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Soirmagazine : L’entretien de la semaine
Dr Azzedine Mezbache, psychologue, psychothérapeute, ex-professeur d’Université à University of Redlands en Redlands, Californie, au soirmagazine :
«on peut discipliner nos enfants sans les f


Par Hocine Tamou
Dr Azzedine Mezbache exerce comme psychologue et psychothérapeute dans un cabinet de groupe (Dr Meziani) à Aïn-Beïda. Dans son intervention, il explique comment les châtiments corporels détruisent l’enfant. Il donne par ailleurs des conseils et propose des solutions aux parents pour asseoir une discipline aux enfants sans les frapper. Au cabinet où je travaille, je vois des enfants (3-17 ans) qui sont frappés régulièrement par leurs parents et qui souffrent de maux allant de l'anxiété générale à l’énurésie en passant par les attaques de panique jusqu'aux troubles psychosomatiques et la dépression. Cette génération qu’on frappe aujourd’hui frappera la génération de demain et le cycle continuera. On doit briser ce cycle de violences contre nos enfants.
En Algérie, 87% des familles frappent leurs enfants. Bien qu'il soit difficile et dur d’élever des enfants en ces temps modernes, les frapper n'est pas une bonne solution. Il y a des méthodes alternatives non violentes que les psychologues américains avaient utilisées depuis les années 1940 et qui ont un succès énorme aux USA. Certaines de ces méthodes peuvent être adaptées à notre culture. La violence contre nos enfants doit cesser. On doit briser ce cycle de violences qui a commencé avec nos propres parents.
Dans ce compte rendu, je clarifie la relation entre la violence contre nos enfants et les effets que cette violence engendre chez nos enfants. Puis des solutions sont suggérées comme méthodes alternatives pour discipliner nos enfants basées sur les recherches américaines dans ce domaine.
Il y a au moins 11 façons de blesser vos enfants quand vous les frappez (adapté de The 13 Ways Spanking Harms Children) by Michael J. Marshall P.h.D. («Les 11 façons de blesser vos enfants quand vous les frappez»). Battre vos enfants :
1- les rend agressifs. Les enfants qui sont frappés par leurs parents ont tendance à frapper et se bagarrer avec les autres plus fréquemment que les enfants qui n'ont pas été frappés par leurs parents ;
2- abaisse leur estime de soi. Frapper vos enfants leur envoie le message que «vous êtes une personne mauvaise qui mérite d'être frappée et vous n’êtes pas assez digne pour être protégé et aimé». Ceci devient incorporé dans leur concept de soi ;
3- crée des effets négatifs (mauvais sentiments envers soi). Battre vos enfants les laisse avec des sentiments de peur, d’anxiété, d'humiliation et de depression. Dans les cas extrêmes, cela peut causer des troubles de la personnalité comme la sociopathie et le dédoublement de la personnalité (ils échappent de ce monde en adoptant une autre personnalité qui prend tout le blâme). Ces enfants sont confus émotionnellement quand la personne qui est censée les aimer et prendre soin d’eux de temps en temps devient quelqu'un d’autre et les blesse délibérément ;
4- aliène l’enfant des parents. Comme la plupart des gens naturellement essayent d'éviter d’être battus, haïssent la personne qui les bat et généralement n’aiment pas la personne qui les bat, de la même façon, les enfants battus commencent à associer le punisseur avec la punition et par conséquent deviennent effrayés et essayent d'éviter le parent punisseur ;
5- inhibe les apprentissages nouveaux. Les enfants qui sont trop battus sont moins spontanés, plus timides et ont peur d'apprendre de nouvelles choses parce qu'ils ont peur qu'ils vont être encore plus punis s’ils commettent des erreurs ;
6- crée des tendances sadomasochistiques. A travers le procès du conditionnement, les enfants qui sont blessés par ceux qu'ils aiment commencent à associer la douleur avec l’amour ;
7- bloque l'apprentissage et la réussite dans la vie. Les enfants qui ont été trop battus ont beaucoup d'échecs scolaires, des notes faibles sur les tests de développement, ont des taux de réussite scolaire moins élevés et gagnent moins d'argent ;
8- ne leur enseigne pas des comportements nouveaux. Les enfants de parents qui utilisent la force physique en premier lieu pour contrôler le comportement ont peu de chances d’apprendre et d’utiliser de nouveaux comportements non violents pour résoudre leurs propres problèmes en présence d’un conflit ;
9- n’élimine pas le mauvais comportement. Le mauvais comportement est temporairement arrêté en présence du parent. L'enfant apprend tout de suite à adopter le mauvais comportement seulement quand le parent n'est pas présent pour prévenir le mauvais comportement que le parent n’aime pas ;
10- augmente leur seuil de punition. Après un certain temps, les enfants s'habituent à un certain niveau de punition, et la punition perd de son efficacité. Cela force le punisseur à constamment augmenter l'intensité de la punition pour avoir le même effet. L’augmentation de l'intensité de la punition les rend insensibles à être battus par autrui et plus aptes à accepter les nouvelles relations avec les autres basées sur l’abus physique comme normales ;
11- cause des blessures physiques. Les pédiatres sont alarmés par les types et les nombres de blessures qu'ils voient chez ces enfants comme les avant-bras cassés et les syndrome des enfants secoués qui sont dus au fait que certains parents frappent leurs enfants durement ou les secouent intensément.

Témoignage : extrait d’un blog sur les enfants battus
«J’ai 29 ans. Je ne travaille plus et je garde mon fils, mais tout va mal. Je n’ai aucune patience. Je l’ai frappé hier très violemment parce qu’il ne voulait pas faire la sieste. Je me suis excusée ensuite, mais il a peur de moi. Je voudrais m’en sortir. Aidez-moi.»

Claude Halmos, psychanalyste, répond :
«Je vous remercie de votre lettre, Sophie, car elle est très courageuse. C’est vrai que ce que vous faites à votre fils n’est pas possible et qu’il faut que cela cesse. Au plus vite. Mais vous n’êtes pas pour autant le monstre que vous croyez.Je ne sais pas pourquoi vous frappez votre enfant. Mais je sais, par expérience, que ce genre d’acte relève toujours de la «répétition». On frappe parce qu’on a été frappé. Ou parce qu’on a vu un autre enfant l’être. En ressentant parfois — inconsciemment — la jouissance que l’adulte éprouvait. Ou le sentiment de puissance que lui donnait le pouvoir qu’il avait sur ce que vous appelez «un petit être sans défense». Et on peut n’avoir de tout cela aucun souvenir conscient. Il faut donc «enquêter» : qui, dans l’enfance, s’occupait de vous ? Et qui aurait été capable de violence ? Mais on peut aussi frapper un enfant parce qu’il nous fait revivre (toujours inconsciemment) quelque chose qui nous est insupportable. Les refus systématiques d’un enfant, par exemple, peuvent très bien renvoyer un adulte à tous les «non» injustes que les grandes personnes opposaient dans son enfance à la moindre de ses demandes et, le mettant littéralement «hors de lui», lui faire perdre tout repère. Il faudrait réfléchir à tout cela (peut-être avec un thérapeute). Mais aussi trouver dans votre vie quotidienne une aide. Quelqu’un (votre compagnon, une amie, etc.) qui puisse, quand c’est trop difficile pour vous, prendre le relais auprès de votre enfant. Et aussi lui parler. En votre présence. Pour lui expliquer que vous n’êtes pas une méchante maman et qu’il n’est pas un mauvais enfant, que tout cela est dû à ce qu’il s’est passé quand vous étiez petite et que vous allez le régler.

Dr Azzedine Mezbache nous propose des méthodes alternatives à la violence physique contre nos enfants :
Il est possible de discipliner vos enfants sans être violent avec eux. J'ai une fille de 16 ans aux USA que je n’ai jamais frappée. Je sais que la culture algérienne est différente mais quand j’étais jeune, mes parents algériens aussi ne m'avaient jamais frappée. La modification du comportement, en anglais «Behaviour Modification, inventé par B.F. Skinner, est un système de récompense et de punition qui a été utilisé avec succès aux USA depuis les années 1940 pour motiver les travailleurs américains puis après cela a été étendue aux prisons, et à d'autres domaines comme l’éducation des enfants, etc. Il est possible de punir un enfant sans utiliser la violence comme suit :
1. Supposons que votre enfant a fait quelque chose de mauvais et vous décidez de le punir. Ce que vous dites et ce que vous faites et qui va suivre va déterminer s’il va apprendre de vous quelque chose de positif ou négatif. Vous êtes son modèle. Commencez par choisir un lieu calme et privé. Calmement, invitez votre enfant à s’asseoir en face de vous, assis de préférence à son niveau s’il est très petit. Vos mains à vos côtés, parlez avec votre enfant gentiment et patiemment :
a) sans élever la voix et b) sans utiliser des vulgarités. Ne l’effrayez pas en utilisant ces signes non verbaux comme gesticulation excessive, yeux grandement ouverts, dents grinçantes, visage crispé... Maintenez le contact avec ses yeux en parlant d’une voix douce mais sérieuse.
2. Expliquez la raison pour laquelle vous allez le punir AVANT de le punir, patiemment et sans élever la voix. Il doit savoir et a besoin de comprendre la relation entre ce qu'il a fait et la punition non physique qu’il va recevoir. Sinon il va se sentir mal aimé.
3. Expliquez que vous n’allez pas le frapper physiquement mais que, comme punition, vous aller lui retirer quelque chose qu'il aime bien. Vous aller lui retirer un renforceur positif (en anglais «a positive reinforcer»), quelque chose qui le motive comme le portable, la X-Box, un passe-temps avec ses copains, son temps sur Internet, son programme préféré à la télé etc.
4. Décrivez-lui patiemment ce qu'il a fait (e.g. «Hier, je t'ai vu fumer une cigarette») puis, de ses renforceurs ci-dessus, décidez lequel ou lesquels vous aller lui retirer (e.g. le portable pour 8 heures). Cette spécifité (8 heures au lieu d’une journée ou 3 jours) est très importante pour que l’enfant : a) puisse juger si la punition est équivalente au méfait et b) si elle est très sévère ou pas. Il vous respectera pour votre sens de justice.
5. Retirez le renforcer pendant 4 heures puis, au moment désigné, donnez à votre enfant son portable comme promis. Vous êtes ici en train d'enseigner une leçon à votre enfant : que vous êtes juste, et que vous gardez votre promesse. Il vous respectera pour le fait que vous teniez vos promesses.
6. Si votre enfant refuse de faire quelque chose (ses 2 heures de devoirs par exemple) et que vous vouliez qu’il les fasse, vous pouvez le menacer de retirer un renforcer positif (son portable) jusqu'à ce qu’il termine ses devoirs. C’est ce qu’on appelle le principe de Premack (en anglais the Premack Principe : si tu fais ça…tu reçois ça et vice-versa). Vous pouvez utiliser le principe de Premack et dire quelque chose comme : «Si tu ne fais pas tes devoirs pendant 2 heures, je te retirerai ton portable pour 4 heures.» La punition doit être assez sévère pour marcher (4 heures et non pas 1 heure).
7. Comme parent, soyez consistant avec cette stratégie. Avec la plupart des enfants, il est conseillé de ne pas vaciller. Mais quand l’enfant commence à faire des progrès et à obéir aux règles alors vous pouvez lui donner du repos en devenant flexible, diminuant le nombre d'heures de punition, etc.
8. Essayez de savoir ce qui motive votre enfant (jouer avec sa X-Box) et ce qui ne le motive pas (voir la télé). Un enfant est plus apte à faire quelque chose s’il est motivé par ce quelque chose qu’il aime faire (jouer avec sa X-Box). Quand vous menacez de lui retirer cette même chose qu’il aime faire, ça le motive aussi (retirer la X-Box). Ce système de renforcement positif (lui donner quelque chose qu’il aime) et de renforcement négatif (lui retirer quelque chose qu’il aime) peut faire l'objet d’un contrat entre le parent et l’enfant de la forme suivante : si tu fais tes devoirs pendant 2 heures je te rendrai ton portable pour 4 heures. Si tu ne veux pas faire tes devoirs aujourd’hui, je te retire ton portable pour 8 heures. Je te rends ton portable si tu décides de faire tes devoirs.
9. Que feriez-vous si vous sentez que votre enfant est blasé concernant tous ces renforcers ? «Retirer tout ce que vous voulez, je m’en fous», vous dit-il. Si votre enfant a tendance à ne pas répondre à ces contingences de Premack (si tu fais ça…tu vas avoir ça et vice-versa) alors essayez d'utiliser des renforceurs monétaires mais symboliquement uniquement. Vous n’allez pas «payer» votre enfant pour qu’il suive les règles. Alors utilisez ces renforcers monétaires uniquement avec des comportements importants souhaitables comme la réussite scolaire, etc. Le but de ce système est d’utiliser l’argent pour le motiver et l’habituer à une nouvelle routine. NB : la récompense devra être donnée uniquement après le comportement souhaité, jamais avant.
10. Le contrat avec un enfant qui fait des progrès ou dont l'attitude s'améliore peut être révisé avec des termes plus favorables à l’enfant (e.g. donner à l’enfant son téléphone portable juste après ses devoirs ou diminuer le nombre de ce que l’enfant doit attendre pour le recevoir). Elever des enfants qui respectent leurs parents, réussissent à l'école et grandissent pour devenir des citoyens qui respectent aussi les normes sociales et la loi n'est pas facile. Cela requiert un parent patient qui :
1) est déterminé à briser le cycle de violence de ses propres parents ;
2) «aime ses enfants inconditionnellement» (Carl Rogers, le gourou de la psychothérapie américaine) ;
3) les prépare pour le monde de demain en utilisant un système de récompense et de punition qui est juste pour le parent et pour l'enfant.
Les études américaines dans l’art et la science d’éduquer ses enfants ont trouvé que les parents trop rigides avec leurs enfants ont tendance à créer des enfants rebelles, surtout autour de l'adolescence au moment où ils sont en train de chercher leur identité et une partie de cette recherche consiste à essayer différentes choses qui sont une partie intégrante de cette recherche. Je crois que la plupart des parents veulent devenir des parents meilleurs mais ils ne savent pas comment, alors ils élèvent leurs enfants en combinant la façon dont ils ont eux-mêmes été élevés avec les habiletés qu'ils ont apprises «on the job» (au travail) si je puis dire. Souvent ces parents ont les meilleures intentions possibles, mais si ces parents ont été abusés par leurs propres parents pendant leur enfance, il y a des chances que cet abus laisse des mémoires et des pratiques négatives qui vont être passées à leurs propres enfants.

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