Tata Louisa veut le retour aux Souks El Fellah. Son vœu est
à demi exhaussé.C’est déjà le Souk !
Je sais bien que la campagne électorale va être marquée par des phrases chocs,
des formules coups-de-poings. Ce que je ne savais pas, par contre, c’est que
nous serions d’emblée, dès le premier jour de campagne, gâtés à ce point,
comblés par l’une de ces phrases qui devrait entrer dans l’histoire de sentences
profondes, teintées de mystère et lourdes de sens inexpliqué, voire paranormal.
Et cette phrase que je considère d’ores et déjà comme culte, nous la devons –
qu’il soit ici vivement remercié – au patron du parti Ahd 54. A partir de Bordj-
Bou-Arréridj, Faouzi Rebaïne a déclaré : «Les urnes sont transparentes, mais les
walis ne le sont pas ! » Mon Dieu ! Le temps s’est arrêté pour moi dès lecture
faite de ce morceau d’anthologie. Je sais maintenant que rien ne sera plus
pareil à mes yeux. Je suis convaincu qu’il y aura désormais un avant et un après
cette formule. Et même un entre-les-deux ! Des walis transparents ! Des urnes
transparentes, d’accord, je sais encore ce que c’est, mais des walis
transparents ? C’est d’autant plus énigmatique qu’ayant lu avec attention, et
surtout beaucoup de patience, le programme de Si Faouzi, je n’y ai trouvé nulle
part cette exigence de walis transparents. Est-ce bien raisonnable de poser
comme préalable au bon déroulement d’un scrutin législatif cette condition de
mutation génétique rendant nos walis transparents ? N’y a-t-il pas là une forme
d’inhumanité à vouloir disposer de walis transparents ? Et puis, plus crûment,
comment faire ? Quel est le process pouvant amener des walis à devenir aussi
transparents que des urnes ? Pour le plastique, la méthode est connue. Il existe
des machines faites pour ça. Mais pour des walis ? Des êtres humains, pour la
plupart, comment s’y prendre ? Les faire passer par le même moule servant à
fabriquer les coques translucides des urnes ? C’est nous exposer assurément aux
foudres des organisations humanitaires et autres associations de droits humains.
On ne fourre pas un homme dans une machine, fût-il wali, tout de même ! Ça peut
être assimilé à de la maltraitance, voire même s’apparenter à de la torture.
N’oublions jamais que des observateurs internationaux sont déjà là, ou sur le
point de venir pour scruter nos législatives. Quelle va être leur réaction s’ils
apprennent que nous faisons passer nos walis dans des appareils servant à les
rendre transparents ? Ne risquent-ils pas de délaisser l’objet central de leur
séjour, la surveillance des législatives, pour ne plus s’occuper que de cette
affaire atroce de walis forcés à la transparence. Et puis, plus prosaïquement,
s’il y a fraude dans une urne transparente, comment faire parvenir des doléances
à un wali lui-même transparent ? On va se retrouver face à un grave problème
existentiel : «Bonjour, je veux voir le wali ! Désolé, il n’est pas visible !»
Alors ? Et bien, c’est le cafetier du coin qui m’a un peu rassuré en me faisant
remarquer sur un ton badin que Ahd 54 pouvait bien tolérer des walis opaques le
temps d’un scrutin, vu que le reste du temps, preuves à l’appui, ils sont bel et
bien transparents. Encore plus transparents que les urnes. Après ça, j’ai repris
un café ! Bien noir ! Dans une tasse bien blanche. En me demandant sur quelle
nouvelle phrase choc de campagne j’allais encore tomber demain. Je fume du thé
et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.
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