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A fonds perdus

La fin du libéralisme

Publié par Ammar Belhimer
le 07.08.2018 , 11h00
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Daniel McCarthy éditeur de Modern Age, un magazine conservateur, entreprend de répondre à la question «Pourquoi le libéralisme a échoué»(*) en se référant à un certain nombre de libéraux eux-mêmes, parmi les plus illustres auteurs contemporains d’ouvrages récents qui font autorité.
A ses yeux, le libéralisme «s'effondre à sa périphérie, perd ses colonies et fait face à une crise de confiance en son centre». Son rejet fait tache d’huile dans les pays du vieux Pacte de Varsovie, en Russie, en Hongrie, en Pologne et dans l’ex-Allemagne de l'Est : «L'orchidée américaine exotique de la démocratie libérale, ayant pris racine dans des climats aussi improbables que l'Allemagne d'après-guerre et le Japon, n'a pas fleuri là où le rideau de fer jeta son ombre.»
Pour le moment, les modèles laïques du libéralisme ou du socialisme ont partout laissé place à la vieille cause de la foi et de la nation.
L’avenir «sécularisant, scientifique, matériellement prospère, progressif, universel et inévitable» a, partout, cédé face à une «fusion réussie du nationalisme assertif et du populisme religieux» – en Turquie, en Inde et même en Israël, où le rêve du sionisme travailliste a laissé place à une alliance de la droite nationaliste et de l'ultra-orthodoxie.
Le référent religieux (qu’il soit musulman, hindou, juif ou chrétien orthodoxe – avec des signes dans le monde bouddhiste et au-delà) cohabite avec l'Etat-nation comme «expression de peuples distincts avec des intérêts distincts et les dieux rivaux, contre l'ordre universel du libéralisme rationaliste».
Qu'en est-il du sort du libéralisme dans son propre noyau civilisationnel, l'Occident européen autrefois protestant et catholique, y compris les Amériques ?
En effet, Etats-Unis eux-mêmes ont abandonné le libéralisme – là aussi, les nationalistes et les fondamentalistes ont fait cause commune: ils ont élu Donald Trump, et le Président Trump démantèle les «normes» libérales et démocratiques.
William A. Galston, première référence citée, est philosophe et homme politique américain,  spécialiste des institutions à la Brookings Institution, ancien membre de l’administration démocrate de Bill Clinton(**). Il est l’auteur de 
Anti-Pluralism : The Populist Threat to Liberal Democracy (Yale University Press, non traduit).
Galston est très alarmé par la montée des «démocrates illibéraux» comme Viktor Orban en Hongrie et le Parti du Droit et de la Justice en Pologne qui ont rejeté «les droits individuels, la diversité sociale et la nécessité d'un compromis raisonnable entre des intérêts concurrents». Ils ont modifié les lois sur les médias et l'éducation au détriment de leur opposition intérieure, tout en s'opposant fermement à l'immigration originaire de pays à population musulmane.
«Dans les deux pays», écrit Galston, «environ quatre citoyens sur dix ont des opinions négatives sur la diversité croissante, et la majorité pense que leur société est meilleure lorsqu'elle est composée de personnes de la même nationalité, de la même religion et de la même culture».
C’est pourquoi, il concède aux demandes idéologiques, y compris du public américain, un populisme raisonnable – «par exemple, en accordant plus d'attention aux besoins économiques des classes moyennes et populaires, y compris en limitant l'immigration» : «Rien n'oblige les leaders démocratiques à accorder le même poids aux revendications des étrangers qu'à celles de leurs propres citoyens», écrit-il.
Galston est dérangé non seulement par Trump, mais aussi par le durcissement des attitudes antidémocratiques de l'élite libérale. Il conseille le compromis, sonnant comme un nationaliste modéré, pour que le libéralisme survive.
Patrick J. Deneen, l’autre référence de taille, est professeur de sciences politiques à l'Université de Notre-Dame. Son ouvrage Why Liberalism Failed, est très provocateur(***). Il alerte les partisans du libéralisme qui ont «tendance à oublier que c'est une idéologie et non l'état final naturel de l'évolution politique humaine». A ses yeux, le libéralisme repose sur des contradictions : «Il revendique l'égalité des droits tout en favorisant une inégalité matérielle incomparable ; sa légitimité repose sur le consentement, mais décourage les engagements civiques en faveur du privatisme; et dans sa quête d'autonomie individuelle, il a donné naissance au système étatique le plus complet et le plus complexe de l'histoire de l'humanité.» Les contradictions du libéralisme ne sont pas des «défauts superficiels mais des caractéristiques inhérentes à un système dont le succès génère son propre échec».
Why Liberalism Failed a reçu des critiques généreuses de progressistes et respectueuses de conservateurs, ce qui est impressionnant, s’agissant d’un conservateur chrétien catholique qui critique fortement une grande partie de ce que la droite américaine chérit, à commencer par l'économie de marché.
Le libéralisme pour Galston est «un système fade déguisant un programme bienveillant de reconstruction sociale».
«Pour les libéraux ‘’classiques’’ du XIXe siècle, c'était un système de liberté économique et d'émancipation politique de l'ancien ordre médiéval. Dans l'Amérique du vingtième siècle, le libéralisme a été identifié au New Deal et à la Great Society, et aux efforts ultérieurs pour élargir la sphère d’intervention du gouvernement afin de fournir plus d'avantages et de services.»
Patrick J. Deneen soutient que le libéralisme qui est en déclin dans le monde est anglo-américain. Il a ses racines dans une vision généralisée du dix-neuvième siècle de l'avenir scientifique sécularisé. Mais la réalité a été calquée sur l'expérience américaine et souscrite depuis la Première Guerre mondiale – sinon avant – par la puissance militaire et commerciale américaine.
«L'alternative politique est celle qui est actuellement explorée par les principales nations de toutes les civilisations à l'exception de l'Occident : la réaffirmation de la communauté politique, en particulier de la nation, et d'une foi fondamentale. La foi de l'Occident n'est pas un christianisme sectaire, mais un christianisme large et pluraliste, comme on le voit dès qu'on regarde les croyances des Pères fondateurs de l'Amérique.»
«Le christianisme sous quelque forme que ce soit n'est pas en soi une force politique. Comme une vigne, il a besoin d'une structure de soutien. C'était le rôle que saint Augustin a identifié pour l'Empire romain. Depuis la fin du Moyen Âge jusqu'à aujourd'hui, l'Etat-nation a fourni l'échafaudage en Occident. Mais à partir du XXe siècle, le libéralisme est devenu l'échafaudage – avec son appareil d'institutions plus que nationales et les aspirations à l'universalisme. Pourtant, le libéralisme est un universalisme concurrent; combiné avec le christianisme, il ne donne pas au christianisme la mondanité et le réalisme 
politique (…). Pendant des décennies, la religion et le libéralisme ont été des alliés contre le communisme, ennemi implacable de Dieu et du marché. Au fil du temps, cependant, le libéralisme a rompu les relations du christianisme avec l'Etat-nation, même à droite, où les conservateurs chrétiens ont été enrôlés dans les croisades mondialistes sous George W. Bush.
«Le nationalisme fournit ce que la religion par elle-même n'a généralement 
pas : des réponses concrètes (qui ne sont pas nécessairement correctes) aux problèmes stratégiques et économiques.
L'ironie est que le libéralisme lui-même peut trouver le salut dans le retour de l'Occident à la foi et à la nation, dans la mesure où ceux-ci fournissaient le contexte de sécurité, de prospérité et de force morale dans lequel le libéralisme naissait. Mais pour que l'Occident survive, le libéralisme doit rester un effet et non un substitut de la cause.»
A. B.

(*) Daniel McCarthy, An Autopsy: Why Liberalism Failed, National Interest, July-August 2018
http://nationalinterest.org/feature/autopsy-why-liberalism-failed-26267?page=6
(**) William A. Galston, Anti-Pluralism: The Populist Threat to Liberal Democracy (New Haven and London : Yale University, 2018), 176 pp.
(***) Patrick J. Deneen, Why Liberalism Failed (New Haven and London: Yale University, 2018), 248 pp.

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