N’oublie jamais Abel et Caïn, mon
petit Djab ! Et fume du thé pour rester éveillé à ce cauchemar familial qui
continue.
H. L.
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