Dimanche 23 juillet 2017
Accueil | Edition du jour
 
Actualités
Périscoop
Régions
Sports
Femme magazine
Le Soir Santé
Faits divers  
Monde  
Culture  
Ici mieux que là-bas  
Soit dit en passant  
Digoutage
Pousse avec eux
Edition du jour
Nos archives en HTML


Chronique du jour : Ici mieux que là-bas
Redonner de la dignité aux Algériens et à l’Algérie


Par Arezki Metref
arezkimetref@free.fr
Dans la chaleur hyper-lumineuse d’un été qui dilate les pupilles, la vision des choses en devient forcément différente. Les faits les plus anodins prennent un relief inattendu et les plus cruciaux passent, eux, pour des vétilles. C’est comme ça, l’été est une rivière qui multiplie ses méandres où se perdent à égalité et le gros et le détail.
Même si le regard est un tantinet brouillé, on voit du mouvement. Peut-être que quelque chose est en train de se produire qui remettrait le pays dans l’axe ? Quel axe, demandent légitimement les puristes de la géométrie ? Eh bien, l’axe, n’importe quel axe car, pour le moment, nous voguons à vau-l’eau, sans boussole, sans même un gouvernail, et, évidemment, sans capitaine.
Deux faits d’inégale magnitude, et apparemment sans lien l’un avec l’autre, connectés l’un à l’autre conduisent à supposer que la machine politique algérienne, grippée depuis quelques années, redémarre et pas forcément dans la mauvaise direction. On croirait qu’après près de deux décennies d’incroyable gabegie pendant lesquelles le pays s’est trouvé livré à des mafias concentriques qui l’ont réduit en lambeaux, une volonté se perçoit de lui redonner une verticalité, écrasé qu’il est par la rapine institutionnalisée.
Le premier fait est cette incroyable sortie de Mourad Tebboune contre l’omnipotent Ali Haddad, symbole controversé de l’oligarchie du segment terminal des années Bouteflika.
Sur qui, sur quoi s’appuie donc cet impavide ou inconscient Premier ministre pour placer dans son viseur celui à qui la vox populi, souvent crédule, prête une sorte d’invincibilité puisée dans la proximité immédiate avec la présidence de la République.
Dans ces instituts d’analyse politique informels et spontanés que sont nos cafés, la réponse est vite trouvée.
Pour se permettre d’ébrécher la puissance oligarchique, réunissant dans la même prépondérance affaires et pouvoir politique, il faut compter sur plus puissant encore.
Il s’adosse vraisemblablement au «pouvoir supérieur», c'est-à-dire au président de la République ou à son immédiate proximité, c'est-à-dire son conseiller et néanmoins frère, Saïd Bouteflika.
Cette analyse, si c’en est une, découle de l’observation de simple bon sens de l’architecture du pouvoir en Algérie. Nul ne peut s’autoriser à nettoyer les écuries d’Augias, qui ne sont dans l’état où elles sont que parce que le pouvoir n’a rien fait pour empêcher qu’elles le soient, sans avoir l’autorisation ou la mission de le faire. Et cette autorisation vient du sommet du pouvoir politique. Une connaissance même aléatoire de la structure hyperconcentrée de la décision politique dans le système algérien fonde cette observation.
On voit mal quiconque entreprendre quoi que ce soit, a fortiori donner un coup de pied dans la fourmilière, sans qu’il soit mandaté par la force décisionnaire et arbitrale unique et incontestée qu’est le président de la République.
Ceci n’enlève, évidemment, rien aux mérites du Premier ministre qui semble déterminé à poursuivre une œuvre de salubrité politique et économique saluée comme un geste salvateur par toutes les forces politiques et citoyennes qui placent l’intégrité et le respect des lois au-dessus de toutes les autres marques de patriotisme. Cela fait un bail que le brouillage des repères politiques dans ce pays a globalement effacé les marqueurs conventionnels pour ne laisser plus que deux camps transversaux distinctement reconnaissables, le camp minoritaire de l’intégrité et celui, plus nombreux et naturellement plus puissant, de l’affairisme et de la déprédation qui tient non seulement les rênes du pays sur les plans économique et politique mais qui, en plus, s’est octroyé des moyens de communication (télés et journaux) à travers lesquels est définie et imposée une image dégradée de l’Algérie. La récente affaire de caméra cachée qui a piégé l’écrivain Rachid Boudjedra est un des symptômes de la profondeur de ce mal.
Il est de notoriété publique que l’entrepreneur propulsé boss du FCE n’a connu cette ascension que parce qu’on lui a tendu l’échelle.
Donc, Tebboune, dans son opération de nettoyage, est en train de marcher sur les pas de Mohamed Boudiaf. Cependant, on ne peut imaginer une seule seconde que, à l’instar de ce dernier, il parte en solitaire dans cette bataille. S’agit-il de l’énième épisode d’une guerre de clans si coutumière à nos latitudes ?
L’autre fait insolite de cet été est cette sortie bienveillante du général Hamel, le boss de la police, à l’égard des réfugiés subsahariens. Insolite ? Dans le bon sens du terme. Ce n’est pas tous les jours que le plus haut responsable de la Sûreté nationale descend dans l’arène pour contrecarrer incidemment les assertions quasi-racistes d’un Ex-premier ministre. En redonnant leur dignité aux réfugiés africains, le DGSN n’en occulte pas pour autant les problèmes objectifs que cet afflux pose à l’Algérie. Pour autant, il redonne de la hauteur à l’Etat en considérant les réfugiés non pas comme de simples propagateurs de maladies et des vecteurs d’insécurité mais comme des victimes d’une situation qui les dépasse.
Connectées au message charrié par l’opération Tebboune, ces déclarations de Hamel dénotent certainement une volonté de redonner de la propreté à l’économie et à la politique et de la dignité à la gouvernance.
A. M. 

Nombre de lectures : 1548

Format imprimable  Format imprimable

  Options

Format imprimable  Format imprimable

La copie partielle ou totale des articles est autorisée avec mention explicite de l'origine
« Le Soir d'Algérie » et l'adresse du site