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La Chine en Afrique

Les 3 et 4 septembre, le Président chinois Xi Jinping a accueilli le 7e Forum sur la coopération Chine-Afrique (Focac) à Pékin.
Réunis tous les trois ans, les anciens forums ont été utilisés comme plate-forme par Xi pour annoncer les nouveaux engagements chinois sur le continent. Cette année, le Président chinois a promis 60 milliards de dollars d'aide et de financements.
New Atlanticist, le blog de politique publique du Conseil atlantique, l'Atlantic Council – un think tank américain spécialisé dans les relations internationales en charge de nombreux centres régionaux et de programmes liés à «la sécurité internationale et la prospérité économique mondiale» – s’attarde sur le rapprochement sino-africain, propose de «dissiper» les mythes attachés à ce rapprochement et s'interroge sur la manière dont les États-Unis devraient concurrencer la Chine sur les marchés africains.(*)
«Trois idées fausses répandues dans les médias et les cercles politiques occidentaux sur la nature de l’implication de la Chine en Afrique interfèrent avec la capacité des décideurs américains à élaborer et à mettre en œuvre une stratégie africaine efficace», écrit l’auteur de la réflexion.
La première fausse idée a trait à l’importance des financements des infrastructures sur le continent. Elle en fait un axe d’intervention prioritaire. La présence de la Chine en Afrique est souvent évoquée dans le prolongement de la nouvelle route de la soie «Belt and Road Initiative» (BRI) – pour connecter la Chine avec d’autres régions du monde via les ports, les chemins de fer et les câbles à fibres optiques. 
Le financement des infrastructures confiées aux entreprises chinoises de travaux publics se chiffre à des dizaines de milliards de dollars – la seule ligne de chemin de fer Addis-Abeba-Djibouti a absorbé 4 milliards de dollars.
Aussi considérables qu’ils puissent paraître, ces montants sont loin de combler le déficit d'infrastructures du continent, estimé à 170 milliards de dollars par an par la Banque africaine de développement.
Toutefois, tout en accédant modestement aux besoins de financements du secteur des infrastructures, l’engagement commercial de Pékin a considérablement évolué au cours des quinze dernières années. Les investissements directs étrangers (IDE), en particulier dans la technologie, et la diffusion des petites et moyennes entreprises, demeurent un axe d’effort essentiel de la Chine sur le continent.
Selon la Conférence des Nations-Unies sur le commerce et le développement (Cnuced), les Etats-Unis détenaient 57 milliards de dollars d’IDE en Afrique en 2016, contre 40 milliards pour la Chine.
Même s’ils restent encore en retrait en termes de volumes, les IDE chinois connaissent cependant une croissance plus forte (24% entre 2010 et 2014, tandis que les IDE américains n'ont progressé que de 10% au cours de la même période). 
Les entreprises chinoises à grande capitalisation se sont frayé une place centrale sur le continent. Des sociétés comme Huawei et Transsion sont devenues aussi connues que General Electric et Coca-Cola dans certains pays.
«Les fabricants d'infrastructures de télécommunication et de smartphones à bas coût tels que ZTE et Tecno gagnent des parts de marché croissantes. Tecno gagne contre les acteurs établis et compte désormais 25% du marché des smartphones du continent.»
On recense plus de 10 000 entreprises chinoises opérant en Afrique, dont la majorité sont des petites entreprises. L’accroissement des engagements de la Chine en matière de prêts d’Etat aux PME opérant sur le continent reste aussi majeur.
La seconde idée fausse est de croire que Pékin orchestre toutes les activités d'investissement de l’Initiative «Belt and Road».
«Bien que la BRI soit un pilier de la politique étrangère de Xi, l’idée que toute l’activité de BRI en Afrique est soigneusement orchestrée et coordonnée par de hauts responsables du parti à Beijing est fausse.» 
Ce sont les entreprises chinoises qui se disputent directement les contrats d'infrastructure à grande échelle dans la région.
Ce manque de coordination nuit «à l’idée que la Chine est un poids lourd stratégique qui ne peut être déraillé».
La troisième et dernière fausse idée est de croire à un «contrat de dupes» entre les gouvernements africains et Pékin : «Un dernier mythe est que les gouvernements africains sont passifs dans la négociation des contrats avec les Chinois et sont régulièrement contraints d’accepter les mauvaises affaires (...) Malgré les critiques selon lesquelles les entreprises chinoises dépendent fortement de la main-d’œuvre chinoise, par exemple, la plupart des projets d’infrastructure sont réalisés principalement par des travailleurs africains, avec des ressortissants chinois occupant des postes de direction ou des postes techniques (…) Un rapport circonstancié de McKinsey en 2017 sur les relations économiques sino-africaines a révélé que les Africains représentaient 89% de la main-d'œuvre dans les projets étudiés.» 
La participation locale et la formation professionnelle sont régulièrement incluses dans les négociations contractuelles entre les pays africains et la China Export Import Bank. 
Ces échanges ont pour autre particularité d’accroître l’endettement des pays africains vis-à-vis de la Chine : Pékin détient environ la moitié de la dette extérieure d’Angola et plus de 70% de la dette bilatérale du Kenya, soit une multiplication par 10 depuis 2013.
A. B.

(*) Aubrey Hruby, Dispelling the Dominant Myths of China in Africa, the Atlantic Council, 3 septembre 2018
http://www.atlanticcouncil.org/blogs/new-atlanticist/dispelling-the-dominant-myths-of-china-in-africa