Rubrique
A fonds perdus

Autodestruction

Publié par Ammar Belhimer
le 28.08.2018 , 11h00
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L’Amérique n’a plus la cote parce qu’elle ne fait plus rêver. Elle ne fait plus rêver parce qu’elle a perdu sa potion magique : le libéralisme, avec tout ce qu’il comportait comme libertés (de commerce et d’industrie, d’association et de manifestation, de création et d’édition).
Pour Tom Engelhardt, collaborateur au quotidien américain progressiste The Nation, il ne faut pas chercher loin pour se convaincre du déclin des Etats-Unis.(*)
Tom Engelhardt retrouve dans la situation actuelle de l’Amérique l’expression de «l'histoire la plus ancienne sur terre : la montée et la chute des empires».
«Depuis le quinzième siècle, lorsque les flottes des premières puissances impériales européennes sont entrées dans un monde plus vaste avec la volonté de se le soumettre, il y avait au moins trois ou parfois beaucoup plus de rivaux se disputant la domination. Ce fut, par définition, l’histoire des grandes puissances sur cette planète: la montée en puissance, le déclin du défi.»
Le scénario durera jusqu’en 1945, lorsque deux «superpuissances», les Etats-Unis et l’Union soviétique, s’affronteront à l’échelle mondiale.
«Parmi les deux, les Etats-Unis étaient toujours plus forts, plus puissants et beaucoup plus riches. En théorie, ils craignaient l’ours russe, l’empire du mal, qu’ils travaillaient assidûment à ‘’contenir’’ derrière ce fameux rideau de fer (…). Cependant, la vérité — du moins rétrospectivement — est que, pendant les années de guerre froide, les Soviétiques étaient en train de rendre à Washington un service inestimable, bien que souvent ignoré. Dans une grande partie du continent eurasiatique et dans d’autres endroits, de Cuba au Moyen-Orient, le pouvoir soviétique et la lutte incessante pour l’influence et la domination qui l’accompagnaient ont toujours rappelé aux dirigeants américains que leur pouvoir avait des limites.»
«Au cours de ces années, les Russes ont, par essence, sauvé Washington de lui-même. Le pouvoir soviétique était un rappel tangible aux dirigeants politiques et militaires américains du fait que certaines zones de la planète restaient des zones interdites (sauf dans ce que, dans ces années, on appelait ‘’les zones d’ombres’). En bref, l'Union soviétique a sauvé Washington du fantasme et de l'enfer, même si les Américains ne comprenaient cette réalité que de façon subliminale.»
«La disparition de l’Union soviétique n’était pas du tout un cadeau, mais un désastre de premier ordre a enlevé tout sens de la mesure à la classe politique américaine et conduit à une période d'avidité à l'échelle planétaire. Ce faisant, les Etats-Unis sont ainsi sur le point de s’autodétruire.» 
A partir de décembre 1991, il ne restait qu'une seule grande puissance sur la planète Terre. Un monde unipolaire s’installait. Les libéraux jubilaient à l’idée que les communistes avaient été vaincus : «On parlait même, même brièvement, de ‘’dividendes de la paix’’ — de la possibilité que l’argent des contribuables soit réinvesti non pas dans le processus de guerre mais dans la consolidation de la paix et le bien-être des citoyens du pays. Un tel discours, cependant, a duré seulement un an ou deux, avec toujours une tonalité mineure, avant d'être relégué dans le grenier de Washington.»
En accordant aux Etats-Unis une «victoire instantanée», la première guerre du Golfe (1990-1991), a validé «un rêve militarisé dans lequel une armée hautement technophile, comme celle qui avait chassé les forces irakiennes de Saddam Hussein du Koweït en si peu de temps, serait capable de faire n'importe quoi sur une planète sans opposition sérieuse».
Dans ce monde d'après 1991, peu de gens à Washington considéraient même que le vingtième siècle avait éclipsé un autre phénomène dans le monde, celui des mouvements de libération nationale, généralement associés à des rébellions de gauche, dans le monde colonial.
Au XXIe siècle, les mouvements d’insurgés, en grande partie religieux ou à fondement terroriste, ou les deux, arrivent au-devant de la scène.
Le 11 septembre 2001, trois cibles emblématiques du panthéon américain étaient dans leur collimateur : le Pentagone, le World Trade Center et le Capitole ou la Maison Blanche (dont aucun n’a été touché parce qu’un de leurs avions s’est écrasé dans un champ en Pennsylvanie).
Pour le Président Bush, le vice-président Dick Cheney et le reste de leur attelage, cela semblait être une opportunité unique et inespéré. Ils déclarent instantanément une «guerre» mondiale au terrorisme et entreprennent, à cet effet, en octobre 2001, l'invasion de l'Afghanistan, suivie de celle de l’Irak au printemps 2003. C’est le début de ce qui était de plus en plus envisagé comme l’imposition d’une Pax Americana au Grand Moyen-Orient, plus connue sous l’appellation de GMO (Grand-Moyen-Orient).
«En plus d'imaginer une Pax Republicana politique aux Etats-Unis, ils ont vraiment rêvé d'une future Pax Americana planétaire dans laquelle, pour la première fois dans l'Histoire, une seule puissance contrôlerait d'une manière ou d'une autre l'ensemble de la terre. L'‘’unilatéralisme’’ de l'administration Bush reposait sur la conviction que cela pourrait réellement créer un avenir dans lequel aucun pays, ni même aucun bloc de pays, ne parviendrait jamais à égaler ou à défier la puissance militaire américaine.»
Après le 11 septembre, l’Amérique a essayé d'avaler la planète entière, comme jamais imaginé auparavant : «C'était pour le moins une vision de folie (…) Qui aurait pu imaginer que, contrairement à tant de puissances impériales précédentes (y compris les Etats-Unis de la première guerre froide), ils allaient perdre le contrôle de tout : de l'Afghanistan à la Syrie, de l'Irak au plus profond de l'Afrique, tout était plongé dans un état de ‘’guerre infinie’’ et de frustration totale, sur une planète essaimée de pays en déroute, de villes détruites, de personnes déplacées ? Qui aurait pu imaginer que, avec un dividende de la paix qui n’était plus tout à fait concevable, ce pays se serait trouvé non seulement en déclin, mais - un nouveau terme est nécessaire pour saisir l’essence de ce curieux moment - dans ce que l’on pourrait appeler ‘’l’auto-pourrissement’’ ? »
Tout compte fait, pendant un quart de siècle, l'Amérique aura été à la fois déchaînée et largement isolée. Livrée à ses démons.
A. B.

(*) Tom Engelhardt, What Caused the United States Decline ? Hint : you don’t have to look far, The Nation, 14 juin 2018.
HTTPS://WWW.THENATION.COM/ARTICLE/CAUSED-UNITED-STATES-DECLINE/

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