Dimanche 27 juillet 2014
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Chronique du jour : Ici mieux que là-bas
Balade dans le Mentir/Vrai(25)
… Nourredine Aba, Hamma Méliani, la puissance de la poésie…


Par Arezki Metref
arezkimetref@free.fr

Je me souviens de Nourredine Aba que j’ai rencontré, si je ne m’abuse, à son retour en Algérie où il avait rejoint l’ENAL. C’était dans les années 1980. Il publiait L’Annonce faite à Marco, une pièce de théâtre remarquable dont le titre est un évident clin d’œil fait à Paul Claudel. J’ai dû en rendre compte dans les colonnes d’Algérie Actualité. Par contre, pour je ne sais plus quelle raison, l’entretien que nous devions réaliser ne s’est jamais produit. Sans doute convient-il de le déplorer !
Je garde le souvenir d’un homme extrêmement soigné, tant dans sa mise, son comportement que son langage. C’est qu’il avait roulé sa bosse, Nourredine Aba ! Né en 1921 à Sétif, il avait combattu le fascisme de 1943 à 1945, durant la Campagne d’Italie. En 1945, il a 28 ans, il est journaliste et il assiste au procès de Nuremberg. Un moment qui doit marquer à jamais. Outre les articles de couverture, il en tire un roman, Le Dernier jour d’un nazi.
Ecrivain, poète et dramaturge relativement prolifique, Nourredine Aba était un homme de passions et d’engagement. C’est ainsi qu’il n’a jamais économisé son énergie pour soutenir la cause palestinienne. Quand un grand cœur tel que lui rencontre un événement aussi tragique que le massacre de Sabra et Chatila en 1982, ça donne fatalement une œuvre forte.
Rappel des faits. Quand ce samedi 18 septembre 1982, les journalistes entrent dans les camps de Sabra et Chatila, non loin de Beyrouth au Liban, ils sont horrifiés. Partout, des monticules de corps empilés dans la poussière, d’autres débordant des fosses communes. Les bâtiments avaient subi l’attaque des bulldozers. Il faut revenir sur les quelques jours qui précèdent pour voir se planter le décor et les personnages de ce massacre sans précédent. Le mercredi 15 septembre, prenant prétexte de l’assassinat de Bachir Gemayel, leader phalangiste, l’armée israélienne dirigée par Ariel Sharon occupe Beyrouth Ouest. Elle y désarme les milices pro-palestiniennes, laissant leurs arsenaux aux phalanges chrétiennes. Le même jour, les camps de réfugiés palestiniens sont encerclés par les militaires israéliens. Dans la soirée, Sabra et Chatila sont intensément bombardés par l’armée israélienne. Puis celle-ci livre les camps affaiblis par les bombardements à 150 phalangistes armés qui, pendant plus de 40 heures violent, tuent, mutilent quelque 3 500 personnes, pour l’essentiel des femmes, des enfants et des vieillards. Nourredine Aba en tirera un cri du cœur, une œuvre poétique poignante, «écrite avec des larmes et du sang».
Ce long poème rencontrera la sensibilité de Hamma Meliani qui en montera un spectacle joué à Paris en juin dernier. Il entreprendra, à partir d’octobre, une tournée en région parisienne avec un moment fort lors de la Journée internationale pour la Palestine en novembre.
Hamma Méliani, je l’ai connu, lui, en 1974. Faisant mes premiers pas dans le journalisme, je fis sa connaissance alors qu’il réalisait un film – Genèse – à Alger. Il venait d’obtenir son diplôme de l’Ecole nationale d’art dramatique de Bordj-El-Kiffan. Animé d’une fibre progressiste intransigeante, il se donnait, et continue d’ailleurs à se donner tout entier à ses combats et à ses idées, sans préjuger des conséquences sur sa carrière et même sur sa liberté.
Je me souviendrai toujours de cette projection de son film à Oued-el-Alleug, dans le cadre d’une journée de volontariat et en présence de paysans attributaires et de la Révolution agraire, et d’étudiants volontaires. Le débat après la projection fut âpre, et le jeune Hamma Méliani, fougueux, défendit pied à pied la moindre image et le moindre mot de son film. Pas étonnant que son honnête entièreté ait dérangé les forces de l’immobilisme !
Le fait est qu’il dût quitter le pays pour redoubler d’ardeur en exil en France. Depuis, en tant que metteur en scène, il réalisa plus d’une quarantaine de spectacles de théâtre en français, en arabe et en amazigh. Ce théâtre amazigh dont il est l’un des pionniers.
Dramaturge, il écrit et met en scène des pièces favorisant l’expression dramatique de l’immigration algérienne en France. Il a aussi réalisé plusieurs films sur la jeunesse et les banlieues françaises. Enfin, écrivain et poète, il est l’auteur de nombreux romans et poésies.
Hamma Méliani a accepté le prix de son engagement, notamment pro-palestinien, dans un pays où il ne fait pas bon l’exprimer. Ce qui explique qu’en dépit de son indéniable talent, il subit une certaine forme de marginalisation. Aussi n’a-t-il pas hésité, une seconde, à théâtraliser et mettre en scène le poème de Nourredine Aba avec le comédien Moa Abaïd(1).
La cruelle ironie de l’histoire fait de ce spectacle, imaginé comme une commémoration, un acte de dénonciation d’un autre massacre, celui que commet en ce moment-même l’armée israélienne dans Ghaza martyre.
A. M.

1) Pour toutes informations concernant la programmation de ce spectacle, on peut consulter le blog de Hamma Méliani : http://www.theatre-hamma-meliani.fr/

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