Mardi 17 Avril 2012
Accueil | Edition du jour
 
Actualités
Périscoop
Sports
Femme magazine
Le Soir Retraite
Culture
Économie
Chronique du jour
Voxpopuli
Pousse avec eux
Edition du jour
 
 
 
Nos archives en HTML


Touche pas à mon wali !

Par Hakim Laâlam  
Email : laalamh@yahoo.fr
Tata Louisa veut le retour aux Souks El Fellah. Son vœu est
à demi exhaussé.

C’est déjà le Souk !

Je sais bien que la campagne électorale va être marquée par des phrases chocs, des formules coups-de-poings. Ce que je ne savais pas, par contre, c’est que nous serions d’emblée, dès le premier jour de campagne, gâtés à ce point, comblés par l’une de ces phrases qui devrait entrer dans l’histoire de sentences profondes, teintées de mystère et lourdes de sens inexpliqué, voire paranormal. Et cette phrase que je considère d’ores et déjà comme culte, nous la devons – qu’il soit ici vivement remercié – au patron du parti Ahd 54. A partir de Bordj- Bou-Arréridj, Faouzi Rebaïne a déclaré : «Les urnes sont transparentes, mais les walis ne le sont pas ! » Mon Dieu ! Le temps s’est arrêté pour moi dès lecture faite de ce morceau d’anthologie. Je sais maintenant que rien ne sera plus pareil à mes yeux. Je suis convaincu qu’il y aura désormais un avant et un après cette formule. Et même un entre-les-deux ! Des walis transparents ! Des urnes transparentes, d’accord, je sais encore ce que c’est, mais des walis transparents ? C’est d’autant plus énigmatique qu’ayant lu avec attention, et surtout beaucoup de patience, le programme de Si Faouzi, je n’y ai trouvé nulle part cette exigence de walis transparents. Est-ce bien raisonnable de poser comme préalable au bon déroulement d’un scrutin législatif cette condition de mutation génétique rendant nos walis transparents ? N’y a-t-il pas là une forme d’inhumanité à vouloir disposer de walis transparents ? Et puis, plus crûment, comment faire ? Quel est le process pouvant amener des walis à devenir aussi transparents que des urnes ? Pour le plastique, la méthode est connue. Il existe des machines faites pour ça. Mais pour des walis ? Des êtres humains, pour la plupart, comment s’y prendre ? Les faire passer par le même moule servant à fabriquer les coques translucides des urnes ? C’est nous exposer assurément aux foudres des organisations humanitaires et autres associations de droits humains. On ne fourre pas un homme dans une machine, fût-il wali, tout de même ! Ça peut être assimilé à de la maltraitance, voire même s’apparenter à de la torture. N’oublions jamais que des observateurs internationaux sont déjà là, ou sur le point de venir pour scruter nos législatives. Quelle va être leur réaction s’ils apprennent que nous faisons passer nos walis dans des appareils servant à les rendre transparents ? Ne risquent-ils pas de délaisser l’objet central de leur séjour, la surveillance des législatives, pour ne plus s’occuper que de cette affaire atroce de walis forcés à la transparence. Et puis, plus prosaïquement, s’il y a fraude dans une urne transparente, comment faire parvenir des doléances à un wali lui-même transparent ? On va se retrouver face à un grave problème existentiel : «Bonjour, je veux voir le wali ! Désolé, il n’est pas visible !» Alors ? Et bien, c’est le cafetier du coin qui m’a un peu rassuré en me faisant remarquer sur un ton badin que Ahd 54 pouvait bien tolérer des walis opaques le temps d’un scrutin, vu que le reste du temps, preuves à l’appui, ils sont bel et bien transparents. Encore plus transparents que les urnes. Après ça, j’ai repris un café ! Bien noir ! Dans une tasse bien blanche. En me demandant sur quelle nouvelle phrase choc de campagne j’allais encore tomber demain. Je fume du thé et je reste éveillé, le cauchemar continue.
H. L.

Nombre de lecture : 3624

La copie partielle ou totale des articles est autorisée avec mention explicite de l'origine
« Le Soir d'Algérie » et l'adresse du site