Lundi 17 juillet 2017
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Chronique du jour : Kiosque arabe
Karadhaoui, chasseur de houris terrestres


Par Ahmed Halli
halliahmed@hotmail.com

Son nom est indiscutablement lié depuis plus d'un quart de siècle à la violence islamiste, et aux attentats terroristes, aussi bien en pays musulmans qu'ailleurs dans le monde, en «Maison de guerre». Increvable Karadhaoui ! Chef de file, et guide spirituel incontesté du mouvement des «Frères musulmans», et accessoirement de Khadidja Benguenna, il ne désarme toujours pas. Le cheikh qatari, d'origine égyptienne, connaît un regain de notoriété, voire de douteuse célébrité, depuis le déclenchement de la «crise» du Golfe par une coalition arabe, cornaquée par l'Arabie Saoudite. Il est condamné à mort, ou à la prison dans plusieurs pays arabes, ce qui n'altère guère sa nuisible influence, contrebalancée par la détestable réputation de ceux qui l'ont jugé. Karadhaoui est également indésirable aux États-Unis, et dans la plupart des pays d'Europe, ce qui ne l'empêche pas d'y diriger une «Union mondiale des ulémas»(1), très controversée. On le dit très riche, puisqu'en plus des cachets qu'il perçoit pour ses apparitions à la télévision, le cheikh qatari est lié à des banques dites islamiques, qui financent des organisations terroristes, comme «Al-Qaïda». Il préside également, de sa position privilégiée au Qatar, aux destinées de plusieurs organisations islamistes, dites caritatives, ayant des liens plus ou moins avérés avec le terrorisme.
Non content donc de diffuser des fatwas de mort, Karadhaoui est également au cœur des circuits de financement du terrorisme, comme l'a affirmé tout récemment un «Frère musulman» défroqué. Ancien chef de l'organisation secrète du mouvement dans les Émirats, Abderrahmane Souidi a affirmé vendredi dernier que le Qatar offrait à la fois de l'argent et les fatwas aux terroristes. Il a affirmé que Doha n'a jamais regardé à la dépense en ce qui concerne l'aide et l'hospitalité offerte aux «Frères musulmans», jusque dans leur séjour, et leurs activités en Turquie. Revenant sur le rôle de Karadhaoui dans le fonctionnement des organisations caritatives, il a souligné que c'est ce dernier qui redirigeait les fonds vers des groupes terroristes. Les gens qui donnent de l'argent à ces organisations pour aider les plus démunis, ne savent pas que cet argent sert en réalité à financer le terrorisme, sans jamais bénéficier à ses supposés destinataires, a ajouté Souidi. Côté médias saoudiens, au sein desquels Karadhaoui compte depuis longtemps très peu d'amis, on va jusqu'à racler les fonds de tiroir pour mieux noircir le personnage. C'est ainsi que le quotidien El-Watan a entrepris jeudi dernier de montrer l'autre facette du cheikh nonagénaire, celle du vieillard libidineux, en quête d'oies blanches.
«Asma, Karadhaoui, et les houris» : sous ce titre très suggestif, le quotidien saoudien évoque la période des amours algériennes de Karadhaoui, et son comportement détestable avec son ex-épouse(2). Le journal évoque ainsi la façon dont le cheikh avait séduit la belle, en lui envoyant des messages enflammés, cachés dans des livres religieux, et à l'insu de son père, dont il était pourtant l'ami. El-Watan rappelle aussi que l'épouse infortunée avait été répudiée par un simple coup de téléphone émanant d'un intermédiaire dument mandaté, et ce, juste après une visite nuptiale de Karadhaoui. Ayant porté l'affaire devant les tribunaux, l'intéressée avait entendu, cette fois-ci de la bouche d'un avocat, la formule radicale : «Va Asma, tu es répudiée !». L'auteur de l'article s'étonne de voir un homme qui lance des appels à la violence, et au meurtre, manquer à ce point de courage, et renoncer à prononcer lui-même la formule rituelle. Notre confrère se remémore, encore, les discours guerriers de Karadhaoui incitant les jeunes au djihad, les encourageant à se faire exploser, contre la promesse de félicités dans les bras des houris. «Ceci, alors que lui-même préfère à ces créatures du paradis des houris bien terrestres, qu'il séduit avec des poèmes, et des mots d'amour, comme il l'a fait avec la fille de son ami», conclut El-Watan.
Chez les Egyptiens, aussi, on ne se prive pas de rappeler que Karadhaoui a quasiment justifié en avril dernier les attentats anti-Coptes, au prétexte que tous les moyens étaient bons pour combattre la tyrannie. Il s'est rétracté par la suite, condamnant du bout des lèvres le meurtre de civils innocents, mais le premier message était passé et il avait fait son effet, pour les Egyptiens. De fait, les habitants de son village natal du Delta, Saft-Tourab, se sont empressés dès le début de la crise de se désolidariser de l'homme qui avait appelé à tuer des soldats et des policiers égyptiens. Et comme il ne pouvait plus être prophète en son pays, les villageois ont demandé et obtenu que le nom de Karadhaoui soit retiré à la mosquée, et à l'institut religieux locaux.
Les Egyptiens qui ne font pas dans la dentelle, surtout en cette période, ont par ailleurs arrêté Alaa, la fille de Karadhaoui, et son mari Hossam Khalaf, un homme politique se réclamant du centre. Le couple est soupçonné de connivence avec le mouvement des «Frères musulmans», dont il serait l'un des principaux pourvoyeurs financiers en Egypte. Ces accusations sont étayées par le fait que les enfants de Karadhaoui, ainsi que ses gendres, ne sont pas des enfants de chœur, et sont souvent impliqués dans des actions de subversion, voire de terrorisme.
C'est d'ailleurs le cas de l'époux de l'une des filles du cheikh, un certain Hichem Morsi, qui est à la tête d'une «Académie du changement», prônant «L'anarchie féconde». Cette organisation travaillait en réalité à susciter des troubles, et du désordre, à Bahrein, qui s'est plaint de ces menées auprès de Doha, mais sans être entendu. On se souvient également de ses diatribes vengeresses contre Kaddafi, au début du «printemps sarkoziste» en Libye, et de ses appels répétés à trucider le dictateur libyen. Lors d'une de ses récentes émissions sur «Al-Djazira», il s'était d'ailleurs rétracté sans sourciller, affirmant qu'il n'avait jamais appelé à tuer Kaddafi ou Béchar Al-Assad, alors que des vidéos prouvent le contraire. Malgré ses états de services, Karadhaoui n'est pas à l'abri d'un revers de fortune, comme en connaissent les pays de la région. On imagine que le règlement de la crise du Golfe va nécessairement impliquer quelques sacrifices du côté du Qatar, en commençant par le chasseur de houris terrestres.
A. H.

(1) L'organisation compte notamment parmi ses membres un certain Tarik Ramadan, petit-fils de Hassan Al-Bana, fondateur du mouvement des «Frères musulmans», et faux diplômé selon Ali Mérad. Figure aussi un Algérien, Abderrazak Guessoum, président de «l'association des ulémas». Deux raisons supplémentaires de se méfier.
(2) Asma Benkada a quand même su rebondir, et se retrouver au Parlement sous l'étiquette FLN, et livrer quelques éléments de sa courte vie conjugale avec le cheikh valétudinaire. Toutefois, et bien qu'ayant peu connu feu Benkada, qui a été mon professeur de mathématiques, j'ai du mal à admettre qu'il ait été l'ami de Karadhaoui.

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