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ÉGALITÉ HOMMES-FEMMES

Avancée à Tunis, panique à Alger

La Tunisie vient de marquer une avancée historique en matière des droits de la femme. Chez nous, ce progrès a été critiqué de manière déconcertante par des parties craignant visiblement un effet de contagion.
Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Tous les regards sont donc tournés vers Tunis où le Parlement s’apprête à débattre d’un projet de loi portant sur l’égalité homme femme dans l’épineuse question de l’héritage. Objectif : abolir la loi en vigueur et octroyant à l’homme le double que la femme de même parenté.
Le texte est soutenu par le président de la République qui l’a fait savoir durant un discours télévisé qui fera date. Quelques heures après la fin de l’allocution, des milliers de personnes ont envahi les rues pour soutenir le projet. Hommes et femmes tunisiens exigent de devenir égaux en matière d’héritage. Ils sont déjà cités en exemple dans la majorité des pays arabes.
La Tunisie a déjà interdit la polygamie, proclamé l’égalité sur le plan de la citoyenneté, accordé à la femme tous les droits devant la loi et autorisé ces dernières à épouser des non musulmans. Restait la question de l’héritage. Elle sera tranchée dès la rentrée marquant définitivement l’entrée de la Tunisie par la grande porte. En Algérie, la situation a paradoxalement généré des critiques reflétant à l’évidence la crainte de voir la révolution tunisienne contaminer notre société. La secrétaire générale de l’Union nationale des femmes algériennes (UNFA) s’est exprimée très vite sur le sujet qualifiant le projet de loi tunisien de désobéissance aux préceptes de la religion musulmane. Elle a affirmé qu’une telle demande ne sera jamais formulée au Président Bouteflika par l’UNFA et appelé au respect de l’article deux de la Constitution algérienne (l’Islam est la religion de l’Etat) sur la base duquel sont définies toutes les lois en vigueur dans le pays. Selon elle, le texte déposé devant le Parlement tunisien pose un réel problème en raison de l’absence de textes théologiques pouvant soutenir la demande. Ce discours, il faut le dire, va à l’encontre des revendications de nombreuses associations algériennes chargées de la défense et promotion des droits de la femme. Ces dernières déplorent au contraire la lenteur avec laquelle s’effectuent les progrès dans ce domaine. Pour l’heure, seul le dispositif de lois mis en place pour combattre la violence semble avoir ouvert une brèche. Sa mise en place est considérée comme un acquis du moment «que toutes les sortes de violence sont à présent reconnues devant la justice», souligne le réseau Wassila. Pour le reste, tout reste encore à faire. «Mais lorsque la femme obtient gain de cause dans les divorces, la procédure d’octroi de ces gains est très lente, très difficile», poursuit la même source en rappelant qu’il y a chez nous une «culture, une mentalité qui freine l’avancée. Les filles doivent réagir, nous pensons qu’elles vont le faire car les liens qui existaient auparavant dans les familles ne sont plus les mêmes».
A. C.