Dimanche 14 avril 2013
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Chronique du jour : Ici mieux que la-bas
...Thatcher, Neruda, Toumi, Krim Belkacem...


Par Arezki Metref
arezkimetref@free.fr

On ne sera pas de ceux qui regretteront Margaret Thatcher. Comme Jean-Luc Melenchon, le leader du Front de gauche français, on aurait plutôt tendance à lui souhaiter de «découvrir en enfer ce qu'elle a fait aux mineurs».
Fille d'un épicier de Grantham, dans l'est de l'Angleterre, Thatcher a été chimiste puis avocate. Engagée en politique très tôt, elle a été l'unique femme à avoir dirigé le Parti conservateur, de 1975 à 1990, et la seule femme aussi à avoir assumé la charge de Premier ministre dans l'histoire de la Grande-Bretagne. Depuis son arrivée à la tête du Parti conservateur jusqu'à la fin de son dernier mandat de Premier ministre en 1990, elle a fait montre d'une intransigeance et d'une radicalité anti-travailleurs et anti-populaire qui a fait des ravages.
Brian Reade du Daily Mirror la définit ainsi : «C'était une fanatique de droite qui s'était entourée de laquais sans âme, et qui a arraché le cœur de ce pays.» En effet, pétrie de convictions chrétiennes méthodistes, conservatrice et libérale, elle a tout fait pour attiser la Guerre froide en exacerbant le conflit avec l'URSS, elle a jeté de l'huile sur le brasier atlantiste, déclenché la guerre des Malouines, promu une politique de libre-échange en Europe. Mais c'est surtout sa politique économique ultralibérale et son total manque d'humanité à l'égard des plus faibles et de ses adversaires qui resteront comme un bilan calamiteux de celle que l'Etoile rouge, l'organe de l'Armée rouge d'URSS, a surnommée la «Dame de fer», pour stigmatiser son anticommunisme viscéral.
Ses partisans vantent sa politique économique qui a consisté à donner les clés de tous les coffres à la City. Son ultralibéralisme a davantage enrichi les plus riches, et «brisé des millions de vies» parmi les classes laborieuses (Daily Mirror). Ce journal souligne encore qu'elle a «maintenu le chômage à un niveau élevé pour que les travailleurs acceptent des salaires de misère».
On connaît l'un de ses morceaux de bravoure, la répression de la grève des mineurs gallois. Autre motif de sombre «gloire» : avoir laissé mourir à l'âge de 27 ans, le militant indépendantiste irlandais Bobby Sands qui avait entrepris une grève de la faim pour revendiquer le statut de prisonnier politique et mettre fin à celui de criminel de droit commun que lui imputait Thatcher.
Arrogante, sans pitié, dénuée de scrupules, Thatcher a mené une politique impériale de riche pour les riches, et elle meurt à 87 ans dans son lit. Le ridicule n'ayant pu la tuer, il l'enterre. Elle qui voulait vider les caisses de l'Etat au profit du privé, y parvient aujourd'hui au-delà de toute espérance puisque ses obsèques vont coûter entre 9 et 12 millions d'euros aux contribuables anglais. Le portrait serait incomplet si l'on omettait de rappeler qu'elle avait ouvertement soutenu, au mépris de la communauté internationale, l'apartheid en Afrique du Sud, et honteusement courtisé des dictateurs comme le Chilien Augusto Pinochet.
Pinochet, tiens, celui-là ! Le 11 septembre 1973, soutenu par la CIA, ce colonel fasciste renverse le président socialiste Salvador Allende démocratiquement élu. Allende défendra la Moneda, le palais présidentiel, les armes à la main, et devant l'armada intensive qui l'attaque, il décide de mourir au combat.
Le 23 septembre, c'est-à-dire 12 jours plus tard, le diplomate et grand poète chilien Pablo Neruda, prix Nobel de littérature en 1971, décède «officiellement d'une aggravation d'un cancer de la prostate». Cependant très vite, le Parti communiste chilien, alors clandestin, ainsi que quelques proches doutent de cette version. Ils sont convaincus que Neruda a été assassiné. Quarante ans plus tard, rebondissement. Le corps du poète enterré à Isla Negra, face au Pacifique, vient d'être exhumé pour permettre à des médecins légistes chiliens et internationaux de l'autopsier.
Le juge Mario Carroza a rouvert le dossier à la demande du Parti communiste chilien. Des témoignages font état d'un possible assassinat commandité par la dictature. Celle-ci craignait que depuis l'exil qu'il s'apprêtait à rejoindre, Neruda ne soit un porte-voix prestigieux de l'opposition.
Un fait, au moins : Manuel Araya, secrétaire personnel et chauffeur du poète-diplomate, affirme que Neruda hospitalisé aurait reçu une mystérieuse injection dans les heures qui ont précédé sa mort.
Un autre poète nous quitte, plus proche, celui-ci, Mustapha Toumi. Il nous aura légué une parole flamboyante, et semé une poésie qui, comme les moissons des terres généreuses, se démultiplie. S'il n'y avait que Sobhane Allah Yaltif, la qaceda écrite pour El Anka, cela aurait déjà été mission accomplie. Mais Toumi n'est pas réductible à ce chant général. Homme de culture, il traînait au soleil d'Alger la gouaille et le spleen du poète militant qui voulait changer et l'humanité entière et l'homme en particulier.
Parti à 75 ans, il aura contribué à façonner un morceau de la culture algéroise dont il était le héraut et le héros.
Un héros Krim Belkacem ? Oui ! L'un des premiers à avoir pris le maquis ! Une vie consacrée au combat anticolonialiste mené par un homme non exempt de contradictions. Aucune révolution n'a été menée par des surhommes. Krim Belkacem était, ni plus, ni moins que d'autres, un héros. Un héros sur lequel ont pesé les couacs et les dysfonctionnements d'une machine historique, le mouvement indépendantiste, qui a avancé sur un chemin accidenté. Il se trouve que ce héros n'a pas été tué par l'ennemi, mais par les siens. Si, officiellement, on fait silence sur ce fait, tout le monde connaît cet épisode de la liquidation de Krim Belkacem, opposant dangereux à Boumediène, dans un hôtel de Francfort, le 18 octobre 1970.
L'ami Ahmed Rachedi réalise un biopic sur Krim Belkacem. Un début de polémique dans la presse nous apprend que le parcours de ce dernier tel que décrit dans le film, s'arrêterait à l'indépendance de l'Algérie. L'assassinat qui rétroéclaire l'histoire du personnage passe donc à la trappe. C'est aussi absurde que de vouloir réaliser un film sur Kennedy sans aborder son assassinat, ou encore sur Martin Luther King, Abane Ramdane ou Boudiaf en taisant cette fin tragique qui ne conclut pas leur histoire mais, d'une certaine manière, la commence.
Cependant, le problème n'est pas là. Il serait plutôt dans la faiblesse de l'argumentation de l'ami Rachedi qui semble botter en touche en ne reconnaissant pas, contrairement à Boukhalfa Amazit et au Commandant Azzedine, que ce choix est strictement pragmatique. Les deux coscénaristes avouent, eux, que ce n'est qu'en éludant l'assassinat de Krim Belkacem que le film peut se réaliser.
Les scénaristes et le réalisateur jugent, et c'est à leur honneur, qu'un film sur Krim Belkacem mérite ce sacrifice. Ce n'est pas notre avis. Mieux vaut l'absence de film qu'un film participant involontairement à une restitution partielle, voire partiale de l'histoire. Amputé de ce fait majeur, le film tronque la vie de Krim Belkacem. Si ce projet devait ne pas se réaliser, on ne sera pas de ceux qui le regretteraient. Autant le dire, en toute amitié.
A. M.

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