Lundi 4 novembre 2013
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Chronique du jour : Kiosque arabe
Lectures autour du salon


Par Ahmed Halli
http://ahmedhalli.blogspot.com

Lus dans le hall d'un aéroport, en attendant l'avion du départ qui n'est pas encore arrivé : «Les aventures féminines de Kadhafi et les problèmes de Marzouki après la révolution» (Al-Khabar)(1). On y apprend que le livre de la journaliste française Annick Cojean, Les proies dans le harem de Kadhafi, a été traduit en arabe et qu'il est exposé au pavillon tunisien du 18e SILA. Le titre de l'article et son contenu peuvent laisser entendre que Kadhafi était un séducteur, un homme à femmes. Or, le livre expose surtout la manière dont le dictateur disparu maltraitait les femmes, et par quelles filières il se procurait ses «proies». Merci à nos amis tunisiens d'avoir rendu ce livre accessible aux arabophones, qui pourront ainsi apprécier la vraie nature de Kadhafi ! Sur la même page, on lit que le livre de Marzouki, le président intérimaire de la Tunisie en transition, Des ruines à la fondation, voisine avec les œuvres de Rached Ghannouchi, le chef d'Ennahdha. Il n'y a pas là matière à mauvais voisinage ou anachronisme. Dans ce livre, Moncef Marzouki affirme qu'il n'a pas voté pour Ben-Ali en avril 1989. Or le blogueur tunisien Sammi Ben Abdallah affirme le contraire : Marzouki a bien voté pour Ben Ali, et il a même publié dans le quotiden Essabah un article à la gloire du président déchu. Vivement les mémoires de Ben Ali !
En attendant, et toujours dans Al-Khabar, on lit que les Tunisiens, décidément très actifs dans l'édition(2), nous proposent aussi les Confessions de saint Augustin dans la langue du Coran. Selon notre confrère qui semble être très au fait des troubles théologiques de l'évêque national, saint Augustin aurait démontré de quelle manière les Evangiles avaient été falsifiés. Ce n'est pas nouveau, mais dit en arabe, ça porte mieux, même si ce n'est pas ça qui va faire trembler d'effroi le Vatican et provoquer un effondrement de la foi chrétienne. Heureusement que la nôtre, la seule, la vraie, n'est pas soumise à de telles turbulences qui risquent d'ébranler les convictions les plus solides. Au reste, nos théologiens ont trouvé la parade la plus efficace : pour s'émanciper du péché, il faut en supprimer les causes. La leçon a porté, et Salman Rushdie, un auteur quelconque, et ses Versets sataniques continuent à hanter les assises littéraires. Tout comme je n'adhère pas à l'interdiction des livres qui font l'apologie des harkis : il faut les lire, et les faire lire, pour mieux montrer la malhonnêteté et l'hypocrisie de ces nouveaux révisionnistes. De pseudo-historiens et je ne sais quelle engeance aveugle nous abreuvent d'envolées larmoyantes et de poncifs sur des itinéraires érigés en sagas, alors qu'ils ne sont que de pitoyables incursions dans le déshonneur et l'horreur.
L'horreur des supplices infligés aux fils et aux filles de leur patrie reniée et celle d'avoir enfanté une génération coupable d'aveuglement tout comme leurs pères l'ont été de trahison. Fin du chapitre harkis ! Ce n'est pas une interdiction, mais ça tendrait à lui ressembler comme une sœur : l'éditeur Arezki Aït-Larbi a été assigné à résidence dans un coin perdu du SILA et au voisinage, inapproprié celui-là, d'un stand islamiste. C'est ce que dénonce notre confrère et ami Arezki, dans un communiqué et sur sa page Facebook, dédié aux Editions Koukou, qu'il dirige. Je suis d'autant plus sensible à ses mésaventures et à sa cause, qu'il vient de publier deux auteurs que j'aime beaucoup : Hakim Laâlam et Djamila Benhabib. Au chapitre des innovations, le SILA aurait renoncé à inviter l'un de ses auteurs vedettes, ces dernières années, à savoir Hamid Grine. Cet oubli, ou plutôt cette interdiction puisqu'il faut appeler les choses par leur nom, serait une réplique à un pamphlet publié par l'auteur contre la ministre de la Culture. J'ai effectivement lu cette charge contre Khalida Toumi, et je l'ai trouvée peu galante, pour ne pas dire mesquine et misogyne.
Mais si cette interdiction est une initiative destinée à «punir» Grine pour sa brutale et surprenante sortie, elle n'honore pas ses auteurs ni la ministre qu'ils veulent venger. Il y a d'autres façons moins fielleuses et moins basses de répondre à des attaques personnelles, surtout lorsqu'on est dans le domaine de la culture, précisément. Pour finir de meilleure humeur ce chapitre, je vous parlerai d'une autre lecture, celle du magazine Shaffaf, qui tire sur toute bêtise qui fait mine de bouger. L'écrivain palestinien Hassan Khoudir évoque les libertés que prennent certains éditeurs arabes (sans doute présents au 18e SILA) avec la traduction d'œuvres étrangères. Il cite l'exemple de deux écrivains à succès, Paul Sussman, spécialiste des romans historiques, et David Baldacci, auteur de best-sellers policiers, traduits en arabe. Dans Le Labyrinthe d'Osiris de Paul Sussman, l'auteur relève que certains mots de l'édition originale anglaise, qui ont leur équivalent précis en arabe, sont traduits approximativement. Ainsi, on a des résultats surprenants : la croix (salib en arabe) devient le «symbole religieux des chrétiens». Puis on a : «lieu de prière» pour église, «religieux» pour curé, tandis que vodka, whisky et vin deviennent «Boisson préférée». On appréciera encore plus certains passages du roman de Baldacci, Pleins pouvoirs, traduits en arabe. Là, la bouteille de vin sur la table dressée par un couple, disparaît dans la traduction. Lorsque l'homme verse du vin dans les deux verres, pour lui et pour sa compagne, le vin se transforme en «boisson chaude». Quant aux détails de ce qui se passe ensuite entre l'homme et la femme, je vous laisse imaginer et apprécier la traduction arabe, expurgée de toute référence en la matière.
A. H.

(1) Pourquoi Al-Khabar, précisément ? C'est ce que vous saurez en lisant le récit de mes mésaventures aéroportuaires.
(2) Dans les années quatre-vingt, en plein essor et effervescence du livre religieux jaune (genre Châtiment du tombeau et affres de la résurrection), nous avions tergiversé pour la réédition des romans historiques de Georgis Zeydane. Ce dernier étant chrétien, il était urgent d'attendre qu'un auteur musulman écrive des récits romancés sur les conquêtes islamiques. Nous y avons pensé, les Tunisiens l'ont fait : les romans de Zeydane se sont vendus comme des petits-pains, le jour de l'Aïd.

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