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A fonds perdus

Sun Tzu au secours du Parti communiste

Publié par Ammar Belhimer
le 13.11.2018 , 11h00
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Si l’on croit la journal en ligne américain de droite National Interest, «le parti au pouvoir en Chine commencerait à subir une réaction internationale à l'encontre de ses méthodes» et peinerait à faire face à «un mécontentement croissant provoqué par ses méthodes autoritaires».(*)
«Pourquoi Sun Tzu ne travaille plus pour la Chine ?», affirme l’auteur de l’article, Christopher MacDonald, dans un exercice visant à écarter tout rapprochement entre le maître chinois Sun Tzu et le Parti communiste chinois (PCC).
Sun Tzu (qui signifie «maître Sun») est un général chinois du VIe siècle avant J.-C. (544–496 av. J.-C.), rendu célèbre pour son ouvrage de stratégie militaire «L'Art de la guerre» dans lequel il énonce que l’objectif de la guerre est de contraindre l’ennemi à abandonner la lutte, y compris sans combat, grâce à la ruse, l'espionnage, une grande mobilité et l'adaptation à la stratégie de l'adversaire.
On soupçonne les dirigeants chinois de s’y référer dans la résolution des conflits auxquels ils sont de plus en plus confrontés.
De façon générale, l’histoire de la Chine accorde une place particulière à la période des Royaumes combattants (du Ve siècle à 221 av. J.-C.) comme premier grand épanouissement de la culture et des idées, ainsi que des progrès technologiques, «le tout dans une frénésie de concurrence et de conquête entre Etats».
C’est à la même époque que furent jetés les fondements de l’Etat chinois moderne : «Le premier empire foncier centralisé, autoritaire et densément peuplé (…)
forgé sur les ruines ardentes des Etats en guerre».
Des enseignements de Sun Tzu, le stratège le plus connu de l'époque, les Chinois ont retenu que «la guerre est la fonction déterminante de l'Etat», assène encore l’auteur de l’article.
Fortement ébranlé par la chute du Mur de Berlin et l’effondrement de l’Union soviétique au début des années 90, le Parti communiste chinois a plongé «dans une crise existentielle», faisant face à une vague de manifestations «alimentées par la colère suscitée par la corruption officielle, liée aux exigences de responsabilité démocratique».
Anticipant l’hégémonie reaganienne, le PCC a eu le réflexe «de faire appel à une approche séculaire des souverains en guerre de la période des Royaumes combattants: se montrer gentil avec le chien le plus redoutable tout en construisant patiemment un avantage stratégique, prêt à renverser la situation à une phase ultérieure du conflit».
Cette vision est attribuée à Deng Xiaoping — secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) de 1956 à 1967 et plus tard le numéro un de la République populaire de Chine de décembre 1978 à 1992, généralement considéré comme étant le père des réformes à l’origine du développement économique de la Chine actuelle : «Deng Xiaoping a exprimé les fondements de cette approche dans un discours confidentiel prononcé devant des diplomates et des généraux chinois en 1991. Elle s'appelait tao guang yang hui — pour ‘’occulter l'éclat et cultiver l'obscurité’’ — en veillant à ne pas attirer l'attention sur les ambitions à long terme du parti.»
La stratégie repose sur trois piliers :
- primo, assurer «une expansion massive de l'économie en plaçant la Chine au cœur du commerce mondial, récompensant le public chinois pour sa patience à l'égard du régime tout en remplissant rapidement les coffres nationaux» ;
- secundo, «débloquer des fonds pour l’Armée de libération du peuple, la transformant d’une institution mal équipée et centrée sur l’infanterie en une force digne d’une superpuissance du XXIe siècle, axée sur la projection de la puissance maritime et dotée de toutes les fonctions de furtivité et des cybercapacités» ;
- tertio, «protéger la Chine contre l'influence occidentale à l'ère de la mondialisation et des communications intercontinentales instantanées», par une «éducation patriotique».
Ces trois objectifs sont poursuivis dans un contexte international fortement concurrentiel antérieur à l’arrivée aux commandes de leaders ultra-nationalistes dans un nombre croissant de pays : «L’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, avec tous les compromis et tous les engagements que cette adhésion impliquait, a été saluée par l’étranger comme une étape importante dans son cheminement vers la convergence avec les normes internationales. Mais la vue était très différente de l'intérieur des murs de Zhongnanhai, l'immense siège du PCC au milieu de Pékin (…) Pour le PCC, adhérer à l'OMC n’impliquait aucune convergence avec l'Ouest. C’était plutôt un jalon dans la campagne de plusieurs décennies du Parti pour remédier au déséquilibre dégradant de la «puissance nationale globale» entre la Chine et les Etats-Unis, ainsi qu’une manœuvre stratégique visant à s’emparer en sous-main des exportations américaines de haute technologie et l’hyper-consommation.»
Plus fondamentalement, «la Chine était ouverte au commerce mondial mais pas aux valeurs qui le sous-tendent».
A. B.

(*) Christopher MacDonald, Why Sun Tzu Isn't Working for China Anymore, National Interest, 27 octobre 2018,
https://nationalinterest.org/feature/why-sun-tzu-isnt-working-china-anymore-34387?page=0%2C2

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